Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: M. Yeboué Koffi Roger (Pdt de l'Uniphyto) : "L'industrie agropharmaceutique a perdu 10 milliards en zone cotonnière"

Herman Bléoué,bleoueherman@yahoo.fr

21 Décembre 2003


interview

M. Yéboué Koffi Roger, vous êtes le président de l'UNIPHYTO, et demain vous organisez, en collaboration avec l'UNJCI, une table ronde sur l'industrie agropharmaceutique. Peut-on savoir ce que c'est que l'UNIPHYTO et pourquoi cette table ronde ?

L'UNIPHYTO est l'union de la profession phytosanitaire en Côte d'Ivoire. Depuis notre création le 26 novembre 1986, nous menons des activités de formation sur l'utilisation efficace et sécurisante des produits phytosanitaires. Et l'objectif de cette table ronde est de mieux faire connaître l'industrie phytosanitaire et ses produits pour une utilisation raisonnable, rationnelle et responsable. Tout en formant des journalistes pour les spécialiser dans ce domaine d'activité.

Vous existez depuis plus de quinze ans et votre union semble méconnue...

Le grand public connaît mieux les produits agricoles mais il connaît mal les acteurs. Mais, notre objectif est d'abord qu'il maîtrise les produits utilisés pour ces différentes cultures et les précautions à prendre pour éviter des intoxications et autres désagréments liés aux produits surtout frauduleux. Cependant, nous ferons en sorte que le public connaisse les fabricants qui exercent sur le territoire ivoirien avec l'agrément du ministère de l'Agriculture.

Parler de produits frauduleux suppose que les produits provenant des industries coûtent chers...

Les produits de nos firmes sont homologués sur le territoire ivoirien. L'efficacité de ces produits est donc prouvée. Les produits qui entrent clandestinement sur le sol ivoirien ne sont pas homologués. Les doses ne sont pas connues, il n'y a pas de dossier de toxicité, les posologies sont en ashanti, en arabe... et les produits sont utilisés dans de pires conditions. Au regard de la qualité des produits des membres d'UNIPHYTO, nous estimons qu'ils coûtent moins chers.

Les intoxications dont vous parliez sont-ils au niveau des plantes ou des personnes qui les utilisent ?

Cela concerne à la fois les plantes et les hommes. Au niveau des plantes, on parle de phytotoxycité. Au niveau des hommes, comme le statut toxicologique est connu, des antidotes sont donc disponibles. Ce qui n'est pas le cas des produits frauduleux qui contiennent souvent du goudron et du pétrole.

Quels sont les problèmes pratiques de notre agriculture ?

Nous sommes le premier producteur de cacao et l'un des plus grands producteurs de café, d'hévéa, de banane et d'ananas. Nous avons une agriculture très diversifiée. Mais pour maintenir ce niveau et l'améliorer, il nous faut lutter contre les parasites. Et ils sont nombreux. Il y a aussi les insectes, les mauvaises herbes et les maladies. Si par exemple une cacaoculture n'est pas traitée, il y a un risque de perte de 80 % de la production. A l'échelle nationale, cela représente environ 800 mille tonnes et les conséquences seront donc dramatiques. Imaginez également qu'on ne traite pas le choux, la carotte, la canne à sucre, le riz, le coton...

A l'occasion de cette table ronde, des journalistes seront formés. Mais, est-ce qu'avant eux des agriculteurs et autres partenaires au développement ont bénéficié de vos formations?

De 1986 à ce jour, les premiers objectifs visés étaient de former justement les agriculteurs, les distributeurs, les prescripteurs et les applicateurs. Les agriculteurs utilisent les produits au champ. Les distributeurs achètent les produits au niveau des firmes et les stockent dans leurs magasins dans les différentes régions pour les vendre aux paysans. Les prescripteurs sont les techniciens du ministère de l'Agriculture et des structures comme l'ANADER qui conseillent les paysans. Et les applicateurs sont ceux qui, avec des appareils de traitement, appliquent le produit sur le terrain auprès des paysans. Nous avons donc des formations à tous les niveaux et nous allons même plus loin car nous formons aussi des médecins pour qu'ils soient très efficaces en cas d'intoxication.

Comment se porte aujourd'hui l'industrie agropharmaceutique ?

Elle se porte mal mais nous avons espoir. Depuis le déclenchement de la guerre, l'industrie agropharmaceutique a une ardoise d'impayée qui tourne autour de 10 milliards dans la zone cotonnière. Cela pèse beaucoup sur nos activités. Mais nous croyons en la Côte d'Ivoire, au gouvernement pour mener à bien la réconciliation, pour sortir la tête de l'eau, pour répartir sur de nouvelles bases. Actuellement, toutes nos activités sont centrées sur le café et le cacao et quelques cultures dans la zone Sud. On peut donc dire que l'industrie agropharmaceutique est sinistrée.

De qui sont le fait des 10 milliards d'impayés ?

Ce sont des produits que nous avons livrés aux sociétés cotonnières et sucrières qui sont situées dans la zone Nord. Elles n'ont pas pu nous rembourser du fait de la guerre. Et des coopératives nous doivent également de l'argent.

Après ce diagnostic, quelles actions prévoyez-vous pour sortir votre domaine d'activités de ce sinistre ?

Nous pensons qu'il faut que la guerre finisse. C'est là, le véritable problème. Quand l'activité ne marche pas, ce sont des personnes qui se retrouvent au chômage. Autant nous perdons de l'argent, autant le développement du pays prend un coup. Car sans cette industrie, nous ne serions pas premier producteur de cacao. Mieux, cette industrie permet même à la sous-région de vivre car ce sont nos produits qui y sont commercialisés. A cause de la guerre, nous ne vendons plus au Mali et au Burkina.

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