Fraternité Matin (Abidjan)
Elvis Kodjo (interview Réalisée Par)
22 Décembre 2003
interview
Abidjan — Le programme national de formation et d'insertion des jeunes dont la validation va se faire aujourd'hui et demain mardi, à l'évidence, n'est pas un programme comme les autres. Quelle est sa spécificité ?
La particularité de ce programme, c'est qu'il va se dérouler dans une période post-conflit. Déjà avant le conflit, nous avions des jeunes qui étaient des primo demandeurs d'emploi, des jeunes sans qualification. Eu égard à la mission de l'AGEFOP, nous étions en train d'élaborer une stratégie de prise en compte de ces jeunes pour leur donner des qualifications et une formation qualifiante afin de faciliter leur socialisation. Nous étions dans cette démarche-là, quand le conflit est intervenu. Avec les conséquences de ce conflit, il va sans dire que le nombre de ces jeunes a augmenté. Les autorités nous ont interpellé (les trois structures qui sont en charge de la formation et de l'emploi et de son financement - l'AGEFOP, le FDFP et l'AGEPE). Nous avons mis donc en place une plate-forme de service pour élaborer d'un commun accord un projet de formation et d'insertion de tous ces jeunes afin de faciliter leur socialisation. C'est là notre contribution à la reconstruction du tissu social qui a été rudement éprouvé.
Lundi, nous allons, avec les politiques, les experts, le monde professionnel, passer à la validation de ce programme. Ce programme leur sera exposé afin qu'ils se prononcent là-dessus. Une fois qu'il sera validé, nous allons passer à l'exécution, à la mise en oeuvre du programme, sur une période de 10 ans. Mais pour l'année 2004-2005, il va y avoir un programme pilote qui concernera 50 000 jeunes.
Que représentent ces 50 000 jeunes dans la masse des jeunes qui sont concernés par ce programme ?
Un tout petit échantillon. Vous savez, ce programme est très ambitieux. Conduire un programme de 50 000 jeunes, ce n'est pas évident mais c'est jouable. Si nous nous appuyons réellement sur les Conseils généraux, les communes et sur toutes les structures décentralisées du pays, le coup est jouable. Par rapport à la demande, par rapport aux jeunes qui sont sans qualification, c'est peu. Mais il faut bien commencer par un échantillon pour voir quelles sont nos faiblesses, nos forces. Petit à petit, nous allons ainsi réussir à absorber tout ce vivier de jeunes sans emploi et sans qualification qui végètent.
Ce programme accorde-t-il une place à ces jeunes qui avec la guerre se sont sentis une âme de patriotes, de défenseurs de la République, les armes à la main au besoin ?
C'est peu dire que d'affirmer qu'ils se sont sentis une âme de patriotes. Ce sont des patriotes !!! Ces jeunes, dont je suis très fière d'ailleurs, ont contribué à donner à la résistance de la Côte d'Ivoire une assise populaire. Ils ont offert leurs poitrines, ils se sont donnés corps et âme. C'est vrai que l'armée a combattu, mais derrière elle, il y avait les jeunes patriotes et les femmes qui ont fait la résistance du pays. Et ces jeunes-là, il faut s'occuper d'eux, il faut les socialiser, les réinsérer. C'est un devoir national pour nous.
Quelles sont les grandes lignes de ce programme ?
Nous avons un programme qui va se dérouler en trois axes. Le premier, c'est la réhabilitation et de reconstruction des infrastructures économiques, surtout dans les zones assiégées, notamment à l'Ouest. Le deuxième axe concerne les services primaires de base (infirmeries par exemple). Le troisième est celui de la relance économique, c'est-à-dire les petits métiers : maçonnerie, ébénisterie, menuiserie, ferronnerie. Ce sont là les trois axes dans lesquels nous espérons, dans un premier temps, lancer le projet. Et c'est par rapport à ces trois axes-là que nous demandons la validation des experts, des politiques et du monde professionnel.
Pour revenir aux jeunes qui ont aidé à la résistance, n'est-il pas plus simple de les orienter vers les métiers de la sécurité, les Forces armées par exemple ?
Certainement ! Mais les Forces armées ne peuvent pas absorber près de deux millions de jeunes d'un seul coup ! Si elles ont besoin de recrutement, il va sans dire que comme elles l'ont fait pendant la guerre, elles vont se manifester. Pendant la guerre, elles avaient besoin de 3 000 jeunes. Il s'en est présenté 23 000... Par rapport aux trois axes dont je viens de parler, si les Forces armées expriment un besoin, il n'y aura aucun problème. Nous avons besoin, nous, non seulement de donner un métier, une formation, une qualification à nos jeunes, mais de les aider à s'insérer dans le tissu social, donc d'élargir le tissu de l'emploi de notre pays. Les entreprises ont beau être de bonne volonté, elles ne pourront pas recruter tout le monde. Elles arriveront à saturation à un moment ou à un autre. Il faut donc nécessairement orienter la plupart des jeunes vers l'auto emploi.
Combien va coûter l'opération ?
Le coût est évalué à 10 milliards environ par an. A la validation, les experts nous diront si nos estimations sont justes.
Quel est le programme des travaux ?
Il y aura d'abord un discours d'accueil par le président du comité scientifique qui est le conseiller du Chef de l'Etat chargé de l'Education, de la Formation et de la Culture. Le Chef de l'Etat va ensuite ouvrir solennellement l'atelier. Cette cérémonie sera suivie de la présentation des éléments clés du programme avec la présentation de ce qu'est une plate-forme de services. Trois conférences d'orientation sont prévues pour l'après-midi de lundi qui vont dans le sens des trois axes retenus ; à savoir la réhabilitation des infrastructures, la dynamisation des services de base et la relance de l'économie. La journée de mardi sera consacrée aux travaux en ateliers et la séance plénière puis la clôture dans l'après-midi.
Combien de temps a duré la préparation de ce programme,
Près d'un an. Depuis que la guerre a commencé, dès le mois de janvier 2003, nous savions que nous nous étions déjà sentis interpellés. Et lorsqu'aux mois de mai-juin, les autorités nous l'ont signifié, nous nous sommes mis en plate-forme pour mettre ensemble ce que chacun était en train de faire de son côté et nous avons fait ce programme sur la base d'une plate-forme de services.
Les partenaires traditionnels au développement sont-ils partie prenante à ce programme ?
Ah oui... L'atelier va valider le grand programme. Une fois que cela sera fait et le programme reconnu fiable, nous allons passer à l'élaboration de l'organigramme du programme puis de son chronogramme. C'est en ce moment que vont intervenir les ONG, les bonnes volontés, afin d'arriver à créer un guichet unique de ce programme. Il y aura donc la première validation officielle qui reconnaît le programme comme étant un programme national. Un séminaire très technique aura lieu ensuite, et tous ceux qui voudront s'impliquer dans ce programme seront les bienvenus.
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