Réalisée Par Kesy B. Jacob
22 Décembre 2003
interview
Le District d'Abidjan a lancé, le mercredi dernier, une campagne de démoustication qui s'étendra sur près d'un mois. Le Directeur du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) explique l'intérêt de cette initiative :
Quel est l'intérêt de ce type d'actions dans la lutte contre le paludisme ?
C'est un intérêt à portée multiple. Premièrement, cette campagne permet de traquer un des paramètres qui font que le paludisme existe. Parce que, pour qu'il y ait paludisme, il faut bien qu'il y ait des moustiques, des parasites et l'homme. Et le fait de traquer le moustique qui est le vecteur de la maladie est très important pour couper la chaîne de la maladie.
Deuxième élément d'importance, c'est l'aspect sensibilisation qui va permettre à la population, notamment à ceux qui pensent que le paludisme vient d'autre chose, de faire le lien entre le moustique et la maladie.
Et troisièmement, la campagne va permettre de sensibiliser la population elle-même sur la façon de gérer son environnement. De sorte qu'elle réduise, autour des habitations, les points favorables à la reproduction des moustiques.
Quelles dispositions les populations doivent-elles prendre?
Les populations doivent d'abord se rendre compte que c'est le moustique qui donne la maladie. Et le moustique donne également la fièvre jaune, la «dengue». Donc le fait de traquer le moustique permet d'éviter un certain nombre de maladies. La population doit aussi savoir que tous les points autour de la maison, qui peuvent servir à la reproduction des moustiques, doivent être enrayés. Notamment, les crevasses, les endroits où l'eau stagne. Il faut assécher les points d'eau. Il faut également désherber autour des maisons, pour éliminer les végétations dont se nourrissent les moustiques mâles.
Ne serait-il pas plus efficace de procéder à une sensibilisation quotidienne ?
La campagne actuelle va couvrir pratiquement un mois. Elle concerne les treize communes du District d'Abidjan et doit permettre, à la population, de prendre conscience et de continuer l'action de prévention après. Pour cette campagne, l'action des Comités d'hygiène communaux a été renforcée par la formation et l'équipement.
En tant que Directeur du Programme de lutte contre le paludisme, quel est l'impact réel de cette opération de démoustication dans la lutte contre le paludisme ?
L'impact est réel. Mais, il sera momentané si cette action ne s'inscrit pas dans la durée. Parce que l'opération va tuer les moustiques adultes. Mais, en même temps, les moustiques jeunes se développent. Donc on va également mener l'action de destruction de ces moustiques au niveau des larves. N'oubliez pas non plus que l'action va être menée dans la zone d'Abidjan. Les autres communes environnantes ne sont pas touchées et les moustiques vont continuer de revenir sur Abidjan et de se développer. C'est pourquoi je dis que l'action doit s'inscrire dans la durée. Donc les agents d'hygiène des mairies doivent prendre la relève par la sensibilisation, mais surtout, par la présence quotidienne auprès des populations.
Les ménages doivent-ils suivre la campagne actuelle par des pulvérisations des domiciles?
Cela reviendra trop cher (...) C'est beaucoup plus économique de dormir sous une moustiquaire imprégnée d'insecticide. Parce qu'une moustiquaire a une durée de vie moyenne de 4 à 5 ans. Actuellement, elle coûte 3000 F CFA pour les adultes et 1500 F CFA pour les enfants. Et l'imprégnation des moustiquaires a une durée de vie moyenne de un an . Nous avons aussi des moustiquaires qui peuvent supporter jusqu'à 21 lavages et durer entre 3 et 4 ans. C'est beaucoup plus économique que d'acheter ces différents produits répulsifs qui coûtent entre 1500 F et 2000 F. La moustiquaire imprégnée va permettre, aux enfants, d'éviter les poux, les punaises et même les cafards.
Lors de son lancement, la moustiquaire imprégnée a été présentée comme l'une des meilleures armes contre le paludisme. Aujourd'hui, la re-imprégnation pose quelques fois des problèmes. Comment gérez-vous aujourd'hui cet aspect. Est-ce un problème de moyens ?
Nous avons des produits d'imprégnation au niveau des Centres de santé. C'est un problème de sensibilisation. A la Formation sanitaire de Koumassi, par exemple, il y a un Centre d'imprégnation. Il est important que la population le sache. Elle peut aussi se rendre à l'Institut d'Hygiène. Elle peut aussi faire imprégner les rideaux. Les structures d'hygiène des mairies peuvent nous approcher également pour avoir des produits d'imprégnation. Puisque nous les avons aussi formées à cela.
Quel bilan tirez-vous aujourd'hui de l'utilisation de la moustiquaire imprégnée ?
En 1990, lorsque nous lancions cette opération, la population ivoirienne n'avait pas du tout l'habitude de la moustiquaire imprégnée. Aujourd'hui, nous assistons à une forte utilisation et, dans certaines zones, nous sommes à 80% de couverture. Dans certaines zones où on ne sent pas suffisamment de nuisance des moustiques, la couverture est faible. Mais, nous encourageons vraiment la population à s'intéresser véritablement à la moustiquaire imprégnée pour éviter de tomber très souvent malade. Parce que celui qui dort sous une moustiquaire fera, en moyenne, une à deux crises par an. Et c'est un gain pour toute la Côte d'Ivoire. Puisque le paludisme constitue 60% des raisons de consultation, 60% au moins des raisons d'absentéisme professionnel voire scolaire. Et au moins 25% des revenus des ménages sont consacrés au traitement et à la prévention du paludisme. Si on évite de tomber malade, la productivité va augmenter et même le Produit intérieur brut (PIB) du pays va augmenter. La lutte contre le paludisme est donc un vrai facteur de développement .
Avons-nous, aujourd'hui, une idée du taux de pénétration de la moustiquaire imprégnée ?
C'est à plus de 80%. Mais, l'acceptabilité est aussi variable. Dans certaines zones, elle est supérieure à 50% et dans d'autres, nous stagnons autour de 15%. Nous espérons qu'en 2005 au moins 60% de la population, au niveau national, dormira sous moustiquaire imprégnée, surtout les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes qui paient un lourd tribut à cette maladie.
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