La Tribune (Algiers)

Algérie: Pour combler leur déficit en énergie, les Américains importeront du GNL d'Algérie

Salah Slimani

21 Décembre 2003


L'opportunité qu'offre le marché américain aux pays exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) a fait le consensus des 24 pays participant aux travaux de la conférence ministérielle sur le GPL et dont faisait partie l'Algérie.

Les perspectives du marché américain telles que présentées par le secrétaire américain à l'Energie, M. Spencer Abraham, et par les opérateurs pétroliers américains présents à cette rencontre, montrent clairement l'évolution intensive et le rythme rapide de la demande américaine en GNL pour les années à venir. En matière de développement du GNL, l'Algérie a, depuis longtemps, anticipé et prévu les besoins que les Etats-Unis allaient exprimer plus tard pour cette source d'énergie. En effet, rappelle-t-on, l'Algérie avait été, en 1965, le premier pays fournisseur des Etats-Unis en GNL pour lequel 4 terminaux avaient été construits à l'époque afin de recevoir le gaz algérien. Cependant, la déréglementation intervenue aux Etats-Unis dans les années 1970 s'est traduite par l'abandon des projets. Mais avec la disparition de la «bulle de gaz», la donne a radicalement changé aux Etats-Unis et un déficit extrêmement important en GNL risque d'apparaître dans ce pays considéré comme le plus gros consommateur d'énergie.

En effet, la baisse rapide des réserves américaines en gaz, les limites de l'offre des pays limitrophes (Canada notamment) et l'explosion de la demande qui se dessine ont amené le gouvernement américain à agir afin d'écarter tout risque de pénurie. Pour les Etats-Unis, la solution était soit de se tourner vers d'autres sources d'énergie, ce qui est difficile compte tenu des problèmes d'environnement, soit d'opter résolument pour l'importation de gaz naturel en faveur de laquelle ils ont tranché en raison des avantages comparatifs que cette énergie présente. Dans son exposé présenté jeudi dernier à cette conférence ministérielle, le ministre de l'Energie et des Mines, Chakib Khelil, rapporte l'APS, a présenté les potentialités de l'Algérie en la matière qui font d'elle l'un des pays les mieux placés en raison de sa riche expérience en industrie du GNL évaluée à une quarantaine d'années, de l'abondance de cette richesse énergétique, de la proximité géographique relative et donc des coûts favorables de son transport.

A ce propos, M. Khelil a indiqué aux représentants du gouvernement et des organismes pétroliers américains présents ainsi qu'aux 22 autres ministres de pays producteurs ou consommateurs, que plus de 20 contrats d'exploration et de production en hydrocarbures ont été signés durant ces trois dernières années entre l'Algérie et des compagnies étrangères. Ce qui s'est traduit par une augmentation constante des réserves algériennes en gaz et en pétrole. Le redéploiement des activités de Sonatrach à l'étranger a été également évoqué par le ministre citant le projet gazier engagé au Pérou (projet Camisea) en association avec des sociétés américaine, argentine et sud-coréenne, dont une unité de GNL sera affectée pour l'exportation vers l'Amérique du Nord. S'exprimant sur les autres projets de GNL engagés par l'Algérie avec les partenaires étrangers, M. Khelil a cité ceux signés respectivement avec l'américaine Statoil en novembre 2003, l'espagnole Reganosa, et British Petroleum (BP), marquant le retour de l'Algérie sur le marché britannique en GNL après une longue absence.

Par ailleurs et au niveau national, l'importance de l'utilisation du GPL occupe également les débats. En effet, plusieurs mesures sont actuellement envisagées pour dynamiser et relancer le programme d'utilisation du gaz de pétrole liquéfié (GPL)/carburant, en Algérie, au vu du potentiel de production existant de ce produit énergétique, affirment des experts du ministère de l'Energie et des Mines. En Algérie, les possibilités d'utilisation du GPL/carburant, présente, notent les experts, un atout économique et écologique considérable, au regard de sa large disponibilité, de ses propriétés, qualifiées d'«excellentes» et de ses qualités écologiques, estiment les experts en politique énergétique. Selon les estimations du ministre de l'Energie et des Mines, les GPL constituent une ressource notable et la moins entamée (21%), compte tenu des profils de production prévisionnels. A cet égard, on estime que la production des GPL atteindra près de 13 millions TM entre 2008 et 2010, d'où la nécessité de promouvoir son utilisation sur le marché national et de mettre en place une stratégie d'exportation de ce produit. En outre, les prévisions de production de ce carburant sont de 320 000 tonnes en 2004, 420 000 pour 2006 et 750 000 à l'horizon 2010.

Par ailleurs, les prévisions de consommation GPL/C sont estimées respectivement pour 2006 et 2010 à hauteur de 22 et 33%. En 2020, cette part devrait atteindre 34% dans la consommation totale des carburants. Aujourd'hui, elle ne représente qu'à peine 5,5%, équivalent à 146 000 véhicules. Parmi les mesures envisagées pour promouvoir ce produit, on cite notamment des allégements fiscaux, dont le dégrèvement des droits de douane pour les véhicules importés pourvus d'origine d'équipement de gaz et une exemption de la TVA et des droits de douane sur les équipements destinés à la conversion des véhicules au gaz et à la distribution du GPL/C. On envisage aussi de multiplier les campagnes d'information et de sensibilisation auprès des particuliers et des opérateurs de transport sur les avantages économiques, techniques et environnementaux de ce carburant. Un réseau de stations-service constitué de 800 stations est également projeté d'ici à 2010, à raison de 60/an, tous types de stations confondus.

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