Réalisée Par Koné Satigui (collaboration C.c.)
22 Décembre 2003
Ce matin, les kiosques à journaux accueillent "Le Libéral Nouveau ". Meité Sindou, directeur général de Mayama Editions et gérant des Editions "Florilèges" situe dans cet entretien les spécificités de ce nouveau journal et donne son avis sur l'avenir de la presse en Côte d'Ivoire.
Monsieur Méité Sindou, vous êtes le Directeur général de Mayama Editions et vous lancez ce matin un titre, «Le Libéral nouveau». Que proposez-vous dans ce nouveau journal pour séduire le lectorat ?
Avec «Le Libéral nouveau», nous essayerons tout simplement de faire un nouveau journal. Comme vous le savez, le Libéral existait déjà. Au sein de l'ancienne rédaction, les journalistes ont unanimement décrété la mort de l'ancien titre pour donc laisser la place à une restructuration profonde que nous avons essayé de conduire avec eux. Et ce que nous lançons aujourd'hui, c'est un journal à la formule améliorée. Et cela à deux niveaux. Au niveau donc du visuel, c'est-à-dire en ce qui concerne prioritairement le confort de lecture nous avons relooké le logotype du journal.
Le «Libéral nouveau» n'aura rien à voir avec l'ancien journal. Nous nous sommes attachés les services des professionnels de la maquette. Dans ce sens-là, la charge graphique également a été revue. C'est-à-dire la mise en page, la disposition des articles pour améliorer le confort de lecture et enfin nous avons doté le journal de moyens techniques qui lui permettent de soigner la qualité du traitement des photos. Tout cela pour inviter le lecteur à s'intéresser à l'emballage du nouveau produit.
Pour le contenu, nous avons également revu la ligne éditoriale. «Le Libéral nouveau» comme l'ancien restera un journal critique, indépendant du gouvernement, indépendant de la Présidence de la République et ce journal va accompagner tous les mouvements revendicatifs. Non pas seulement les mouvements revendicatifs partisans puisque l'ancien titre, comme tout le monde le sait, était très proche du RDR. Aujourd'hui, il y a un pôle démocratique qui ne se dessine pas seulement avec le RDR, mais avec d'autres grands partis comme le PDCI, le PIT, l'UDPCI, le MFA et un certain nombre d'organisations de la société civile qui militent dans le secteur des droits de l'Homme. Et donc tout ce pôle démocratique gagnerait à être aidé par un journal comme celui que nous lançons ce matin. Il l'est déjà par un certain nombre de journaux qui existent sur la place. voilà un peu pour ce qui va changer .
Visiblement vous ne vous inscrivez pas dans la ligne des journaux des partis politiques tel que «Le Démocrate» en ce qui concerne le PDCI ?
Non, il ne s'agit plus de cela. Personnellement, en tant que professionnel des médias, nous pensons que ce débat est dépassé. La question de savoir si tel journal est un journal partisan ou si tel autre est un journal indépendant. Le caractère partisan d'un journal n'est pas forcément en opposition avec son caractère indépendant. Ce dont il s'agit ici aujourd'hui, c'est comment faire resurgir les règles de la déontologie du métier. Comment travailler pour avoir une presse d'information. C'est ce que nous avons essayé de faire déjà avec «Le Patriote» et c'est ce que nous espérons faire avec le «Le Libéral nouveau». Ce sera un journal d'informations. Ce sera un journal critique. Ce sera un journal dont l'objectif prioritaire sera de travailler à l'approfondissement de la démocratie en informant un peu plus les lecteurs et ce sera surtout un journal qui travaillera à aider le pays à constituer une vraie opinion nationale parce qu'un des grands problèmes de la Côte d'Ivoire, c'est cela. Il n'y a pas d'opinion nationale, de sorte que le lectorat n'est pas à l'abri de manipulations politiques dans la crise que nous connaissons aujourd'hui. Là est l'essentiel du débat.
Hier matin, vous avez dit dans le quotidien «24 heures» que la presse partisane n'a pas d'avenir. Qu'est-ce que vous vouliez dire par là ? Est-ce que cela n'est pas un désaveu pour le journal «Le Patriote» que vous dirigez déjà et qui est taxé, à tort ou à raison, d'être partisan?
