Ibrahima Khaliloullah Ndiaye
22 Décembre 2003
L'absurdité des conflits réside dans le fait qu'ils se prolongent toujours après leur fin.
Les traumatismes qu'ils induisent chez les enfants ont souvent pour noms « séparation des familles, conditions de vie précaires et atrocités vécues au quotidien ». Ces traumatismes constituent, à en croire Emmanuel François Moïse, directeur de cabinet du ministre des Forces Armées, « autant d'impacts dont les traces sont difficiles à éradiquer dans le subconscient des enfants ». Alors, se pose la question de savoir quelle protection apporter à cette couche vulnérable. Un regard rétrospectif sur la dernière décennie met en évidence la folie de guerre qui « a provoqué la mort de plus de deux millions d'enfants et laissé plus de cinq millions physiquement handicapés ».
Les affres de la guerre se lisent encore dans l'impossibilité d'accéder aux « services sociaux de base. Les économies et des familles ainsi que les maisons sont détruites, les moyens de vie traditionnels et les mécanismes sont sévèrement endommagés », souligne encore le directeur de cabinet. Auparavant, la directrice régionale du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance, Mme Rimah Salah, a partagé son expérience sur la situation post-conflit des enfants Libériens. L'un d'eux, Boby, à 12 ans s'est autoproclamé déjà commandant. Il avouait sans ambages « avoir tué beaucoup de personnes » pendant le conflit qui a meurtri son pays. Boby dit vouloir aller à l'école et ne plus tuer. Des enfants comme Boby, on en retrouve plusieurs dans la sous-région » témoigne Mme Rimah Salah. Le bureau régional de l'organisation « Save the Children », en partenariat avec la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest CEDEAO), conscient des enjeux et des dérives des conflits, a initié la seconde rencontre de haut niveau dans le cadre du Projet de formation des Forces armées aux Droits et à la protection des enfants, avant, pendant et après les conflits armés en Afrique de l'Ouest.
C'est une formation destinée à un personnel militaire. Ce qui « semble surprenant », avoue le général Cheick Oumar Diarra, secrétaire exécutif adjoint de la CEDEAO, chargé des Affaires politiques, de la défense et de la sécurité. « Mais, s'empresse d'ajouter l'officier général, lorsqu'on regarde de près, force est de reconnaître que les militaires et de façon générale les forces armées et de sécurité dans le cadre de missions de rétablissement et de maintien de la paix sont plus en contact avec les couches les plus vulnérables de la populations, notamment les enfants. Par conséquent, la nature de ce contact déterminera dans une grande mesure les conditions de l'enfant dans les zones de conflit ». Sauver les enfants devient le seul palliatif. Pour se faire, il convient de les « désarmer, démobiliser, réhabiliter et réinsérer dans l'organisation sociale moderne », préconise le directeur de cabinet. Il urge donc de faire maîtriser aux militaires tous ces concepts. Pourtant la question des enfants victimes de la guerre est inscrite, depuis 1998, à l'ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies. Et de nombreuses résolutions ont été consacrées à la question.
« Ces différentes résolutions viennent renforcer les normes déjà établies et mises en oeuvre pour une meilleure protection des enfants touchés par la guerre », rappelle le secrétaire exécutif adjoint. Partant du fait que le respect des droits des enfants est un investissement majeur sur l'avenir de la paix et de la sécurité en Afrique, Emmanuel François Moïse en appelle à « des mesures pour réussir à combattre les vulnérabilités politiques et sociales qui sont à l'origine des conflits, la consolidation de la capacité de l'Afrique à gérer tous les aspects d'un conflit en mettant l'accent sur les moyens nécessaires pour renforcer les institutions régionales et continentales existantes ». Il y a lieu de garder espoir malgré la situation actuelle, selon Sten Furbo, le représentant régional de « Save the children ».
« La formation systématique des contingents de maintien de la paix pour la Côte d'Ivoire, le Libéria, et même pour des missions en dehors de l'espace CEDEAO comme le Congo et l'Erythrée, l'incorporation progressive de modules sur les Droits de l'Enfant et la protection des enfants dans les programmes réguliers de formation des militaires » sont des motifs à satisfaire M. Furbo. Revenant sur les acquis, la directrice régionale de l'UNICEF se félicite que la dernière Revue des Pairs, tenue à Accra, marque une étape importante dans le respect du droit des enfants. « Le 19 décembre est un jour historique pour les enfants en ce sens qu'elle est la première réunion où la présence des enfants a été notée et leurs préoccupations prises en compte par les chefs d'Etat ». Le développement d'un cadre d'action, pour les deux prochaines années, au niveau national, sous-régional et régional pour assurer la réalisation de l'intégration et la pérennisation du projet à long terme est l'un des principaux défis des assises de Dakar. L'atelier vise aussi à « élaborer une stratégie régionale en matière de formation au maintien de la paix axée sur la mise en place d'un noyau de formateurs et d'une plus grande implication de la CEDEAO et des autres partenaires potentiels, clarifier et consolider les engagements politiques et financiers des acteurs clés du projet ».
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Le Soleil. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.