Fraternité Matin (Abidjan)
FERRO M. BALLY
20 Décembre 2003
Abidjan — C'est devenu une tradition depuis le 29 septembre 2002. Ce jour-là a eu lieu à Accra un sommet extraordinaire de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao, regroupement de 15 pays) pour se prononcer sur la rébellion armée qui a attaqué les Institutions républicaines dans la nuit du 18 au 19 septembre.
Depuis lors, aucune rencontre de l'organisation sous-régionale ne se tient sans que notre pays ne soit au- devant de la scène. Ce fut le cas, hier, au 27ème sommet ordinaire des Chefs d'Etat et de gouvernement de la Cedeao où tous les intervenants se sont appesantis sur la crise armée ivoirienne. Selon Olusegun Obasanjo, Président du Nigeria, "la situation en Côte d'Ivoire est encore inquiétante" car "des accords ont été conclu et rompus". Il s'en inquiète d'autant que "le conflit dans ce pays s'enlise, créant des problèmes supplémentaires pour toute la communauté et les pays voisins" dont l'activité économique risque de connaître de sévères récessions.
Le président de la Commission de l'Union africaine, Alpha Oumar Konaré, est également préoccupé. Il a battu campagne pour que cette Côte d'Ivoire "si fraternelle, si accueillante" qu'il a connue et dont il est nostalgique, reste "une et indivisible". Il reste convaincu qu'elle reprendra sa place de leader et de locomotive de la sous-région. La seule condition, la paix. Celle-ci, a-t-il tenu à rappeler à tous les radicaux, "se construit chaque jour à coup de compromis, de renonciations et de concessions".
C'est pourquoi pour le Président Obasanjo, il faut remuer ciel et terre pour que cette crise trouve une issue heureuse avant 2004. Il rejoint Laurent Gbagbo qui, devant les Baoulé, a dit qu'il "faut entrer en 2004 en toute liberté". Aussi a-t-il pris sur lui de se rendre, avant la fin de l'année, à Bouaké, le fief des rebelles, pour déclarer la fin de la guerre.
Pour atteindre cet objectif et mettre tous les protagonistes au pas, le Secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan, a été catégorique. Dans son message qui a été lu par M. Ahmédou Ould-Abdallah (représentant-résident de l'ONU pour la Côte d'Ivoire, le Liberia et la Sierra-Léone), il a demandé à la Cedeao de maintenir la pression sur toutes les parties ivoiriennes pour appliquer les accords de Linas-Marcoussis et d'Accra II. Car de l'avis de tous, "Marcoussis est la seule voie pour éviter le pire et le désastre" en Côte d'Ivoire. Mais cette mise en œuvre ne peut être effective si et seulement si les Forces nouvelles mettent fin à leur action de boycott pour reprendre leur place au sein du gouvernement de réconciliation nationale.
Néanmoins, l'instabilité qui s'installe à l'état endémique dans la sous-région n'a pas échappé aux Chefs d'Etat. Pour saluer les efforts déployés par l'organisation ouest-africaine pour résoudre les conflits, le thème choisi est un hommage: "La Cedeao, instrument de consolidation de la paix et d'accélération de l'intégration économique régionale".
M. Konaré, même s'il pense que la Cedeao tire son épingle du jeu, estime qu'il vaut mieux prévenir les crises. Sa solution ? Des élections transparentes et justes, et donc "plus rigoureuses pour assurer la stabilité de nos institutions".
A ce sujet, M. Kofi Annan s'est élevé d'une part contre les coups d'Etat et les tentatives de déstabilisation des régimes qui font de plus en plus florès en Afrique de l'Ouest, et d'autre part contre les déficits de gouvernance (mauvaise gestion, élections truquées, etc.) qui pourraient conduire à ces actes répréhensibles.
Cependant, le Secrétaire général de l'ONU n'a pas manqué de mettre en garde en condamnant avec fermeté les trafics d'armes qui ont cours en Afrique de l'Ouest, le recrutement des mercenaires et des enfants-soldats. Il n'a pas non plus épargné les mouvements transfrontaliers des soldats dont notre pays a été victime.
C'est pourquoi en demandant une opération DDR (démobilisation, désarmement et réinsertion) simultanée dans nos pays en conflit (Côte d'Ivoire et Liberia notamment) pour enrayer la circulation des armes et l'insécurité, il a mis en garde ces Etats (qu'il n'a pas nommés et que tout le monde devine) qui servent de base arrière aux groupes armés. "La préoccupation sécuritaire est préoccupante en Afrique de l'Ouest", a constaté, amer, Alpha Oumar Konaré. A ses yeux, l'Organisation africaine qui est "l'union des Etats et l'union des peuples" est interpellée. D'où les projets de création d'un parlement africain, d'un Conseil de paix et de sécurité (sur le modèle du Conseil de sécurité de l'ONU) et d'un Conseil économique et social africain. "Il faut une Union africaine solidaire, responsable et mettant en œuvre des choix judicieux", a-t-il conclu. Tout le monde l'attend au pied du mur.
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