Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Alphonse Douati, ministre chargé des relations avec les Institutions : "C'est la volonté politique qui commande"

JEAN-BAPTISTE AKROU

22 Décembre 2003


interview

Abidjan — M. le ministre, vous répétez, invariablement, le transfert c'est désormais la réalité. Les incrédules diront vraiment ? Qu'est-ce qui fonde, aujourd'hui, votre grande foi ?

Je répète que le transfert de la capitale est devenue une réalité. Ma foi se fonde d'abord sur la volonté politique du premier responsable de ce pays, le Président Laurent Gbagbo. En toute chose, c'est d'abord la volonté politique qui commande. Ensuite, la population de Yamoussoukro attend ce programme. Elle travaille pour que ce programme ait lieu. Enfin, les structures qui ont été mises en place sont en train de travailler. Le Comité de pilotage s'est réuni, l'unité d'exécution est en train de travailler. Mais ma foi est d'autant plus grande que le premier financement est déjà obtenu et que les travaux ont réellement débuté. Je veux parler de la Maison des députés, les travaux sont en cours, les entreprises sont présentes et le travail est en train de se faire. Que faut-il de plus, là où il y a la volonté politique, où il y a l'adhésion de la population, où les premiers financements sont trouvés et où les travaux ont démarré ? Que faut-il de plus pour qu'on dise que c'est une réalité ?

Vous avez insisté sur la volonté politique, c'est vrai qu'elle s'est affichée, elle est importante mais elle nous paraît insuffisante. Au moment où la Côte d'Ivoire sort d'une guerre aussi ravageuse que dévastatrice, où peut-elle, pensez-vous, trouver les moyens pour mener à bien ce projet ambitieux ?

Je continue de répéter que la volonté politique commande la réussite de l'opération. Une fois que la volonté politique est exprimée, le reste devient une affaire de technique. Ça peut être la technique financière, la technique architecturale mais c'est une affaire de technique.

Et dans ce pays, beaucoup de techniciens ont été formés. Pour revenir à la question de fonds, à savoir où nous allons avoir les moyens et que la Côte d'Ivoire sort de la guerre, je consens que notre pays sort de la guerre qui l'a éprouvée. Mais il faut aussi comprendre que les ressources humaines existent dans ce pays. A titre d'exemple, lorsque le ministère de l'Economie et des Finances a eu besoin de mobiliser des ressources dans la sous-région au moyen d'emprunts obligataires. Il a lancé cet emprunt, l'objectif était de 30 milliards, mais a récolté plus de 40 milliards. Ce qui a justifié d'ailleurs le projet de loi modificative de la loi de finances 2003. Ça veut dire que quelque part, même au sein de la Côte d'Ivoire, et dans la sous-région, il existe des potentialités et qu'il existe des gens qui continuent de croire en notre pays. Ces mêmes catégories de personnes existent sur le plan international. Il existe, c'est vrai, des gens qui, tous les jours ne font que dire certaines choses contre notre pays, mais il existe aussi d'autres qui ne le disent pas et qui attendent d'agir.

Le programme leur offre une opportunité pour venir investir. Je pense que nous allons faire ce travail avec ceux qui, dans la sous-région croient en la Côte d'Ivoire, ils l'ont déjà manifesté et ceux qui, sur le plan international aussi, continuent de croire en la Côte d'Ivoire. Parce que je répète que malgré la guerre, la Côte d'Ivoire continue d'attirer et la Côte d'Ivoire attire.

Vous venez de visiter le chantier de la Maison des députés. Pensez-vous que les délais qui ont été fixés par la partie chinoise seront respectés afin qu'on puisse réellement poser la première pierre et commencer à construire ?

Je crois qu'à propos du délai, il n'y a pas vraiment d'inquiétudes à se faire. Les délais seront absolument respectés, les indicateurs sont là.

Sur le plan financier, malgré les difficultés, le trésor a pu mettre à disposition des fonds pour payer des avances aux entrepreneur. Les entreprises sont en train de travailler sous le contrôle du BNETD (Ndlr : Bureau national d'études techniques et de développement) et je crois d'ailleurs savoir qu'elles sont un peu en avance sur la programmation initiale. Donc nos amis Chinois pourront commencer les travaux dès fin janvier.

