Ibrahima Anne
22 Décembre 2003
C'est une voix venue du fonds des âges, mais toujours verte et vivante, qui a fait de cette cérémonie pour un mort une hymne à la vie. Celle du Ps que ne saurait éteindre l'alternance et les transhumants passés à l'adversaire.
«Vous, ici présents et tous les vrais militants des villes et des campagnes de notre pays, je vous félicite d'avoir su résister aux vagues des fuyards défaitistes, aux appels trompeurs des sirènes et aux menaces des autres maîtres de l'Etat, pour garder intacte votre dignité dans l'épreuve». Introduction ne pouvait être mieux choisie dans l'antre du Parti socialiste, dans cette salle pour laquelle on a choisi Léopold Sédar Senghor comme parrain. Orateur ne pouvait être mieux désigné que le professeur Assane Seck, patriarche du parti, un des derniers mohicans de la formation verte.
L'ancien ministre de la Culture sous Senghor, entre autres portefeuilles, n'a pas pris des tournures alambiquées pour s'en prendre aux militants socialistes qui ont pris la couleur bleue depuis un certain 19 mars 2000. Pour célébrer le deuxième anniversaire de la disparition du poète-président, les socialistes dont les troupes ont été décimées par la «transhumance», ont choisi Assane Seck pour entretenir ses jeunes camarades de «Léopold Sédar Senghor, l'homme de culture et sa politique culturelle». Ayant à l'oeil les caméléons de la politique, le gardien des traditions socialistes lance à ses camarades : «Avançant fièrement contre vents et marées, vous avez gardé pure et inébranlable votre foi en l'idéal socialiste de liberté, de production et de justice sociale.» L'ancien ministre de la Culture de Senghor ne semble pas regretter l'événement du 19 mars qui a envoyé sa formation dans l'opposition et pense que «comme Phénix, notre grand parti, débarrassé de ses scories, devenu plus fort et plus attentif aux aspirations de son peuple, renaîtra de ses cendres». Et, de lancer à la cantonade : «Courage, le bout du tunnel n'est pas loin.»
Ce sont donc des socialistes ragaillardis par la diatribe du sage Assane Seck contre les infidèles qui ont commémoré dans l'enthousiasme et le recueillement les deux années de la disparition du poète-président, en mettant l'accent sur la dimension culturelle de ce dernier. Ainsi, pendant deux jours, outre le Pr Assane Seck, des sommités universitaires et de la culture ont débattu de thèmes aussi divers que «la politique culturelle de Léopold Sédar Senghor à partir des années 1960», de «Senghor, homme de culture biblique», de «Léopold Sédar Senghor ou la couleur de l'universel», de «Senghor et la pensée de l'universel : l'éclairage leibnizien». Ce colloque qui avait comme modérateur l'écrivain Hamidou Dia a aussi enregistré la communication du Premier Secrétaire du Parti socialiste Ousmane Tanor Dieng qui, pour l'occasion, s'est joint à la mêlée pour dire de Senghor que «de son oeuvre d'homme d'État à celle d'homme de culture ayant conçu et mis en place une politique culturelle, le lien est constant : c'est l'intellectuel et l'homme de culture qui inspirent, même si l'homme politique, de par sa position, impulse et décide». Avant de dire, à l'instar du regretté Abdou Anta Kâ que Senghor est «un homme partagé». Parce que, prônant enracinement et ouverture, négritude et civilisation de l'universel.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Wal Fadjri. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.