San Finna (Ouagadougou)

Burkina Faso: Pour ou contre une loi interdisant les signes religieux ostensibles et instituant une fête pour les juifs et les musulmans ?

Tozi.

20 Décembre 2003


Face à l'ampleur du débat en France autour du port de signes religieux ostensibles et des fêtes religieuses, Jacques Chirac s'est prononcé mercredi dernier en faveur d'une loi interdisant notamment ces signes religieux à l'école et contre l'institution des fêtes juive et musulmane.

Il a demandé au ministre du Travail François Fillon d'"engager les concertations nécessaires et, si besoin, soumettre au Parlement une disposition permettant au chef d'entreprise de réglementer le port de signes religieux".Il a aussi annoncé la création d'un observatoire de la laïcité "chargé d'alerter les Français et les pouvoirs publics sur les risques de dérive ou d'atteinte à ce principe essentiel". Au lieu de clore le débat, cela a déchaîné une vague de protestations non seulement en France mais à travers le monde. Les camps sont bien tranchés. Il y a ceux qui applaudissent à la décision du chef de l'Etat de réglementer notamment le port du voile islamique et de préserver l'exception culturelle française en refusant les jours fériés pour les fêtes religieuses juive et musulmane d'une part. Il y a aussi ceux qui se désolent de cette décision estimant qu'elle complique davantage la question de l'intégration nationale et qui font une lecture discriminatoire des droits des citoyens français selon leur confession religieuse, d'autre part. Deux sons de cloche.

JACQUES CHIRAC A PRIS UNE DECISION SAGE

Si le Président français n'avait pas tranché de la manière qu'il l'a fait notamment à propos du port du voile islamique et de l'institution de fêtes légales juive et musulmane, il aurait certainement exposé la France à des troubles graves. Les sondages le montrent à l'envie : il y a un véritable ras-le-bol par rapport au port ostensible des signes distinctifs religieux et le choix d'une loi interdisant le port de ces signes - voile, kippa, grande croix - dans les établissements scolaires rencontre ainsi la faveur de la majorité des internautes, à 63%. Le chef de l'Etat a aussi rencontré l'assentiment des internautes (à 70 %) qui lui sont gré de n'avoir pas retenu une autre proposition de la commission Stasi, qui a travaillé sur ces questions délicates, consistant à instituer deux jours fériés dans les écoles pour célébrer l'Aïd el-Kébir et le Kippour. Jacques Chirac, pour eux, a eu le courage de se pencher sur la question au lieu d'avoir recours à la politique de l'autruche et cette loi aura le mérite de retremper les valeurs de la République aux sources de ses fondamentaux que sont la stricte neutralité religieuse de l'espace public et la lutte contre les communautarismes.

Et puis, au-delà des internautes, les sondages qui ont une base plus large, répercutent la même position : les Français sont majoritairement contre cette singularité vestimentaire, elle heurte les habitudes françaises et explique grandement la montée de l'intolérance raciale. Si, méconnaissant cet état de choses, le président de la République avait choisi de se voiler la face, il se serait retrouvé contre son peuple et ce n'est pas là la mission d'un président démocratiquement élu. Alors, ceux qui protestent dans certains pays arabes sont mal venus de le faire puisque eux-mêmes sont loin d'accorder ces droits aux autres confessions (il n'y a pas de fête chrétienne en Arabie Saoudite, on y oblige même les femmes, quelles que soient leurs nationalités et religions, à porter le voile). S'il ne fait ni chaud ni froid aux Allemands que les Musulmanes se promènent dans les lieux publics avec le voile voire le tchador, c'est leur affaire. Les Français n'en veulent pas et c'est leur droit comme c'est leur droit de ne pas rentrer dans l'engrenage de la reconnaissance de fêtes religieuses juive et musulmane. A ce rythme-là, il faudra bientôt consacrer des jours fériés pour toutes les religions révélées ou non qui existent dans l'Hexagone. Oui à une loi pour réglementer toutes ces questions en accord avec la volonté populaire !

TOMI.

JACQUES CHIRAC S'EST " ACHETE " DES PROBLEMES

Quelle idée d'avoir cherché à mettre le doigt dans cette histoire de voile islamique et de fête religieuse juive et musulmane alors qu'on aurait pu continuer de gérer, au cas par cas et au petit bonheur la chance, ces questions. En ayant décidé de mettre de l' " ordre " dans l'espace religieux, la France se retrouve dans une sainte contestation pour ne pas dire une sainte pagaille. C'est le lever de boucliers partout, d'Indonésie, d'Arabie Saoudite, du Koweït, d'Allemagne et, incroyable, même des USA. Ca veut bien dire ce que ça veut dire : la France est rétrograde, ne sait s'adapter aux mutations du monde. Et puis, cette décision est méprisante pour ceux qui ne partagent pas la religion dominante et elle est ignorante des réalités quand on sait l'importance des communautés islamique et juive en France.

La décision est encore inconséquente eu égard aux efforts affichés pour réussir l'intégration nationale. Une telle option venant de la patrie des droits de l'homme est tout simplement choquante et justifie la baisse de popularité du président français auprès de certains pays qui en avaient fait leur mascotte surtout depuis son héroïque opposition à Bush par rapport à son expédition punitive en Irak. En Grande-Bretagne, il est d'usage "de soutenir la liberté d'expression et de permettre aux gens d'être en accord avec leurs croyances". En France, Les Verts par la voix de Noël Mamère, se sont opposés farouchement, et avec justesse, à cette loi estimant qu' elle stigmatise la deuxième religion de France, l'Islam, et qu'elle donne l'impression que l'Islam est incompatible avec la tradition judéo-chrétienne, voir avec la démocratie. Il ne faut pas aussi oublier que les jeunes filles qui portent le voile se verront interdire l'école publique qui est un lieu privilégié d 'intégration et d 'émancipation. Enfin, les jeunes immigrés vont ressentir cette loi comme une nouvelle agression. Il vaudrait mieux reconnaître qu'on a failli dans l'intégration à la française. Non, vraiment, le gouvernement n'a pas assuré et alors que les protestations vont grandissantes, Jacques Chirac ferait mieux de revenir sur sa décision. Son gouvernement a déjà eu l'occasion de reculer sur des questions auxquelles il tenait. Alors, qu'il le fasse pour cette décision pendant qu'il est encore temps. Il y va de l'ordre public interne mais aussi du prestige international de la France !

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