Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire:Les parrains des rebelles se déchirent : Wade en colère contre Ouattara et Jeune Afrique

21 Décembre 2003


La palabre qui oppose aujourd'hui Wade à Ouattara et Jeune Afrique prend sa racine en 2000.

En effet, au lendemain de l'élection du président du parti démocratique sénégalais (PDS) à la présidence de la République du Sénégal, la direction de Jeune Afrique que dirige le tout puissant Bechir Ben Yamed (il dit être le 51è président africain), approche l'ex-opposant pour faire sa communication. Refus catégorique d'Abdoulaye Wade qui aurait dit qu'il ne donnerait jamais un seul sou à Jeune Afrique. On en était là quand est survenue la crise ivoirienne. Jeune Afrique voit ses sources de revenus qui proviennent essentiellement des entreprises ivoiriennes se réduire comme peau de chagrin. Le patron de l'hebdomadaire panafricain approche Dramane Ouattara qui serait un des actionnaires de ce journal (Il aurait les parts de l'ex-gouverneur de la BCEAO, feu Abdoulaye Fadiga) et lui demande de l'aider à diversifier les sources de revenus de l'entreprise. Au point que son patron, Bechir Ben Yamed, a été expulsé de la maison qu'il habitait à Paris, à l'avenue Foth, pour loyers impayés. C'est une des rues qui aboutissent à la Place de l'Etoile. Elle est la plus chère de France.

N'étant plus en mesure de payer les salaires de son personnel, il a donc demandé à Ouattara de prendre attache avec des présidents africains dont, principalement, le Malien et le Sénégalais. Entre-temps, au Sénégal, éclatent les affaires Djola et Abdoul Latif Coulibaly. Wade est emmerdé. Son opposition lui donne des coups partout. Il est même dans les cordes. Dramane Ouattara en profite pour lui demander de se rapprocher de Jeune Afrique qui pourrait bien l'aider à se sortir d'affaire en rétablissant son autorité et en soignant son image sévèrement écornée. Wade qui est "grodji" ne peut que tomber d'accord et accepter la proposition. Sur ces entrefaits, un contrat en bonne et due forme est signée entre la présidence de la République sénégalaise et le groupe Jeune Afrique.

Le montant est exorbitant: 1 milliard de FCFA. Le vice-président du groupe et directeur des rédactions, François Soudan (porte-voix de la France au sein du journal), profitant de ses vacances, descend à Dakar et tient des séances de travail avec les collaborateurs de Wade. Un plan de travail est arrêté que doit exécuter le groupe Jeune Afrique. Il s'agira de réaliser un grand dossier sur le Sénégal, une grande interview avec le président Wade pour lui permettre de répondre à ses détracteurs et enfin de réaliser un hors- série, c'est-à-dire un numéro spécial qui ne parlera que du Sénégal. Quand la grande interview est sortie, 10.000 exemplaires ont été offerts au Sénégal. Mais les Sénégalais n'ont même pas eu le temps de découvrir l'intérieur du journal que le pot aux roses est découvert. Les adversaires politiques de Wade qui ont su l'existence du contrat ont produit une déclaration commune qu'ils ont envoyée à Bechir Ben Yamed. Dans celle-ci, les partis politiques significatifs de l'opposition dénoncent l'utilisation abusive qui est faite des deniers publics sénégalais. La presse sénégalaise qui s'est saisie aussi du dossier, dénonce les méthodes antiprofessionnelles de Jeune Afrique. L'affaire est sur la place publique. La tête de Wade plonge de nouveau dans l'eau. Jeune Afrique rentre dans ses coquilles. Le journal a déjà touché le chèque mais ne peut plus continuer à exécuter le contrat. Naturellement, Wade n'est pas content. Il accuse tout de suite Dramane Ouattara de l'avoir entraîné dans un traquenard. Car des informations en sa possession disent que c'est lui Ouattara "qui a vendu la mêche à ses amis de l'opposition".

Bechir Ben Yamed, de son côté, rumine une colère contre Ouattara. Il l'accuse d'avoir mal ficelé l'affaire. Une façon plus polie de dire qu'il a vendu la mêche. Ainsi donc, après les rebelles ivoiriens qui ne s'entendent plus et qui cherchent par tous les moyens à s'éliminer physiquement, c'est au tour de leurs parrains de se déchirer. Ça ne fait que commencer. On ne s'attaque pas, comme ça, à la Côte d'Ivoire.

Abdoulaye Villard Sanogo

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