Fatima Moho
21 Décembre 2003
Les singes magots ne seraient pas les principaux responsables de la dégradation des forêts de cèdre du Moyen Atlas. Bien au contraire, ces macaques spécifiques de l'Afrique du Nord et de Gibraltar en voie de disparition, seraient des victimes de la déforestation grandissante et du déséquilibre des écosystèmes qu'elle entraîne, selon l'organisme écologique international World Wide fund for nature (WWF).
Les magots, qui ont toujours élu domicile dans les forêts du Moyens Atlas sont mis à l'index dans le processus de dégradation des cédraies en attaquant leurs arbres. Or, ces singes ne procèdent à l'écorçage des arbres que quand ils meurent de soif particulièrement pendant les étés trop secs lorsqu'ils n'ont plus accès aux sources naturelles d'eau transformées par les bergers sédentarisés en puits. C'est ce qu'affirme le Pr. Andrea Camperio Ciani, primatologue à l'Université de Padoue et président du GEA, une organisation regroupant des scientifiques qui étudient les forêts de l'Atlas depuis plus de 20 ans parallèlement à leurs recherches sur les espèces et les écosystèmes menées un peu partout dans le monde.
Pour ce primatologue comme pour d'autres d'ailleurs les magots et l'écorçage des arbres dont ils sont les auteurs ne seraient que des indicateurs sur le déséquilibre des écosystèmes généré par la déforestation. Au fond, les magots comme les cèdres sont victimes des effets corrélatifs de plusieurs facteurs.
En premier lieu, le document du WWF met l'accent sur le facteur climatique. La disparition des cèdres serait ainsi liée à la difficulté grandissante des arbres à affronter la sécheresse de plus en plus forte à cause des changements climatiques. Restant toujours dans le registre des facteurs naturels, WWF souligne la fragilisation des arbres par les nombreuses attaques d'insectes et de champignons. Ces envahisseurs ont endommagé une grande partie des vieux cèdres ces deux dernières années.
Le document de WWF évoque également le facteur humain. La sédentarisation des bergers dans la région a entraîné un développement considérable de la population humaine et du cheptel qui apportent leurs lots de dommages. Le surpâturage et l'ébranchage, pour se chauffer et nourrir les bêtes sont ainsi les conséquences directes de la fixation des nomades sur les hauts plateaux. Mais abstraction faite du document de WWF la forêt de cèdre du Moyen Atlas fait l'objet d'une désastreuse mise à sac dont les effets sont beaucoup préjudiciables à cet inestimable patrimoine.
La conjugaison de ces effets a fait que la densité des forêts du Moyen Atlas a baissé de 40% ces 15 dernières années. Pour leur part, les magots se sont retrouvés privés d'une couverture végétale qui leur permettait auparavant d'avoir suffisamment de nourriture. Il est vrai que les écorces des arbres ne font pas régulièrement partie de leur menu mais ils se substituent quand le besoin se fait ressentir à la nourriture qui manque.
Cette situation a également influé sur la densité approximative des magots par Km2. Selon les dernières observations scientifiques, datées de 2003, il n'y a que 7 à 8 singes par km2. Pendant les années 70, la densité avait baissé de 70 à 40 singes par Km2. A l'époque, cette diminution avait poussé le gouvernement à arrêter les exportations des macaques.
Signalons que WWF a organisé à Azrou en octobre 2003 en partenariat avec le Haut commissariat aux eaux et forêts et le GEA, une formation aux techniques de monitrage des populations de singes et de leur habitat. A l'issue de cette session, les intervenants ont décidé de conjuguer leur efforts pour identifier les causes de la chute de la population des magots.
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