La Tribune (Algiers)

Algérie: Des habits pour vos produits : Tonic et Gipec, leaders du secteur

Amine Echikr

22 Décembre 2003


Les producteurs, pour faire face à la concurrence étrangère, s'intéressent de plus en plus à la manière dont leurs produits seront présentés aux consommateurs.

Cet intérêt, et l'ouverture de l'économie algérienne aidant, a induit une expansion forte du secteur de l'emballage. Qu'il soit en carton pâte, en plastique, en verre ou en aluminium, le contenant est aussi important que le contenu.Qui ne connaît pas la forme de la bouteille de Coca-Cola ou alors celle d'Orangina ? Très peu de personnes de par le monde. Par contre, le paquet d'Isis, depuis le mariage de l'Enad avec Henkel, n'est plus aussi austère. Malgré la forte demande, la filière emballage n'est pas encore saturée et l'importation pallie encore les besoins nationaux.Des entreprises étrangères se sont installées dans notre pays à l'image du suédois Tetra Pak qui a créé une filiale en Algérie. La société est spécialisée dans la fabrication d'emballages en carton pour le lait et les boissons et jus de fruits. Tetra Pak Algérie s'est installée à travers la construction, à Béjaïa, de l'usine Tchin-lait, qui emploie une quinzaine de jeunes. Notons que les producteurs de jus de fruits Rouiba et Vitajus figurent parmi les clients de Tetra Pak Algérie. Tetra Pak Algérie est présente, au Maghreb, avec une direction régionale au Maroc et des sociétés de droit local en Algérie et en Tunisie. Le secteur de l'emballage en carton a vu naître, il y a une quinzaine d'années, la Sarl Tonic. Avec une politique marketing agressive, cette entreprise a pu conquérir de grosses parts de marché.

Elle a pour client l'ENCG, Henkel, Saidal, Coca-Cola Algérie ainsi que plusieurs entreprises du secteur de l'agroalimentaire. Tonic a réussi à supplanter l'antique Sonic devenue Gipec à la faveur des restructurations industrielles. La Sarl de Bou Ismaïl produit, actuellement, 45 000 tonnes de caisses en carton ondulé et près de 40 000 tonnes d'étuis et boîtes pour un chiffre d'affaires de 6,5 milliards de dinars par an. Pour la production des gobelets en carton, la production est d'un million cinq cent mille unités avec 100% de part de marché. La jeune entreprise a atteint les 25% de part de marché dans l'emballage en carton. La société privée emploie actuellement plus de 1 600 personnes et espère, dans le cadre de son extension, atteindre les 2 500 travailleurs en 2005. Parmi les projets à l'étude ou en cours de réalisation, Tonic compte créer une usine d'emballage métallique destinée à l'industrie agroalimentaire d'une capacité de 286 millions de boîtes par an. Le président-directeur général de cette entreprise a pourtant un parcours atypique. Il a débuté sa carrière comme «livreur pour des industriels dans le papier et le plastique». Ce parcours professionnel lui a permis de connaître parfaitement les besoins du secteur.

Durant les années quatre-vingt, il importera de Tunisie du papier pour alimenter les imprimeries qui étaient en rupture de stocks puis exportera des déchets papier. En 1991, il créera la Sarl Tonic qui se place de plus en plus comme leader de l'industrie de l'emballage dans le pays. Ce parcours permet à Tonic d'avoir des ambitions au niveau international. Les dirigeants de cette entreprise escomptent conquérir des parts de marché en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe. Abdelghani Djerrar, PDG de Tonic, explique cette démarche par le fait que son entreprise propose des produits de qualité à des prix très concurrentiels, près de 30% moins cher. Pour atteindre tous ces objectifs et réaliser son plan de développement, Tonic a opéré une restructuration de ses organes de gestion. Elle vient de se doter d'une «direction business, développement et marketing dont le rôle essentiel est de créer une synergie de groupe entre les différentes filiales de l'entreprise».Du côté du secteur public, le groupe Gipec a été créé sur les unités de production de l'ex-Société nationale des industries de la cellulose (Sonic).

Cette dernière, malgré un potentiel industriel important, voit sa part de marché se réduire à une portion congrue. Les unités produisant de la pâte à papier (à base d'alfa) sont fermées faute de la ressource naturelle ; les autres ferment pour cause de vétusté et d'obsolescence. En l'an 2000, le recul de la production de cette entreprise a induit à la faiblesse du taux de couverture des besoins locaux par la production locale. Sur une consommation globale d'environ 322 000 t (2000), la production nationale en papier et cartons n'était que de 50 000 t, d'où le poids écrasant des importations avec donc une dépendance accrue vis-à-vis des fournisseurs étrangers de plus en plus intéressés par une manne annuelle dépassant les 350 millions de dollars/an. Pour éviter la disparition, les responsables du groupe Gipec ont mis en place une opération de redéploiement industriel et commercial en se positionnant sur les activités rentables ou potentiellement rentables. Cet assainissement s'est révélé coûteux avec l'apparition de nouveaux producteurs. L'entreprise s'est vue dans l'obligation d'abandonner les activités non rentables et a opéré des coupes sombres dans les effectifs. Gipec a cependant remporté le marché des sachets en papier pour la wilaya de Blida dans le cadre de l'opération menée par le ministère de l'Environnement qui consiste à éradiquer les sachets en matière plastique.

Dans ce cadre, le groupe a confectionné un prototype de sachet biodégradable et procédé à sa mise sur le marché à Blida. Il a également mis en place un circuit de collecte et de récupération de papier, à travers le parrainage de micro-entreprises, dans le cadre de l'emploi des jeunes. Par ailleurs, Gipec a lancé un programme de dépollution reposant sur des actions tangibles telles que le renforcement des équipements de laboratoire et la réalisation d'opérations, pour un meilleur suivi des rejets, à travers, notamment, la réduction, le recyclage et le traitement de ces rejets (cas des papeteries de Baba Ali, Mostaganem et Saïda). Le coût total de ces opérations est estimé, indique-t-on, à 934 millions DA, soit 11,675 millions de dollars. Gipec a pu, ainsi, préserver 50% de part de marché sur le papier d'emballage et 65% dans la transformation. Le secteur de l'emballage n'est pas réduit, dans notre pays, à ces seules entreprises. Plusieurs unités de différentes importances existent particulièrement à l'ouest du pays.

Il s'agit de Maghreb Emballage, Epec Hammam Bou Hdjar, NCA Oran, Saroc Emballage, Sarl Plastique 3000 et la liste est longue.Malgré le nombre et la qualité des entreprises qui interviennent dans le secteur, l'Algérie a importé, durant le premier semestre 2003, pour plus de 105 millions de dollars d'emballage. Les importations se répartissent sur une dizaine de produits. Les emballages importés sont des boîtes et caisses en papier ou carton ondulé, des sacs en papier. Les pays d'importation sont généralement la France, la Norvège, etc. Ces chiffres démontrent que le secteur de l'emballage est appelé encore à s'étendre. En 2000, la production nationale en différents agrégats était de 50 000 tonnes pour des besoins locaux estimés à 320 000 tonnes. Pour réduire la dépendance face aux importations, les spécialistes avancent comme principal argument la modernisation et l'extension des capacités actuelles. Le coût est évalué à 40 millions de dollars pour le seul groupe Gipec et le recours de manière plus importante à la récupération et au recyclage des vieux papiers. Le groupe Gipec récupère actuellement entre 35 000 et 40 000 tonnes par an et compte atteindre les 100 000 tonnes fin 2004. Tonic se lance, aussi, dans la récupération. L'entreprise privée espère atteindre les 12 000 tonnes par an.

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