Sud Quotidien (Dakar)

Sénégal: Démissions, tentatives de destitution, marches, motions de défiance : les maires dans la tourmente

Ibrahima Lissa FAYE

20 Décembre 2003


Il ne fait pas bon d'être maire par ces temps qui courent. Six à sept fauteuils de premier magistrat sont visés, soit par le conseil municipal ou par une partie de la population.

C'est le cas des édiles de la ville de Mbour, de la commune de Tivaouane Diack Sao, des Parcelles assainies, Djidha Thiaroye Kao, de Kaolack et des Hlm. Pour ces dernières, on s'y emploie à trouver un autre maire parce que Abdou Fall et Daouda Faye qui étaient respectivement responsables des conseils municipaux des Hlm et de Kaolack ont rendu le tablier. Les reproches vont de la mauvaise gestion, de la spéculation foncière, en passant par l'emploi fictif, le maire absentéiste pour aboutir à la gestion solitaire, voire à la passation de marchés gré à gré.

Marches, pétitions, motions de défiance, conférences de presse et lettres de protestation adressées aux autorités, telles sont les voies privilégiées des conseillers municipaux ou des collectivités qui cherchent à défenestrer leur maire. Depuis un certain temps, il est fréquent d'assister à ce genre de manifestations. La convention des jeunes de Mbour a arpenté, hier, vendredi 19 décembre les grandes artères de la ville afin de dénoncer " la mauvaise gestion " du maire Mbaye Diagne. Après avoir tiré la sonnette d'alarme au cours d'une conférence de presse, les citoyens de la principale ville touristique du Sénégal ont décidé de passer à l'action avec ou sans autorisation des autorités administratives de leur terroir. Les points contenus dans leur plate-forme revendicative sont quasiment similaires à ceux du conseil municipal et une bonne frange de la population de la commune de Tivaouane Diack Sao. Ces derniers ont tenu, avant-hier jeudi 18 décembre une conférence de presse pour étaler au grand jour les maux dont souffre leur localité du fait de la direction de l'institution municipale. Et c'est le premier adjoint au maire qui monte au créneau. La collectivité de Tivaouane Diack Sao reproche à son édile une " gestion frauduleuse et un détournement de deniers publics ". Le premier adjoint au maire déclare que " les conseillers se sont rendu compte que le maire qu'ils ont élu est très malhonnête, c'est la raison pour laquelle une motion de défiance a été votée le 28 juillet pour le destituter. Un document qui l'accuse de divers délits. Comme détournement de deniers publics, spéculation foncière, délit de création d'emploi de complaisance à des parents et des amis, falsification du budget en cours d'exécution (61 à 73 millions) ".

Un maire confirme avoir donné un marché à sa femme

Le maire Amadou Yéro Sy a créé, selon lui " des Gies pour ses parents et amis. Récemment, il a établi une commande de 14 ventilateurs à un coût de 500 000 à son épouse. Au moment de la livraison, nous n'avons vu que deux ventilateurs. Cela prouve qu'il est entrain de détourner les ressources de notre collectivité. Aujourd'hui, les populations dans toutes ses composantes (imams, directeurs d'écoles, délégués de quartiers, groupements de femmes, Asc, entre autres) sont descendues dans la rue pour réclamer sa démission ". Le maire de Tivaouane Diack Sao, Amadou Yéro Sy n'a pas réfuté certaines accusations. " On parle de ma femme qui a eu à bénéficier d'un certain nombre de marchés au niveau de la commune de Tivaouane Diack-Sao. Que l'on me dise dans les textes de notre pays, précisément de la décentralisation, s'il a été écrit quelque part qu'une autorité quelconque ne peut se permettre de donner un marché à sa femme ou à son enfant. Si la loi l'interdit, je ne l'aurais pas fait " renchérit-il. Amadou Yéro Sy a, par ailleurs reconnu avoir donné des emplois à deux de ses fils au sein de l'institution municipale.

Au mois de juillet dernier, une frange des militants libéraux et des conseillers municipaux des Parcelles assainies dirigés par le quatrième adjoint au maire de la ville de Dakar, Moussa Sy se sont élevés contre le maire libéral, Mbaye Ndiaye. Après une signature vaine d'une motion de défiance par 31 conseillers municipaux qui ont, à plusieurs reprises bloqué le fonctionnement ou la tenue du conseil municipal, ils ont décidé de déposer une requête auprès du Conseil d'Etat pour obtenir le départ ou les explications de leur premier magistrat sur beaucoup de réalisations, d'actions ou encore de travaux entamés sans l'avis de l'assemblée délibérative. Des vagues de contestations et de récriminations vont, par ailleurs se faire entendre un peu partout à travers plusieurs collectivités locales de la capitale ou du pays de façon générale. Les maires de Rufisque, de Djidha Thiaroye Kao, Médina Gounass, Pikine-est et de beaucoup d'autres localités ont eu à subir le mécontentement de leur mandant qui ont par diverses manières exprimer leur " ras-le-bol " à travers la presse. Et jusqu'à présent, ce phénomène semble aller crescendo.

Hlm et Kaolack cherchent maire désespérément

Le Conseil municipal et la population de la commune des Hlm n'oublieront pas de sitôt la formation du cinquième gouvernement de l'alternance. C'est au lendemain de cet événement que le maire de cette localité qui était ministre de la Culture et de la Communication du gouvernement sortant, Abdou Fall a rendu le tablier au motif qu'il a été défenestré. Il ne s'est pas limité là. Le responsable du Parti démocratique sénégalais (Pds) des Hlm a, par la même occasion, démissionné de toutes les fonctions électives qu'il a occupé sous la bannière du " sopi ". Depuis sa destitution, le fauteuil du premier magistrat de cette ville est resté vacant alors qu'on est de plein-pied dans la période d'élaboration de budget.

La ville de Kaolack est dans la même situation que la commune des Hlm qui est, actuellement sans maire. L'édile de la capitale du Saloum était, rappelons-le, très contesté. Les libéraux et la majeure partie des populations de cette localité n'ont cessé de réclamer la destitution du maire de la ville, Daouda Faye dit Vava. Après moult actions et tentatives, les habitants de la capitale du Saloum ont profité de la visite du président de la République, Me Abdoulaye Wade dans leur fief, mercredi 29 octobre 2003, pour demander son intervention et exiger publiquement sa révocation en le huant. Le chef de l'Etat appelé à trancher séance tenante, a tenté de faire comprendre aux habitants de Kaolack " qu'il appartient au Pds qui l'a investi et aux conseillers municipaux de trouver une solution démocratique face à un tel problème. Le maire est un élu ". Finalement, les détracteurs de Daouda FAYE ont obtenu gain de cause parce que le maire a été contraint de démissionner par " des manoeuvres politiques souterraines ".

Juste après leurs élections à la tête des mairies, un certain nombre d'édiles avaient enclenché des opérations de terrassement et de démolition des constructions sur la voie publique notamment des cantines et des maisons. C'est le cas des premiers magistrats de la Médina et Dieupeul Derklé, respectivement Pape Momar Diop et Waly Fall. Après avoir été attraits en justice, ils ont été condamnés à payer, à dédommager les plaignants. Le dernier cas en date, c'est celui du maire de Dieupeul Derklé, Waly Fall qui est contraint à payer 200 millions aux commerçants dont-il avait détruit les cantines.

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