La Tribune (Algiers)

Algérie: Conférence internationale sur le partenariat de l'initiative environnementale du NEPAD : le grand défi écologique de l'Afrique

Lyes Malki

21 Décembre 2003


Parmi les objectifs assignés au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD), les initiateurs du programme, à savoir l'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Algérie, voulaient combler le retard qui sépare l'Afrique des pays développés.

Il fallait nécessairement toucher à tous les domaines de développement sans occulter ceux liés au cadre de vie direct des populations. C'est ainsi que le NEPAD, dans ses programmes, a recommandé, entre autres, la mise en place et l'adoption d'une initiative environnementale et d'un plan d'action pour faire face aux défis environnementaux de la région tout en luttant contre la pauvreté et en oeuvrant pour le développement socio-économique. Ce plan a été élaboré selon un processus consultatif et participatif, sous l'égide de la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE), en collaboration avec le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE). Il traite les questions et les préoccupations communes et partagées du développement durable en Afrique. Pour passer à l'étape de la mise en oeuvre, les parties concernées par ce plan se sont réunies durant deux jours lors d'une conférence internationale à Alger, lundi et mardi derniers, et ont couronné leurs discussions par une déclaration appelée «déclaration d'Alger».

Réduire la pauvreté d'abord

Les objectifs globaux du plan d'action de l'initiative environnementale sont de compléter les programmes de développement africain pertinents, afin d'améliorer les conditions environnementales en Afrique pour contribuer à réaliser la croissance économique et l'éradication de la pauvreté, développer les capacités de l'Afrique pour appliquer les accords environnementaux internationaux et régionaux et faire face efficacement aux défis de l'environnement dans le contexte global de la mise en oeuvre du NEPAD. La question de la pauvreté figure donc parmi les priorités qui devront être prises en charge. Car, au fin fond des régions africaines, les populations pauvres, dont la participation à la sauvegarde de l'environnement est nécessaire, ne sauraient comprendre les enjeux environnementaux si la misère continue toujours à ronger leur vie quotidienne. Dans ce contexte, intervenant lors de la conférence de lundi dernier, le président de la République Abdelaziz Bouteflika a estimé que ce plan d'action «définit des politiques et des mesures à appliquer dans des domaines hautement prioritaires» qui prennent en charge «la problématique des liens» entre «l'environnement et la santé, l'éducation, le transfert des technologies propres et du savoir-faire». De leur côté, les interventions de certains partenaires du NEPAD ont souligné, lors de cette conférence, que l'objectif du plan d'action du NEPAD pour l'environnement «ne peut être réalisé qu'à travers l'amélioration de la situation écologique et l'éradication de la pauvreté et des épidémies en Afrique». Ils ont rappelé aussi qu'un grand nombre de la population du continent vit dans une extrême pauvreté, soit avec un revenu de moins d'un dollar par jour.

L'urgente nécessité de protéger l'environnement

Il faut savoir à ce propos que les chiffres qui caractérisent la pauvreté sur le continent sont loin de rassurer : 300 millions d'Africains, sur un total de près de 800 millions, sont dans une situation d'extrême pauvreté. C'est la raison pour laquelle les experts des différentes organisations internationales affirment aujourd'hui que l'Afrique a le taux de dénuement le plus élevé, comparé aux autres continents, et aussi le fossé le plus important entre riches et pauvres. Outre les problèmes liés à la pauvreté, le NEPAD, dans son volet environnement, consacre une multitude de projets au développement durable. Un développement qui devrait prendre en considération l'aspect environnemental. C'est pourquoi la mise en oeuvre de l'initiative entend promouvoir l'utilisation durable des ressources naturelles de l'Afrique et renforcer l'appui public et politique aux initiatives environnementales sous-régionales et régionales. Elle appelle aussi à «promouvoir l'exécution par les pays africains de leurs engagements en vertu des conventions environnementales régionales et internationales et d'autres instruments juridiques», «renforcer les capacités humaines et institutionnelles des pays africains pour faire face efficacement aux défis de l'environnement sur le continent» et «encourager la coopération régionale pour la gestion environnementale». Le plan d'action de l'initiative pour l'environnement du NEPAD a été structuré, à cet effet, par groupes d'activités programmatiques et de projets à mettre en oeuvre sur une période initiale de dix ans. Les domaines programmatiques couvrent les secteurs prioritaires et les questions transversales contenues dans l'initiative pour l'environnement du NEPAD, à savoir la dégradation des sols, la sécheresse et la désertification, les zones humides, les espèces allogènes envahissantes, les ressources marines et côtières, la conservation transfrontalière des ressources naturelles ; les changements climatiques et les questions transversales.

