Neïla Rhaim
20 Décembre 2003
- En 2004, le vaccin contre la rubéole sera introduit dans le calendrier national des vaccinations.
Le vaccin contre la rubéole fera, en 2004, son entrée dans le calendrier national des vaccinations. Les modalités d'introduction de cette vaccination seront annoncées prochainement.
A l'origine de cette décision, nous a appris le docteur Mohamed Ben Ghorbal, coordinateur du Programme national de vaccination, le souci, au plus haut niveau, de prévenir toutes les maladies pourvoyeuses de handicaps. La rubéole en fait partie : contractée pendant les premiers mois de la grossesse, cette maladie peut, en effet, entraîner de graves malformations du foetus. Autre motif d'inquiétude : la surveillance de la rougeole (50% des cas suspectés de rougeole se révèlent des cas de rubéole) a permis d'observer un recul progressif de l'âge de survenue de la rubéole.
Rappelons que, jusqu'en 1995, ces vaccinations obligatoires étaient le BCG (anti-tuberculeux), le DT Coq (antidiphtérique, antitétanique et anticoquelucheux), le polio (antipoliomyélitique) et le vaccin contre la rougeole. La vaccination contre l'hépatite virale B (VHB), à trois mois, a été introduite en 1995. «La gravité de cette maladie est liée à son passage à la chronicité, qu'on observe essentiellement lorsque la contamination a lieu en bas âge», précise le docteur Ben Ghorbal. Depuis 1992, la vaccination des professionnels de la santé contre l'hépatite B (et le tétanos) est obligatoire. Depuis deux ans, elle est systématique à l'entrée à la faculté de médecine ou de toute autre école de santé. En 2002, un nouveau vaccin a été ajouté à la liste des vaccinations obligatoires : le HIB. HIB c'est l'abréviation d'Haemophilus Influenzae de type B, une bactérie responsable de plus de 60% des méningites et d'une forte proportion des pneumopathies de l'enfant. Comme le VHB, le HIB est administré dès l'âge de trois mois. C'est important, car la majorité des méningites dues à ce germe enregistrées en Tunisie surviennent entre 6 et 18 mois.
Le budget consacré à l'achat et à la conservation des vaccins, nous a fait remarquer le docteur Ben Ghorbal, qui était de 1,4 milliard en 1994, a doublé deux fois : lors de l'introduction du VHB en 1996 (3,6 milliards) et lors de l'introduction, en 2003, du HIB. Il se situe désormais à environ 6 milliards.
Les fruits du PNV
Le programme national de vaccination a porté ses fruits. Sa première victoire a été l'éradication de la poliomyélite. Le dernier cas de poliomyélite remonte à juillet 1992. Ce constat d'éradication s'appuie sur une surveillance performante se basant, nous a expliqué le docteur Ben Ghorbal, sur «la déclaration et l'investigation de tous les cas de paralysie flasque aiguë chez un enfant de moins de 15 ans».
Même chose pour la diphtérie : le dernier cas de diphtérie a été enregistré en 1993. Depuis 1996, on peut aussi parler d'élimination du tétanos néonatal.
Les mamans ayant bénéficié d'une protection vaccinale rendant leur enfance, systématiquement mise à jour, notamment à l'occasion de leur grossesse, leurs bébés peuvent profiter de l'immunité maternelle. Le tétanos de l'adulte est également en nette régression : 5 cas par an tous âges confondus, et ce, depuis 1996.
Ces dix dernières années ont également été fatales à la coqueluche, qui ne s'est manifestée que rarement (moins de trois cas par an). La rougeole, un autre fléau, ne tue plus chez nous depuis une dizaine d'années. Depuis 1992, date de la dernière flambée, on n'a enregistré, en 2002, qu'un seul foyer à Sfax, du reste rapidement circonscrit. Les 98 personnes touchées étaient en majorité des adultes nés avant 1980, autrement dit n'ayant pas bénéficié d'une vaccination contre cette maladie. Débuté en 1975, le programme de vaccination contre la rougeole, n'a, en fait, atteint une couverture satisfaisante que dans les années 80. Cet épisode conforte les observateurs dans l'idée que la rougeole est en phase de préélimination. Cette élimination est vérifiée par un système de surveillance nationale, ainsi que par un laboratoire de référence, dont le rôle consiste à assurer la confirmation diagnostique des cas suspectés de rougeole.
Qualité de la vaccination
La couverture vaccinale préscolaire a dépassé le taux de 95%, et ce, à l'échelle nationale. Une enquête réalisée en 2000 par le ministère de la Santé publique a montré que ce taux est le même en milieu urbain comme en milieu rural. Reste à s'assurer, a précisé le docteur Ben Ghorbal, de son uniformité dans toutes les zones du pays. Ce n'est pas le seul défi à relever, a-t-il ajouté. Actuellement, l'objectif à atteindre est la qualité de la vaccination. Son efficacité en premier lieu : pour être efficace, un vaccin doit obéir à un calendrier précis. Tout retard, dans les prises de rappel, notamment (20% des cas) peut compromettre cette efficacité. La famille étant la principale intéressée, il est important de maintenir l'effort de sensibilisation. Négliger la vaccination sous prétexte que plusieurs maladies infectieuses sont devenues rares dans notre pays revient à baisser la garde devant ces maladies, qui n'ont pas dit leur dernier mot. A preuve la résurgence dans le monde de certaines parmi elles que l'on croyait avoir définitivement jugulées.
La qualité de la vaccination, c'est aussi une bonne technique vaccinale. Une action dans ce sens a été entreprise au cours de 2002-2003 : les techniques vaccinales ont été standardisées - en tenant compte des dernières mises à jour scientifiques dans ce domaine - et diffusées, par le biais, entre autres, de cycles de formation continue des agents vaccinateurs.
Le contrôle de la qualité des vaccins est assuré à plusieurs niveaux : approvisionnement en vaccins de qualité en dépit des perturbations que connaît le marché international et contrôle de cette qualité par l'Institut Pasteur de Tunis, et suivi de l'impact de la vaccination sur la maladie par le ministère de la Santé publique.
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