M.S : «Le Patriote» est proche du RDR.Certains journaux tels que «24 heures» sont taxés d'être proches du RDR ou parfois des mouvements rebelles. Un journal est toujours proche de quelque chose. Mais, j'ai bien insisté dans «24 Heures» comme je l'ai fait dans les interviews que j'ai accordées par exemple au quotidien «Le Nouveau Réveil» ou à d'autres journaux, qu'un journal doit être proche d'idéaux ou d'idées Il doit se construire une ligne éditoriale autour de grands principes. C'est de cela qu'il s'agit. Il ne s'agit nullement de parti politique. Bien entendu la presse partisane n'a pas d'avenir, je le revendique. Mais la presse partisane en Côte d'Ivoire est quasiment morte depuis longtemps. Depuis l'époque des mensuels et des hebdomadaires du PDCI, depuis les grandes évolutions qu'il y a eues après le printemps de la presse jusqu'en 1994. Beaucoup de journaux, beaucoup de grands quotidiens ont dû se mettre au diapason de l'information. Bien que certains grands quotidiens que je ne citerais pas ont gardé encore quelques séquelles du caractère partisan et donc du traitement manichéen de l'information. Pour l'essentiel, nous avons tous essayé d'évoluer et «Le Patriote», je le dis et je le répète quoique proche du RDR est loin, bien loin d'être un journal partisan puisque les critiques les plus acerbes sur le RDR, c'est dans «Le Patriote» qu'on les a lues. Et donc «le Libéral nouveau» va essayer de s'inscrire dans ce sillage. La différence avec «Le Patriote» est que pendant que celui-ci s'intéressera au grands sujets d'intérêts nationaux, «Le Libéral nouveau» se donnera toute la latitude pour approfondir le débat, pour engager le débat polémique. Afin d'impulser une espèce d'équilibre au sein de la conquête de l'opinion. Parce qu'aujourd'hui, beaucoup de choses sont dites par les politiciens qui intoxiquent les populations. Il reviendra donc à «Le Libéral nouveau» de prendre le temps, de marquer la pause et travailler à mi-chemin entre le quotidien qui traite les actualités brûlantes et les hebdomadaires qui ont le temps de l'approfondissement pour essayer de retravailler un certain nombre de sujets, de les rédiger pour plus d'informations au profit de nos lecteurs. Donc c'est ce que nous allons essayer de faire. Il s'agit donc d'attaquer principalement l'information politique sur ce qu'elle a d'essentiel pour que nos lecteurs soient correctement informés.
Dans votre projet, qu'est ce que vous comptez donc faire ? Amener le lecteur à acheter soit «Le Patriote» soit «Le Libéral Nouveau» ou «Le Patriote» et «Le Libéral nouveau» ?
En tant que professionnel, je pense que le marché n'est jamais assez saturé pour une nouvelle publication. Chaque titre a son chemin. Chaque journal a son âme, son esprit et la possibilité de rencontrer l'adhésion d'un lecteur. Certains de nos concitoyens ont des habitudes de lecture multiple, donc achètent parfois jusqu'à quatre, cinq journaux au quotidien. C'est vrai que ce n'est pas la majorité. Mais l'idéal pour nous, ce serait d'amener le lecteur à acheter et «Le Libéral nouveau» et «Le Patriote». En général, l'idéal serait de contenir toutes les informations pour concentrer toutes les habitudes de lecture et pour fidéliser le lecteur. Pour inciter le lecteur à n'acheter qu'un seul journal et pour ne pas être obligé de se reporter ailleurs. Aujourd'hui, chaque quotidien a sa spécificité. Mais «Le Libéral» avait déjà son marché. «Le Libéral» a ses lecteurs, un lectorat captif. Sur les derniers chiffres, «Le Libéral» arrivait à placer 3000 exemplaires par jour en période de crise. Cela veut dire que si la gestion financière et comptable est améliorée, s'il y a une politique de marketing autour de ce journal, s'il y a une gestion efficiente de l'aspect éditorial de ce journal, une bonne gestion du contenu, une amélioration visuelle, il est bien possible d'étendre ce lectorat. Donc de conserver le lectorat captif et de partager avec «Le Patriote» au moins une double habitude de lecture, d'amener progressivement le lecteur à pouvoir acheter les deux journaux. Donc en mon sens, les deux lignes éditoriales se complètent.
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