Moustapha Barry
20 Décembre 2003
Pendant cinq jours, les recteurs des universités d'Afrique francophone sont à l'école anglo-saxonne pour réfléchir sur les relations entre leurs universités afin de déboucher sur la co-diplomation. Non pas seulement Sud-Sud, mais aussi Sud-Nord. Cela doit se faire sur le modèle nord-américain, à l'instar de l'Europe et de la France, en particulier.
Les recteurs des universités africaines ont planché du 15 décembre à hier sur "la gouvernance universitaire". Et des universités anglo-saxonnes comme celles du Canada ont été invitées à ces assises pour partager leurs différentes expériences en matière de "gouvernance universitaire". Pour le recteur de l'Ucad Abdou Salam Sall, "les recteurs sont allés à l'école pendant une semaine, dans une perspective de mutualisation et d'inter-activité complète pour redéfinir et revisiter les enjeux des sociétés incarnés par les universités, redéfinir les missions, comprendre les enjeux et définir les stratégies pour permettre à nos universités de jouer leur rôle au sein de la société".
Selon M. Sall, l'université n'appartient pas aux universitaires, mais à toute la société. C'est pourquoi elle doit pouvoir régler les différents problèmes de la société, en lui donnant les personnes ressources capables de répondre aux questions complexes, de tenir compte de la dimension internationale. D'où "la nécessité d'engager des réformes conformes aux besoins de nos sociétés dans une perspective mondiale et de rendre compte en permanence ce que nous faisons pour la société". Pour atteindre ces objectifs, c'est sur le modèle universitaire anglo-saxonne que les recteurs francophones ont réfléchi pour l'adapter au contexte et à la réalité de leurs universités respectives. Le Pr Sall, recteur de l'Ucad, soutient "(qu')aujourd'hui, la France, dans le contexte de l'Europe, est en train d'adopter le modèle anglo-saxon Lmd. Et les pays du Sud, notamment francophones, qui tenaient leur système d'enseignement supérieur de la France, ont tout intérêt à s'intégrer dans cette dynamique mondiale pour non seulement internationaliser leur système et avoir une mobilité non pas seulement vers France, mais que cela soit une mobilité internationale". Il est clair, ajoute M. Sall, qu'en s'engageant individuellement et collectivement dans cette réforme, "nous pourrons avoir des co-diplomations Sud-Sud, mais aussi Sud-Nord, mutualiser nos expériences et renforcer la mobilité de nos étudiants non pas seulement vers les pays du Nord, mais également vers les pays du Sud".
Pour le Pr Alfred Traoré, recteur honoraire de l'université de Ouagadougou, "même dans nos Etats aujourd'hui, on parle de bonne gouvernance. Et cette bonne gouvernance concerne aussi l'université". Avant d'ajouter que la gouvernance universitaire recouvre pour eux "les problèmes de la qualité, la pertinence de nos formations, les problèmes d'autonomie, l'adaptation de nos universités à répondre aux besoins de la société". Les recommandations issues de ce séminaire interpellent la contribution du politique pour les mettre en oeuvre, signale le Burkinabè. Elles concernent principalement les réformes académiques, c'est-à-dire l'harmonisation des systèmes de diplomation, la création de diplômes professionnels pour répondre aux besoins du marché, etc.
Selon M. Traoré, "sans ces réformes, il y aura des hiatus qui feront qu'il sera très difficile d'engager de véritables coopérations". Dans le cadre du fonctionnement universitaire, il est recommandé aussi de "fonctionner à l'image des universitaires du Nord. C'est-à-dire avoir une relative autonomie pour les recteurs des universités africaines pour qu'ils puissent monter des plans stratégiques de développement dont ils auront la maîtrise aussi bien au niveau technique que financier. Aujourd'hui, on sait où se former, mais on ne sait pas où travailler. Ce qui pose le problème de l'excellence et de l'efficacité, de la pertinence. Il faut que les étudiants qui se forment dans nos universités puissent se comparer avec n'importe quels autres étudiants formés dans d'autres universités. Un docteur à Dakar, à Paris, au Canada (ou) aux Etats-Unis doit avoir une équivalence pour pouvoir entrer en compétition avec les mêmes chances de succès", avance le recteur honoraire de l'université de Ouagadougou. C'est dire qu'on va tout droit à la mondialisation et à la globalisation des systèmes de fonctionnement et des formations universitaires, à l'image de l'économie.
Ces réformes ont déjà démarré dans la plupart des universités concernées. Déjà, plusieurs accords inter-universitaires sont signés. Ce qui est recommandé aux différentes universités, c'est d'amplifier ce mouvement pour former non seulement un réseau au niveau institutionnel, mais aussi sur le plan juridique pour avoir une base de travail. Ce séminaire est organisé pour "s'assurer qu'on est sur le bon chemin", renchérit M. Traoré.
Pour le directeur de cabinet du ministre de l'Education, Joseph Ndiaye, l'objectif de ce séminaire rencontre les priorités du Sénégal. Quelques-unes d'entre elles se déclinent en termes "d'humanisation de l'université, de sa maîtrise et de sa régulation, la promotion des relations entre les générations", énumère le directeur de cabinet. Pour Joseph Ndiaye, "la gouvernance universitaire signifie un attachement aux valeurs de la Francophonie que sont les droits de la personne, le droit à la diversité culturelle et le renforcement de la démocratie". Avant qu'il n'ajoute qu'il faut tenir compte "des derniers développements du mouvement mondial autour de l'enseignement supérieur". Il faut, selon M. Ndiaye, "une collaboration des institutions universitaires".
Ce séminaire sur "la gouvernance universitaire", qui a pris fin hier, a réuni l'ensemble des universités d'Afrique francophone, celles de la France et du Québec, avec un financement du Canada. Il a été tenu sous l'égide de l'Association universitaire francophone (Auf).
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