Le Soleil (Dakar)

Sénégal: L'an II d'une commémoration : « Que chantent kora et balafons »

Idrissa Sané

22 Décembre 2003


La célébration du deuxième anniversaire de l'illustre homme de culture, a été l'occasion, pour la Nation, de revisiter les oeuvres du disparu et montrer à un public cosmopolite la culture son caractère multidimensionnel.

La nation sénégalaise a organisé une série de manifestations pour rendre un hommage à Léopold Sédar Senghor vendredi et samedi. Mais c'est au Théâtre National Daniel Sorano que les artistes comédiennes, la cantatrice sérère et le zénith art sont entrés en scène pour jouer la finale de la commémoration du deuxième anniversaire de la mort de l'immortel. 21 heures passées de quelques minutes. Les batteurs de tambours, vêtus de boubou blanc, ont offert au public un concert de rythmes traditionnels et entonné un chant laudatif qui fait écho à celui dont les saltigués égayaient les Djaraf (Roi). Ce chant traditionnel tenait lieu de mots de bienvenue au ministre de la Culture et à tant d'autres personnalités de la délégation officielle venaient d'arriver. Le ministre et sa délégation ont eu une vision optimiste. Un pan de la culture s'est effondré avec la disparition du poète, mais, dans son sillage, ses disciples tentent, de belle manière, de poursuivre la mission de leur mentor. Lamine Sall, un de ses disciples l'a démontré. Enveloppé dans un boubou frappé de carreaux noirs et blancs, symbole du brassage culturel si cher à cette grande figure à qui ils rendaient hommage, Lamine, esseulé sur le côté droit de la scène, a déclamé un poème qui portait son empreinte. Sa voix tremblante laissait transparaître la musicalité des vers et une harmonie des rimes. Il était dos au mur.

Qui veut imiter le maître doit le faire comme le maître l'a dit (magister dixit). Senghor, un magicien du verbe, et orfèvre de la syntaxe, en diapo sur fond de scène, est derrière lui pour lui relever les incorrections, comme il avait l'habitude de le faire de son vivant aux journalistes. Le poème de Lamine est accompagné par la flûte traversière d'Emile Hesse, une étudiante en DEA à l'université de Recherche théâtrale de Paris 3 et qui travaille sur le théâtre africain. Hesse peut représenter l'ouverture d'esprit que le président souhaitait. « Je suis née en France, mais j'aime beaucoup la culture africaine parce que l'Afrique est le berceau de l'humanité, j'aime beaucoup Senghor » a confessé Emilie. La rencontre des cultures et l'enrichissement qui en découle était matérialisée par le duo Lamine-Esseu. La mise en scène mettait l'accent sur le milieu Sérère Cette cérémonie a servi de cadre pour Pape Faye, le metteur en scène, qui revisitait la culture Sérère. La cantatrice légendaire de Senghor, Yandé Codou Sène, entourée de ses compagnes, a interprété les chants qui figent le public. La voix de ces prêtresses répondait aux timbres des « sabars » et « dioundioungs », et le tout rappelait les rites en pays Sérère.

Liens Pertinents

« L'organisation nous a satisfaits. Comme vous pouvez le constater l'accent a été mis sur le milieu Sérère. La poésie, la danse, tout cela entre dans l'univers senghorien. Senghor évoquait toujours les muses, à travers la danse ». C'est ce qu'a expliqué un agent du ministère de la culture, maître de la cérémonie. Des guitares sérères et des sabars, émanait un son en sourdine qui se mariait avec la musicalité des vers de Joal que l'artiste comédienne Aïta récitait. Le récital de poèmes permettait ainsi de mesurer toute l'attention consacrée à la préparation de la manifestation. De Lamine Sall, à Aïmina, pour le poème « Tirailleurs sénégalais », ou encore Esseu et Aïta, les accents oratoires et les intonations des voix qu'exigeait Sédar ont été respectés au pied de la lettre. Bref, c'est Senghor aussi bien dans le fond que la forme. Senghor même était satisfait, pour ainsi dire, comme le montrait son visage radieux sur la diapo qui alternait avec le paysage Sérère rustique sur l'écran. Sur scène, la troupe Toucar a transposé la réalité de cette culture. Les hommes en haillons, les uns après les autres se dirigeaient vers un vaste panier faisant office de champ et où ils se livraient à coeur joie au travail. Les femmes les rejoignaient, et leurs chants relayés par ceux des hommes incitaient ces travailleurs à redoubler d'ardeur. À en croire Paul Ngor maître de conférence à l'université de Dakar et secrétaire de l'Association pour la rénovation de Toucar, l'implication de ce village à cet anniversaire s'explique par l'amour de Sédar pour Toucar. Selon Paul Ngor, Toucar était un bastion électoral de l'ancien président. Et s'il fallait passer la nuit dans le Sine, il dormait toujours à Toucar. Les femmes, que Léopold Sédar Senghor avait louangé dans ses poèmes, ont donc chanté et dansé pour commémorer sa mort. D'ailleurs elles étaient plus nombreuses dans l'assistance. Elles ont plus nombreuses que les hommes à monter sur scène. Cette soirée a été clôturée par le poème « Femme noire ».

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Soleil. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Sénégal

Rubriques