Le partenariat : une condition indispensable

L'Algérie, comme l'ensemble des pays du Maghreb, est concernée notamment par la question de la lutte contre la désertification, la protection des sols et la protection des ressources en eau. D'un montant de 30 milliards de dollars, ce plan a besoin toutefois, pour sa mise en oeuvre, de partenaires donateurs capables de venir en aide aux pays africains dans leur tentative de sauver un environnement de plus en plus dégradé. C'est pourquoi la déclaration d'Alger adoptée mardi dernier a appelé les partenaires donateurs (pays développés, institutions financières et autres groupes «G8, UE») à un partenariat efficace pour l'application de l'initiative environnementale du NEPAD et à renforcer leurs aides au profit de l'Afrique en vue de lui permettre de concrétiser ses projets de développement et d'éradiquer la pauvreté.

Et la société civile ?

La présence de responsables d'institutions financières et des représentants du G8 et de l'Union européenne lors de la conférence lundi dernier a confirmé en quelque sorte la disponibilité de ces derniers, leur engagement et leur implication dans la mise en oeuvre du plan d'action de l'initiative environnementale du NEPAD. Selon M. Michel Camdessus, «le G8 fait alliance avec le NEPAD pour contribuer au financement des différents projets prévus et la France, à elle seule, s'engage déjà à débloquer 164 millions d'euros».

Pour sa part, le représentant italien de l'UE a indiqué lors d'une conférence de presse qu'outre l'action dénommée «initiative Italie-Afrique» que son gouvernement prendra en charge, l'Italie s'engage à signer d'ici à l'année prochaine un accord pour le financement de plusieurs projets de lutte contre la désertification. Si le projet NEPAD, avec tout ce qu'il prévoit comme actions à entreprendre dans les différents domaines socio-économiques et environnementaux, constitue un projet traduisant la volonté des Africains de prendre leur destin en main, il n'en demeure pas moins qu'il se heurte toutefois, en matière d'application, au problème d'adhésion effective des populations, estiment certains experts.

Cela est d'autant plus vrai lorsqu'on sait que les démarches à même d'impliquer la société civile dans de tels projets n'ont pas été entreprises auparavant. De plus, ajoutent encore les experts, «ces projets ne diffèrent pas beaucoup de ceux appliqués jusqu'à présent dans le cadre des programmes d'ajustement structurel [PAS] qui n'ont pas prouvé leur efficacité sur le terrain». Les anti-mondialisation relèvent, de leur côté, que les textes du NEPAD attribuent les raisons de «la marginalisation et l'échec du développement en Afrique à l'exclusion du continent du processus de mondialisation». Or, jusqu'à une date récente, «ces maux étaient attribués à la mondialisation libérale imposée par le FMI et la Banque mondiale». En somme, les dix années que se donnent les initiateurs du NEPAD pour la mise en oeuvre des différents projets qu'ils prévoient sont largement suffisantes pour juger sur le tas les effets qu'auront eu les actions entreprises en matière de protection de l'environnement et de développement durable. Il s'agit là, pour les Africains, d'un grand défi à relever mais aussi d'un test pour leurs partenaires occidentaux qui avouent aujourd'hui être responsables d'une partie des maux qui rongent le continent.

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