Guinéenews (Toronto)
Propos recueillis par Alsény Ben Bangoura à Washington
21 Décembre 2003
interview
Le NDI(l'Institut National Démocratique) est une organisation non gouvernementale créée par le congrès américain avec pour objectif de promouvoir la démocratie à travers le monde. Depuis sa création en 1983, le NDI dont les actions sont financées par l'USAID évolue dans plusieurs pays dont la Guinée où il s'est établi en 2000.
Les actions du NDI en Guinée sont essentiellement concentrées au niveau des partis politiques de toutes tendances confondues, en les aidant à améliorer leurs capacités à fonctionner dans une société démocratique. Mais le 25 novembre dernier, l'Institut a décidé de suspendre ses activités en Guinée au moment même où les Guinéens s'apprêtent à s'élire un nouveau président le 21 décembre 2003.
Pour en savoir plus, notre correspondant à Washington Alsény Ben Bangoura a rencontré le directeur régional pour l'Afrique du NDI Docteur Chris Fomunyo. Mr. Fomunyo est un camerounais d'origine. Il est professeur vacataire de la politique africaine a l'université de Georgetown a Washington.
En quoi s'explique la décision du NDI de se retirer de la Guinée à la veille de l'élection présidentielle ?
Chris Fomunyo : Le NDI s'est toujours considéré comme un organisme ami et partenaire des démocrates guinéens et de ce fait envisageait de les accompagner dans l'organisation et l'observation des élections présidentielles de décembre 2003. Or, dans le contexte actuel, les conditions ne sont pas réunies pour une élection compétitive et crédible en Guinée. L'absence d'un cadre électoral consensuel et l'échec de différentes tentatives de dialogue entre l'opposition et le gouvernement PUP ne nous ont pas laissé d'autre choix que de conclure que notre présence ne servirait pas à grand chose en ce moment, sinon à crédibiliser par ce fait un processus non-consensuel et déjà contesté par beaucoup de Guinéens.
Selon vous, pourquoi le gouvernement guinéen refuse de créer les conditions pour une élection libre et transparente?
Difficile de répondre à la place du gouvernement ou du parti au pouvoir, mais c'est là justement l'un des drames de notre continent où certains présidents en exercice se déclarent bien populaires avec de partis soit-disant majoritaires au même moment ou ils refusent de prendre les mesures appropriées pour mettre en place un système électoral fiable et transparent. Pourquoi alors ne pas mettre en place une structure neutre et crédible pour organiser des élections si son bilan politique est positif et qu'on soit rassuré du soutien des citoyens à la base?
Avez vous été en mesure d'exprimer vos inquiétudes au gouvernement guinéen, à l'affirmative quel a été leur réaction?
Notre décision a été rendue publique et communiquée aussi bien au gouvernement qu'aux partis d'opposition, et nous avons laissé à chacun la liberté de juger de l'opportunité de notre action.
Comment les différents partis politiques ont-ils réagi?
Nous avons eu échos de certains regrets, mais aussi d'une appréciation objective de notre prise de position. Il est vrai que notre décision a marqué non seulement les leaders de partis politiques mais aussi d'autres animateurs de la vie associative et civique en Guinée, surtout que par le passé nous avons bénéficié du soutien des démocrates Guinéens de tout bord, à Conakry comme dans les régions et les préfectures. Les gens comprennent aussi que ce départ ne signifie pas que nous avons abandonné les démocrates Guinéens pour de bon. Nous suivons l'évolution de la situation même à partir de Washington et ne manquerons pas de nous engager de nouveau lorsque les circonstances seront beaucoup plus appropriés.
Quel appel pouvez vous lancer aux ONG et aux gouvernements étrangers, y compris le gouvernement américain qui ont l'habitude de financer les élections en Guinée?
Il est vrai qu'en parait circonstance chacun prend ses responsabilités. Heureusement que ces différents pays et organisations ont des représentations sur place et jugeront donc, chacun, de l'opportunité de son intervention sans attendre un appel de notre part. En effet, notre rôle consiste à travailler avec ceux qui oeuvrent pour la démocratie et les droits de la personne dans leurs pays respectifs; la diplomatie publique et le lobbying ne relèvent pas de nos attributions.
Faut-il envisager les sanctions contre le gouvernement guinéen pour le non respect des normes démocratiques? A l'affirmative quel type de sanction?
Dans le monde d'aujourd'hui il n'y aucune fierté à être indexé comme un pays non-démocratique ou bien un régime dont la légitimité est contestée. Se retrouver dans cette catégorie de régimes dits «parriah» n'honore pas les millions de Guinéens qui aspirent à une démocratie véritable et à être gouverné autrement. Quant aux sanctions, c'est aux autorités étatiques d'en juger sur le plan bilatéral ou multilatéral comme au sein de la CEDEAO, de l'Union Africaine ou de l'Union Européenne, de l'ACP etc... Toujours est il de notoriété publique qu'en ce 21éme siècle, on ne récompense plus les actes qui ne correspondent pas à la gestion moderne et démocratique des Etats.
Que fait le NDI en Guinée et depuis quand vous travaillez là?
Le NDI travaille en Guinée depuis 1998 dans le cadre d'une assistance aux partis politiques-toutes tendances confondues- pour les rendre plus efficace comme organisations démocratiques et aussi pour renforcer leurs capacités à promouvoir le dialogue civique et national. Nous avons ouvert une antenne à Conakry depuis 2000.
D'une manière générale quelle appréciation faites vous de la situation politique en Guinée. Peut-on ranger la Guinée parmi les pays démocratiques en Afrique?
La situation politique en Guinée laisse à désirer et je sais que bon nombre de Guinéens et des amis de la Guinée voudraient que ce pays retrouvent la place qu'il mérite au sein de la communauté africaine et même internationale. Malheureusement cela ne se fera pas, sans une vraie démocratisation du passage politique du plus haut sommet à la base. Heureusement que les exemples de démocraties viables se trouvent tout prêt sur le continent Africain. On ne pourrait pas au jours d'aujourd'hui mettre la Guinée sur le même panier que le Sénégal, le Mali, le Bénin, le Ghana, l'Afrique du Sud, le Botswana, etc Et pourtant ce ne sont pas les capacités humaines qui manquent! Mon souhait serait que ce beau pays avec des richesse naturelles énormes puissent retrouver une vraie démocratie d'ici peu. Les Guinéens le méritent comme chacun de nous vivant dans des sociétés démocratiques et jouissant de toute sort de libertés.
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