Recueillis par S. N. BA
22 Décembre 2003
En prélude à la commémoration le 20 décembre 2003 du deuxième anniversaire du décès de Senghor, l'écrivain-sociologue Max Yves Brandly a été invité le 17 dernier par la Convergence pour le développement de Mbour pour animer une conférence autour de l'érotisme et de la femme dans la poésie de Senghor. Il répond ici à quelques-unes des questions de notre correspondant.
Que représente pour vous une conférence sur la poésie de Senghor ?
Je dois dire que je suis à la fois surpris parce que je n'avais pas prévu de faire une conférence. C'est un poète sénégalais qui m'a contacté et je lui ai donné mon accord. J'ai accepté très volontiers. Je dois reconnaître que faire une conférence en pays Sérère chez Senghor est une chose extraordinaire. C'est un très grand honneur pour moi. Qu'est ce que je peux apprendre à tous les Sérères du pays de Senghor qu'ils ne connaissent déjà, sinon mieux que moi ? Je ne viens pas apprendre ou enseigner quelque chose sur Senghor. Ce que je veux simplement c'est comme le griot, célébrer sa mémoire, chanter ses vers et sa poésie parce qu'en ce moment, il est vivant de nouveau. On va chanter Senghor pour le faire revivre juste dans la mémoire des gens. J'ai fait un livre pour l'offrir à la mémoire du monde et au Sénégal.
Avez-vous une fois rencontré le président-poète ?
j'ai rencontré l'homme une seule fois en France en 1997. Je sais que c'est un personnage qui n'est pas grand par la taille mais très grand par l'esprit.
Qu'est ce qui vous fascine le plus dans la poésie Senghorienne ?
J'ai voulu montrer l'importance des oeuvres poétiques de Senghor et non des 3000 pages de politique qu'il a écrites et qui sont intéressantes. Je n'analyse jamais presque à tort parce qu'il y a beaucoup de choses à apprendre. Quand on lit l'oeuvre poétique de Senghor, on est surpris qu'il parle beaucoup de la femme. Mais je me suis posé la question de savoir pourquoi. C'est ce que j'essaye d'expliquer parce que nous sommes dans une société matrilinéaire. Ça explique peu être certaines choses. Pour Senghor, la femme a une place prépondérante parce qu'elle est la mère qui élève les enfants. Jusqu'à l'age de 7 ans, les enfants jouent avec la mère. Elle est détentrice de la civilisation et de la connaissance. Elle donne aux enfants leurs racines, leur équilibre. La femme est là pour donner la vie, et si elle n'est pas là pour donner la vie, il n y a plus de population. Senghor donne une importance à la femme et la chante en ce moment-là comme une amoureuse. Il en parle comme étant la mère et la femme que l'on respect. Il a écrit des lettres tout à fait touchantes à sa mère depuis la France.
Que pensez-vous du dialogue des cultures prôné par Senghor ?
Il a écrit : "Pourquoi vivre pour ne pas danser l'autre ?" Danser l'autre c'est être effectivement à l'écoute des autres. Danser l'autre ce n'est pas danser avec l'autre. Senghor avait compris mieux que quiconque, que l'universel était la marche vers l'avenir. L'Afrique est à la fois détentrice et dépositaire d'une considérable culture et d'une grande civilisation qui, malheureusement, est méconnue. Je pense que grâce à Senghor qui prêche l'oecuménisme, on va non seulement vers un panafricanisme, mais vers quelque chose de bien plus grand Et l'on pourra dire, avec Sédar, que le lion qui rugit dans le dos creux des collines, rugit pour l'honneur du Sénégal, de l'Afrique et du monde.
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