Félix Nzale
20 Décembre 2003
An II du décès du président et homme de culture Léopold Sédar Senghor, les commémorations se succèdent. Au vu de ce qu'ils en ont fait et de ce qu'ils ont été incapables d'en faire, le legs culturel du poète semble si lourd pour nos dirigeants qu'ils ne peuvent l'assumer, préférant se réfugier dans l'événementiel et les spéculations abstraites.
La polémique à propos de l'héritage culturel de Senghor a particulièrement enflé sitôt que le président Abdoulaye Wade a décliné les ambitions culturelles qu'il compte concrétiser durant son septennat pour legs à la postérité : un Musée des Civilisations Noires, un Monument de la Renaissance et un Grand Théâtre National. Au passage, le chef de l'Etat a vivement fait obstruction à la réalisation du Mémorial de Gorée, avant de céder sous l'avalanche tous azimuts d'assauts continus. Les socialistes à qui les libéraux reprochent de désenghoriser d'abord, de faire du nombrilisme ensuite au sujet d'un legs commun, contre-attaquent en faisant non seulement prévaloir la légitimité de la culture au parfum socialiste, mais en accusant le régime en place de "voler" l'essentiel des idées de leur père idéologique. Léopold Sédar Senghor n'a jamais été ainsi présent au coeur de la vie culturelle sénégalaise depuis son décès survenu le 20 décembre 2001.
Enfermés dans la logique de l'invective et de la théorisation opportuniste, les uns comme les autres ont investi leur énergie à ergoter sur des vétilles plutôt qu'à penser à se rapproprier véritablement l'héritage du poète et à le faire fructifier. Sous le règne des socialistes avec Abdou Diouf à la tête, les Nouvelles éditions africaines (Neas), le Musée dynamique, les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs, les Centres culturels régionaux bref, presque toutes les institutions senghoriennes sont tombées en désuétude, sous les regards indifférents. Avec Wade à la tête des libéraux au pouvoir à la faveur de l'alternance politique survenue en mars 2000, les choses ne se sont guère améliorées. Pourtant l'oeuvre de Senghor est surexposée dans les revendications des uns et des autres. Mais c'est dans l'ordre du symbolique que se mesurent les renommées. Même si des acquis de Sédar il ne reste que des ruines. Diouf a créé la Biennale de l'art contemporain, communément appelé Dak'art, Wade veut son monument de la Renaissance.
Les échos de la rhétorique idéologico-culturelle qui leur parviennent choquent sérieusement les sans chapelle politique qui renvoient dos-à-dos les rhéteurs. Le principal tenant à l'appropriation de l'oeuvre culturelle de Senghor au travers des choix idéologiques qui répondent aux enjeux de l'époque. Mais le legs du président-poète est-il si lourd que les dirigeants actuels ne peuvent pas l'assumer et se réfugient dans l'événementiel et les spéculations abstraites ?
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