D'ailleurs, nous avons constaté, sur le terrain que nos amis chinois suivent, en même temps que nos techniciens, le déroulement des travaux. De ce point de vue donc, je crois qu'il n'y a pas d'inquiétudes.

Les investisseurs en général, ne recherchent que le profil. Pensez-vous, M. le ministre, que le transfert est attractif pour eux ?

Absolument. Je ne vois pas pourquoi le transfert ne serait pas attractif. Le transfert ne concerne pas que la construction des bâtiments administratifs. Evidemment, vue sous cet angle, la construction de bâtiments administrafis n'est pas attractive. Mais le transfert a deux grands volets. Le transfert des Institutions et les projets d'accompagnement. Ces projets sont tout à fait rentables. Le problème de la zone industrielle, même l'aéroport, les gares routières, tout le système de transport dans la ville de Yamoussoukro, tout le système énergétique sont autant de projets très rentables, qui peuvent permettre à un investisseur privé de signer un contrat de partenariat avec l'Etat. En même temps qu'il fait des bénéfices, en même temps, il intervient dans le secteur non productif moyennant certaines conditionnalités que l'Etat est en droit de lui donner. Il ne s'agit donc pas seulement de voir les aspects non rentables mais de faire la combinaison entre ce qui est rentable et ce qui ne l'est pas de sorte que l'investisseur y trouve son compte là où il s'engage.

Yamoussoukro a déjà un schéma directeur mais ces derniers temps, ce schéma semble être remis en cause par une union de propriétaires terriens qui s'opposerait à la mise en place de certains espaces. Ceci n'est-il pas un problème auquel il va falloir s'atteler ?

Oui. Nous avons toujours dit que Yamoussoukro ne doit pas être Abidjan et que le Baoulé de Yamoussoukro ne doit pas subir ce que l'Ebrié a subi à Abidjan. Donc, je ne crois pas que les propriétaires terriens, actuellement à Yamoussoukro soient en train de s'opposer au transfert de la capitale. Ils veulent une clarification du problème foncier et cela fait partie de notre souci parce que c'est l'une des instructions fermes du Président de la République. A savoir que le système foncier de Yamoussoukro doit être clarifié. Mais sur ce terrain, je suis heureux de vous dire qu'il y a une parfaite convergence de vues entre les structures décentralisées de Yamoussoukro notamment le gouverneur et le programme de transfert de la capitale. Il ne s'agira pas ici, pour le programme spécial de transfert de la capitale, de venir gérer les problèmes de terre à Yamoussoukro. Cela relève de la compétence des structures décentralisées, du gouverneur. Mais ce qui sera du ressort du programme, c'est que la Côte d'Ivoire dispose, aujourd'hui, d'un ensemble d'instruments en matière de gestion foncière. Nous avons sur le plan technique, le centre de cartographie et de télédétection du BNETD qui peut, par un système qui est éprouvé, déjà faire une vue de l'ensemble de l'occupation des terres. Ensuite, nous avons la loi foncière qui est là et qui porte en elle des éléments à même de traiter le problème foncier. Il s'agit, par exemple, de cette notion d'enquête villageoise qui se base sur la responsabilité des villages mais aussi sur la confrontation entre différents villages.

Le gouverneur, je crois savoir, a pris des dispositions , pour rencontrer les chefs terriens, les chefs coutumiers pour débattre de façon publique de ce problème et que chacun indique clairement quelles sont ses prérogatives.

A partir du moment où on aura vu que telle terre appartient à tel village, telle terre à telle famille, le problème juridique des droits peut se discuter aisément. Dès lors, ça devient un problème de droit et un problème technique. Donc ce qui se passe aujourd'hui à Yamoussoukro, c'est plutôt un éveil de conscience pour que nous qui sommes chargés de ce programme, puissions l'intégrer dans les préoccupations. Parce que nous ne pouvons pas venir dans une cité sans tenir compte des préoccupations de la population et comme cela rejoint les instructions que le Président de la République a données, il n' y a vraiment pas de problème à ce niveau.

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