Lamine Koné
20 Décembre 2003
Des artistes qui font dans la revendication au Burkina, cela s'est rarement vu.
Aussi, lorsque le 9 Décembre dernier, un écrit paru dans certains journaux de la place a fait état d'une pétition et d'une marche contre le Projet de soutien aux initiatives culturelles et décentralisées (PSIC), la chose n'a pas manqué de retenir l'attention de l'opinion publique nationale. En outre, il s'est remarqué qu'au nombre des signataires, figuraient de grands nom des milieux artistiques burkinabé. Il s'est aussi remarqué qu'à peine une heure après la marche des artistes sur le PSIC, la coordonnatrice nationale du projet, Mme Félicité Kaboré, se fendait d'une interview parue ensuite dans le quotidien " Le Pays " du 15 Décembre 2003, pour expliquer -ou justifier c'est selon- les missions et la démarche du projet qu'elle dirige. Que se passe-t-il réellement au PSCI ? Pourquoi des artistes ont-ils marché contre un projet qui en principe soutient leurs initiatives ? SAN FINNA s'est intéressé à la question.
UN PROJET MARQUE PAR UN PECHE ORIGINEL
Avant d'en arriver aux raisons présentes de cette crise, il faut remonter aux origines du PSIC. Ce projet connut son démarrage en février 2000 au Burkina Faso par un financement exclusif de l'Union Européenne. Il a pour principal objectif l'apport d'un soutien financier aux initiatives artistiques des acteurs du monde culturel. En 1999, un test de sélection d'un coordonnateur du projet fut lancé. Un jury mis en place à cet effet, fit le choix d'un des candidats pour diriger le projet. Mais ce choix se heurta au refus des autorités du ministère à l'époque qui jugeaient ce candidat insuffisamment marqué des couleurs du parti au pouvoir. Ce test fut annulé sans autre raison valable, et les précédents candidats simplement ignorés à l'organisation du test suivant. A l'époque, San Finna s'était ému de la situation et dénoncé cette procédure pour le moins non conforme. Le journal s'était interrogé sur les intentions qui pouvaient sous-tendre ce manque flagrant de transparence dans le choix du coordonnateur. Le PSIC est-il resté miné par le péché originel ? Toujours est-il que nombre d'observateurs par la suite n'ont pas manqué de s'inquiéter des options stratégiques que le projet adopta comme principes de fonctionnement.
Dans l'interview accordée au journal " Le Pays ", la coordonnatrice du projet, à une question sur son bilan, répondit que 127 projets sur 565 avaient été financés pour une enveloppe de 790 millions. Le problème est que le nombre de projets financés ne saurait tenir lieu de bilan. Il eût été plus instructif qu'elle se prononce sur la pertinence des dossiers financés. En effet, s'il est indéniable qu'un certains nombre d'artistes ont su tirer profit de leur financement, il n'est pas évident par contre qu'ils soient les plus nombreux. Pour beaucoup de bénéficiaires, les prêts accordés n'ont pas été utilisés dans le sens d'une pérennisation de leurs activités si bien qu'ils se retrouvent aujourd'hui à leur point de départ, en quête d'autres financements. Ce pourrait être le cas de cet artiste-musicien bien connu qui, non seulement n'a tiré aucun profit de son financement, mais en plus s'est retrouvé en prison, victime d'organisateurs trop cupides.
Même si le PSIC fonctionne sur la base de prêts non remboursables, n'aurait-il pas par exemple fallu, en plus de l'apport personnel, exiger comme critère supplémentaire la caution morale d'une personnalité reconnue qui garantirait e la sorte l'utilisation objective des fonds attribués ?
De nombreux autres problèmes de fonctionnement minent le initiatives du PSIC. Il est ainsi reproché au projet d'initier ses activités non pas de manière inductive mais déductive. Le PSIC aurait ainsi tendance à décider à la place des acteurs eux-mêmes des orientations de leurs activités. Le projet ne s'adapte pas aux réalités et exigences du milieu mais contraint plutôt les acteurs à ses propres exigences, de par le pouvoir de financement qu'il détient. Il en est ainsi des regroupements actuels des acteurs culturels, inspirés pour ne pas dire imposés par le projet, et auxquels beaucoup adhèrent sans réelle conviction, simplement attirés par un espoir de financement. C'est l'exemple de la Fédération des Festivals et Manifestations Culturelles FFMC. On ne peut dire de cette fédération qu'elle est la résultante des acteurs eux-mêmes. La preuve est qu'elle se trouve déjà minée par des difficultés qui mettent à mal son fonctionnement. Par exemple, le choix pour diriger la structure de Mr Ido Babou Jean-Pierre, ex-maire de la commune de Sigh-Noghin et acteur politique bien connu, n'a pas été du goût de tout le monde. Le fonctionnement de la structure se trouverait aussi bloquée du fait d'incompréhensions entre la coordonnatrice du projet et les responsables de la fédération. Ceux-ci auraient le montant des droits d'adhésion de leurs membres, détenu par la coordonnatrice, qui exigerait d'eux la présentation de leur récépissé d'existence comme préalable à un éventuel remboursement. Un tel interventionnisme s'il s'avère, constituerait une déviation du PSIC, qui devrait ne s'en tenir qu'à son rôle de financement. L'histoire de ce pays est pavée d'échec de ces regroupements " kolkhoziens " ayant tenté de fonctionner sans le moteur de la motivation. Au nombre des interventions mal inspirées, figurent les nombreuses initiatives d'études et de formations du PSIC. Leur pertinence ne se discute pas. Mais qu'elles soient le fait du PSIC lui-même, reste contestable.
Encore une fois, il n'est pas de son rôle d'agir à la place des acteurs eux-mêmes. Par exemple, une étude des potentialités culturelles et artistiques de la province du Poni, au lieu d'être l'oeuvre du projet, devrait plutôt être une initiative des acteurs culturels de cette province, qui s'en inspireraient ensuite pour des initiatives ultérieures, le PSIC ne se bornant qu'à n'y apporter son appui financier.
Le mécontentement exprimé par certains acteurs du monde culturel à travers leur marche, devrait être compris de la Coordination du PSIC , comme un signal fort qui suggère une remise en cause de certaines de leurs méthodes de fonctionnement. Le projet ne pourra faire pendant encore longtemps l'économie d'une remise en cause. Le Projet appartient exclusivement aux acteurs du monde culturel et artistique. Toute démarche qui exclurait ou frustrerait certains d'entre eux au profit d'autres, serait un échec pour le Projet !
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