Samba Niébé Ba
22 Décembre 2003
An II du décès du président Léopold Sédar Senghor. En plus des rituels, d'importantes activités artistiques ont accompagné les manifestations. Récital, conférence, chants, danses, libations et invocations ont été les faits marquants de la journée du 20 décembre 2003 à Joal-Fadiouth.
Déjà le vendredi 18 décembre 2003, Yandé Codou Sène la grande cantatrice Sérère a animé un concert. Elle n'a pas manqué de revisiter l'arbre généalogique de Senghor et de glorifier la tradition. Les artistes Lucien et Jacqueline Scott Lemoine ont tenu à ne pas rater l'événement participant à un récital de poèmes de Senghor. Des ateliers artistiques et culturels animés par des artistes étrangers ont rythmé la cérémonie de commémoration. Les activités ont démarré depuis près de quinze jours dans la Petite côte où plusieurs artistes noirs de la diaspora noire, des asiatiques et des Européens ont convergé pour la préparation de l'événement. La création artistique a été au rendez-vous. Les associations 30 Afrique, Huit Facettes-Interaction et Face à Face ont organisé pour l'événement, une résidence d'artistes intitulée L'universel ? Dialogues avec Senghor. Les 14 artistes regroupés ont initié les populations de Joal à la photographie, à la teinture batik, et à la décoration artistique.
Les 3 ateliers ont pour cadre le baobab sanctuaire de Kouta, la paroisse de Joal pour l'atelier batik et le pont de Fadiouth. Jack Beng-Thi un Français de l'Ile de la Réunion a décoré le baobab du sanctuaire de Kouta, un arbre qui a entre 600 et 800 ans selon les témoignages recueillis. Il a présenté une oeuvre décorative originale. Le baobab fait face au Mama Nguedj et à un amas de coquillage clôturant le site de Kouta. L'arbre majestueux haut de 4 mètres se présente avec différents atours. A ses branches pendent de multiples drapelets aux couleurs nationales du Sénégal et d'autres des blancs et rouges. Sur chacun des drapelets peint en rouge blanc est inscrit un membre de l'arbre généalogique de Senghor ou un nom de pays africain. Le tronc de l'arbre est épargné par l'artiste. Mais tout autour des racines, des coquillages sont étalés de manière circulaire. Une première ceinture de tissu fixé sur des lattes laisse par endroits des allées. Et en parallèle, du sable marin est répandu sur le sol bordé d'un sillon peu profond rempli de charbon. Le tout donne l'allure d'un énorme cauri. Des statuettes en terre cuites sont suspendues sur des piquets. Le baobab décoré donne l'allure d'un cauri ayant la forme d'un labyrinthe. Le cocotier qui fait face au baobab est drapé d'un tissu blanc avec une échelle faite en tige de bambou. L'artiste décorateur que nous avons interrogé explique que le projet qu'il a réalisé lui est venu pour plusieurs raisons. D'abord pour maquer sa présence dans le pays de Senghor, il faut quelque chose de debout. Par ailleurs, il est originaire de l'île de La Réunion où l'esclavage a été aboli le 20 décembre 1848. Le 20 décembre date du décès de Senghor. Après un séjour en Juillet 2003, Jack repère le dernier baobab du sanctuaire de Kouta. Dans le cadre du projet à but non lucratif L'Universel ? Dialogues avec Senghor, il demande l'autorisation aux autorités communales de faire la décoration du baobab. Cette demande ne suffisait pas. Jack est adopté par les prêtresses qui lui font des libations avant, après et durant ses travaux décrits plus haut.
Rituel de Kouta, Pont des Regards
A la mémoire de l'illustre homme de culture, le baobab a fait l'objet d'offrandes et de libations de la part de prêtresses. Chants et danses ont accompagné des vieilles qui ont fait le tour du baobab sous un rythme original que l'on n'entend pas souvent à la tombée de la nuit. La procession des prêtresses du sanctuaire de Kouta a démarré à 18 heures 10. Guitares, et tam-tam sérères appelés khin. Elles ont entre les mains une botte de paille dite khat, éclaté en ogive avec 4 tiges. Au milieu de l'objet se trouve une calebasse remplie de maïs de riz avec des bouteilles de vin. Le rituel voit les vieilles s'agenouiller sur les coquillages les mains au sol invoquant le génie de Koura le foulard posé par terre. Des battements de main saccadés. Elles aspergent le tronc du baobab avec le contenu de la calebasse. Une odeur d'alcool envahit l'espace. Senghor est revenu sur la manifestation. Les chants et danses à la gloire de Sédar reprennent de plus belle et laisse place à un récital de poèmes. La chorale Sainte Xavier de Joal-Fadiouth prend le relais des prêtresses. Les chants font place à des rythmes de tam-tam. La danse s'empare de la foule.
Sous direction de l'artiste sénégalais Amadou Kane Sy, une exposition de photos est faite sur un espace long de 650 mètres. Sur le pont, 70 pancartes portent chacune une photo sur chaque bord. Le thème de l'exposition n'est rien que le regard de l'autre par la prise de vue. Des touristes sont surpris par l'objectif de jeunes initiés à la photo, d'où le nom de Pont des Regards. L'effet recherché est de voir la perception des Sénégalais sur les touristes, leurs faits et gestes.
Un juste combat pour l'homme
"Les morts ne sont pas morts", a rappelé le maire de Joal-Fadiouth en citant Birago Diop. Il a rappelé que c'est un devoir de mémoire de faire revivre les oeuvres de Senghor. Pour lui, l'ambition des artistes présents à Joal trois semaines durant pour magnifier les oeuvres du président poète et participer à l'événement de manière particulière en initiant les enfants à la photographie et les femmes à la teinture batik, est un fait de haute portée à la dimension de Senghor. Des collégiens et lycéens ont appris à concevoir une page web et à mettre en route le site internet de Joal Fadiouth tandis que les autres sont imprégnés des techniques de la photographie. Selon ses propos, les barrières universelles sont tombées avec Senghor. Après 95 ans d'une vie pleinement vécue, il s'est donné totalement à la revalorisation de la culture et de la civilisation de l'homme noir. Sérère de confession catholique et de culture universelle, Sédar s'est ouvert au monde extérieur. Il est important aujourd'hui que des artistes de l'Océan indien, des Caraïbes, de L'Asie et des Amériques soient à JoaL. Selon Paul Ndong, il a chanté des cantiques pagano-chrétiennes dans le cadre d'un dialogue fécond, un choix, un juste combat pour l'homme.
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