L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Réaction au verdict du conseil privé : les doutes de l'église

Patrick Hilbert

20 Décembre 2003


Port Louis — «Sommes-nous encore les partenaires de l'Etat ? Notre participation dans la réforme est-elle caduque ?» Ce sont les questions que se pose le diocèse de Port-Louis après le verdict décrétant illégal le critère religieux. L'évêque a le sentiment que le gouvernement a laissé tomber l'enseignement catholique.

Mgr Maurice Piat : «Nous sommes dans l'attente de la réaction du gouvernement.»

La colère gronde dans l'Église depuis mercredi, jour où le Conseil privé à Londres a rejeté l'appel du diocèse de Port-Louis dans l'affaire contre Suttyhudeo Tengur. Paradoxalement, l'objet de la colère n'est pas ce dernier, mais le gouvernement, que l'Église accuse de l'avoir lâchée.

« Nous pouvons nous demander si le ministère de l'Éducation veut encore de nous comme partenaire », constate amèrement Mgr Maurice Piat. Lors d'une conférence de presse hier à l'évêché, à Port-Louis, il a sévèrement critiqué la prise de position des représentants légaux de l'État devant les Law Lords.

Pour l'évêque de Port-Louis, les avocats de l'État « ont dit très clairement qu'ils ne soutiennent pas les arguments de l'appelant et qu'ils appuient à fond le jugement de la Cour suprême du 13 novembre 2002 », qui décrétait le critère religieux illégal dans l'admission dans les collèges confessionnels.

« Ils reconnaissent ainsi que le gouvernement accepte que sa conduite est incompatible avec l'article 16(2) de notre Constitution », continue-t-il. Cet article stipule que nul ne sera traité d'une manière discriminatoire par toute personne exerçant une fonction publique.

Le fait que le gouvernement ait aussi déclaré que la subvention aux collèges catholiques depuis dix ans est discriminatoire et incompatible avec la Constitution, est resté également au travers de la gorge des responsables du diocèse.

L'autre critique a trait au rapport du Select Committee de l'Assemblée qui recommandait l'utilisation du critère religieux pour l'admission des élèves dans les collèges catholiques. « Les avocats du gouvernement ont conclu que les 50 % permis par ce comité sont excessifs pour protéger notre identité et que nous aurions dû nous contenter de 30 à 33 % selon le principe de proportionnalité», lance Mgr Piat.

Au vu de cette attitude du gouvernement devant le Conseil privé, l'Église se met en attente puisque les avocats de l'État ont reconnu devant les Lords que le Memorandum of Understanding du 11 juin 2002, confirmant la participation de l'éducation catholique dans la réforme, est anticonstitutionnel.« Parce que, selon leurs avocats, ce document est caduc, j'attends de savoir quelle attitude le gouvernement va adopter envers nous », affirme Mgr Piat.

Les autorités se gardent bien de commenter la position de leurs avocats devant le Conseil privé. Hier, le ministre de l'Éducation, Steeve Obeegadoo, a indiqué qu'il « ne souhaite pas faire de déclaration ».

Cependant, le gouvernement veut rétablir au plus vite le dialogue avec les autorités catholiques. Le Premier ministre, Paul Bérenger, a fait savoir, par le biais du communiqué du Conseil des ministres, qu'il rencontrera l'évêque de Port-Louis et ses collaborateurs la semaine prochaine en présence du vice-Premier ministre, Pravind Jugnauth et du ministre de l'Éducation, Steeve Obeegadoo.

L'examen des options

Mgr Piat annonce déjà la couleur. L'Église ne cédera pas d'un pouce. « Nous sommes toujours prêts à travailler avec le gouvernement mais il faut d'abord que nous soyons d'accord avec leurs propositions. »

Pour la rentrée 2004, le Bureau de l'éducation catholique (BEC) a donc alloué les 50 % de places réservées sans tenir compte du critère religieux, conformément au verdict, mais pour 2005, « toutes les options sont ouvertes ». Le choix sera certainement influencé par le jugement écrit des Law Lords en février, comme l'a fait ressortir l'évêque de Port-Louis.

L'exercice d'affichage hier des listes des 746 admis s'est par ailleurs généralement bien déroulé. Hormis quelques dérapages au BEC, Michaël Atchia, son directeur, affiche la satisfaction.

La grande question qui reste aujourd'hui en suspens est la réaction de l'Église après la rentrée. Le diocèse, désireux de conserver sa spécificité, va s'adapter au jugement à sa manière tout en participant à la réforme. Ainsi, plusieurs solutions germent.

La première, l'option préférentielle pour les pauvres, compte beaucoup d'adeptes, dont la congrégation de Lorette, qui possède les collèges du même nom. L'option de collèges payants, envisagée à un moment, est toujours d'actualité, mais très critiquée au sein de l'Église.

Depuis le verdict, dans les milieux de l'enseignement catholique, certains pensent que l'option actuelle de prendre les élèves selon leurs résultats et la proximité de leur résidence des établissements ainsi que les low achievers et les enfants du personnel est peut-être la meilleure solution.

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