Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Les ONG,instruments du néolibéralisme ou alternatives populaires?

Par : Ababacar Fall «Barros» Dakar

22 Décembre 2003


(...) «Sans l'éthique sur l'étiquette», il n'est pas étonnant de voir, avec cette manne financière qui tombe de partout sans compter, que l'opacité et l'anti-démocratisme soient érigés en règle de gestion dans certaines Ong lorsqu'il s'agit de finances.

A ce sujet, on a vu il y a quelque temps une Ong fermer la porte au nez au commissaire aux comptes statutaire et le tiers de ses membres, lors de l'assemblée générale ordinaire de l'association. Cette situation a fait que des chercheurs se sont demandés si les Ong étaient des «instruments du néolibéralisme ou alternatives populaires?» ( Centre Tricontinentale de Louvain (Belgique), Forum du Tiers Monde, Dakar - 1998 )

Pendant et après la guerre froide, les Ong, du fait de leur prégnance, leur influence sur les populations, ont fait l'objet de convoitise de la part des Etats et des Ong occidentales qui ne voulaient plus traiter avec des autorités publiques corrompues dans certains pays du Sud. Le fait que beaucoup d'animateurs d'Ong du Sud étaient d'anciens d'éléments politiques (de gauche pour la plupart), déçus ou non de l'orientation de leur formation, expliquait l'intérêt que les uns et les autres portaient aux Ong. Ce qui fait que le mouvement de la société civile est traversé par deux tendances.

D'un côté on note la tendance pro-occidentale, pour ne pas dire pro-impérialiste, animée par les tenants des thèses du libéralisme, du néolibéralisme, du «tout-assistanat», de l'indépendance zéro, de la souveraineté zéro. Pour eux, il faut privilégier l'aide bilatérale et autres projets, qui donnent même de l'inspiration à certains maîtres de la parole. «Addina tukkegul, ku téey am ci prosé yi» (ce n'est pas encore la fin du monde, tout élément patient pourrait être éligible aux projets). Ndiaye Lô Ndiaye, Walliyu Gewêl yi, dixit, sur les ondes de la Rts le 24 avril 2001. En tout cas, certains maîtrisards et agents de l'Etat ont vu, eux, arriver la fin du monde à cause de ces projets mirifiques. Aussi, c'est cette tendance pro-impérialite qui explique que certaines Ong sont promptes à parler des Droits de l'homme à Cuba et non au Burkina, au Maroc, en Birmanie, en Tunisie, au Congo, au Cameroun et aux Etats-Unis.

Les plus bavardes sont sélectionnées pour superviser des élections pour lesquelles les observateurs sont souvent gatés par un des candidats ou son parti. Ces Ong ont souvent un amiral qui manie le «périscope des Droits de l'homme» avec beaucoup de dextérité. Pourrait-il en être autrement lorsque l'argent coule à flot? A une sous-commission du sénat américain, M. Adolfo Franco, administrateur de l'Usaid pour l'Amérique latine, a précisé que son organisme a investi des millions de dollars pour«créer des Ong indépendantes» à Cuba. Tout le monde sait ce que font ces «Ong indépendantes» dans l'Ile. Du reste, le site de son organisation dans Internet, donne des informations sur les montants destinés aux programmes à cesOng. D'un autre côté il y a la tendance anti-impérialiste, patriotique, démocratique et indépendante, qui s'inscrit dans la ligne militante de l'éducation populaire, de l'auto-développement et de l'autodéfense. Ces Ong, au profil rare, sont généralement soutenues par des philanthropes anciens militants de partis occidentaux. Mais aussi par des organismes d'Etat et Ong ocidentales. Il va sans dire que les animateurs de ces Ong sont vus, le plus souvent, par les politiciens qui ne peuvent pas les «gagner», comme des «subversifs». Ainsi leur travail sur le terrain n'est pas facilité.

La société civile est peuplée de citoyens ambitieux, de gauche comme de droite, qui roulent soit pour leur propre compte, soit pour le compte de leur parti avec plus ou moins de succès. Avec moins de succès, le plus souvent. Il n'est pas rare de voir, pour une question de positionnement, de «visibilité», certains responsables se comporter de façon irresponsable. Il est normal que les uns et les autres aient des ambitions. Mais que chacun joue le jeu dans la transparence au sein des populations afin qu'elles puissent déterminer ceux qui sont à leurs côtes et ceux qui ne le sont pas. Autrement dit, il faut agir «juste et vrai». Mais que c'est difficile avec le mistral de la libéralisation qui souffle en ce moment dans nos pays où Ong rime avec financement, projets, 4x4, billets d'avion, hôtel 5 étoiles.

C'est pourquoi Amady Aly Dieng, parle des «nabab des Ong» en pensant à certains bureaucrates, fonctionnaires et autres consultants adossés aux Ong. En effet, en privé dans les débats et autres «études», il est dénoncé les travers de la Bm et du Fmi, de l'Etat budgétivore. Mais ceux-là même qui le font, n'hésitent pas à devenir, un jour, experts dociles de l'Etat devant ces instituons, s'ils ne deviennent des hommes de ces organismes. Le président du Congad, Buuba Diop, signale dans Congad Lianes d'août 2001, que du personnel qualifié est souvent fourni«pour des postes au sein des gouvernements». L'exemple le plus édifiant est ce haut fonctionnaire, un des promoteurs de ce «cancer» de la fonction enseignante, le «volontariat», qui a été vite coopté par ces organismes. Son collègue du Burkina Faso n'a pas manqué de critiquer vertement son «idée» au cours d'une émission de Rfi cette année.

Liens Pertinents

Dans la mesure ou les Ong, la société civile s'inscrivent dans l'exécution d'un programme cohérent de développement d'un pays, en vue d'appuyer et de contribuer à la résolution de problèmes vitaux des populations, en partenariat avec les pouvoirs publics qui sont à la hauteur, on peut dire qu'ils sont dans la dynamique d'une alternative populaire. Par contre, si elles servent de réceptacles de fonds publics ou privés, en vue d'une politique de déstabilisation quelconque à l'encontre des gouvernements souverains, légalement élus, si elles servent de relais à des forces obscurs pour le pillage des matières premières du sud, de caisse de résonance et défendent les vues et poliques du Fmi et de la Bm, on peut considérer que les Ong et la société civile, constituent un instrument du néolibéralisme. Cela dit, si la société civile ne doit pas faire de la politique (comme le soulignait Me Doudou Ndoye en parlant de la laïcité), dans le sens de conquérir et d'exercer le pouvoir, par contre elle doit bel est bien parler de politique, dans le sens de revendiquer ses droits et libertés. «Pouvoir, pour les citoyens, controler ce que l'on fait avec leurs impots», fait partie des droits civiques et politiques. Au plan international, nous pensons que c'est une bonne chose que de se retrouver tous les ans dans un pays pour dénoncer les travers du néolibéralisme. Mais si les actions ne s'inscrivent pas dans le concret, pour la prise en compte les aspirations des peuples (réforme des Nations Unies, juste rémunération des matières premières, gestion de l'environnemment et de l'espace, décolonisation - eh oui ! des colonies existent: les Dom Tom), ces fora ne bénéficieront qu'à l'industrie hôtelière et aux Tours Opérators. Le Forum social mondial devrait pouvoir se transmuter pour devenir une sorte de réplique des Nations Unies. Mais des Peuples.

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