Par O. K
22 Décembre 2003
L'idée a été avancée lors d'une conférence de presse que la Rencontre africaine pour la défense des droits de l'Homme (Raddho) a organisée il n'y a pas longtemps.
L'Institut de Gorée a, en effet, proposé une rencontre entre les différentes composantes de la classe politique Bissau-guinéenne et la société civile ouest africaine. Du 19 au 20 décembre dernier, les initiateurs ont traduit en acte cette proposition en réussissant à réunir sur l'Ile de Gorée dans les locaux de l'Institut de Gorée, tout ce que la Guinée-Bissau compte de responsables politiques, de leaders syndicaux et d'organisations de la société civile. Après deux jours de travaux, les participants ont rendu publique, le samedi 20 décembre dernier, une Déclaration dite de Gorée lue par le ministre Bissau-guinéen de la Justice et du travail, Carlos Vamain et dans lequel, tous s'engagent à oeuvrer pour la paix.
C'est par la métaphore de la naissance et du baptême que Mame Bassine Niang, ministre Haut commissaire chargée des droits de l'Homme a accueilli la Déclaration dite de Gorée qui a sanctionné deux jours de travaux entre toute la classe politique bissau-guinéenne et la société civile ouest-africaine. En la qualifiant d'" espoir de tout un peuple, de toute une sous-région et de tout un continent ", Mame Bassine Niang qui représentait le gouvernement du Sénégal à la cérémonie de clôture de cette rencontre, a souligné que la " Déclaration de Gorée marque un processus dont la source nourricière est la charte de transition politique avec comme réceptacle le Conseil national de transition (Cnt ) "
Après deux jours de concertation qui ont creusé le sillon de la " future architecture institutionnelle de la Guinée-Bissau de demain ", un nouvel espoir est maintenant né pour ce petit pays de l'Afrique lusophone en proie à une crise politique et institutionnelle qui a fait se tourner le dos la communauté internationale. Cet espoir pour les Bissau-guinéens se manifeste par le dialogue, seule voie pour arriver au pardon et à la paix. Pour avoir sacrifié à cette tradition, Mame Bassine Niang a assuré les Bissau-guinéens de la " sympathie et de l'onction " du président Abdoulaye Wade pour cette " initiative endogène " qui fera, sans doute, date dans la vie politique et sociale de la Guinée-Bissau. " Vous pouvez d'ores et déjà considérer le président Abdoulaye Wade comme l'avocat et le promoteur du processus de Gorée. Pour son acceptation par ses pairs, son acceptation par votre hiérarchie politique que vous représentez ici, son acceptation par les partenaires au développement et sa mise en oeuvre intégrale et son respect par toutes les parties prenantes une fois que vous aurez reçu la validation possible ", indique-t-elle.
" Il est plus facile pour une femme de faire un enfant que des hommes pour générer un texte ", fait remarquer Breten Breytenbach, directeur exécutif de l'Institut de Gorée, un des maîtres d'oeuvre de cette rencontre. La Déclaration de Gorée qui aurait pu ainsi diviser la classe politique bissau-guinéenne tant les divergences sont grandes et l'héritage de Kumba Yala lourd, a finalement été l'oeuvre d'un large consensus qui témoigne de l'intérêt que tous les protagonistes ont pour leur pays et la volonté de le sortir de la situation dans lequel il se trouve. En attendant de se retrouver sur le terrain de la compétition que les législatives du 28 mars 2004 leur en donnent l'opportunité, l'ensemble de la classe politique bissau-guinéenne s'est officiellement et solennellement engagé, dans le cadre de la bonne gouvernance, de la coopération institutionnelle et de la coopération internationale (les rois grands chapitres de la Déclaration de Gorée) à, non seulement, assainir les finances publiques et à promouvoir la stabilité politique et sociale, mais aussi et surtout à promouvoir le dialogue institutionnel entre différents acteurs politiques, militaires et de la société civile. Ils se sont en outre engagés à restaurer et consolider un Etat de droit et à respecter les droits de l'homme tout en refusant l'usage de la violence pour accéder au pouvoir. Enfin, par rapport à la communauté internationale, les Bissau-guinéens ont pris l'engagement d'instaurer le dialogue avec " nos partenaires au développement notamment l'Union européenne, les institutions africaines régionales et sous-régionales ainsi que les organisations du système des Nations-Unies et de Brettons Woods ". Pour que cette rencontre ne soit pas une " rencontre de plus ", il a été décidé de la création d'un Comité de suivi de la Déclaration de Gorée dont la coordination sera assurée par l'Institut de Gorée et auquel feront partie la Raddho, la Ligue bissau-guinéenne des droits de l'Homme (Lbgdh) et l'Union générale des travailleurs de Guinée-Bissau (Ugtgb).
Une petite fausse note, cependant, qui a cassé le bel unanimisme qui a accueilli la Déclaration de Gorée, le refus par deux partis politiques d'apposer leur signature au bas du document. En effet, le Rassemblement pour la Guinée-Bissau / Mouvement Bafata (Rgb/Mb) et le Parti de la rénovation sociale (Prs) attendent d'apporter le document à la direction de leur parti pour étude. Usumane Sidibé de Rgb/Mb et Solan Nquilin du Prs pensent que certaines de leurs revendications ne sont pas tenues en compte. Mais tout cela n'enlève en rien à l'importance du document et l'attitude des deux responsables est considérée comme " une manifestation de la démocratie qui permet à chacun de dire ce qu'il pense de ce qui engage la vie d'une Nation ", fait-on remarquer.
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