Babacar Thioune dit Mbaye Nguira Membre fondateur de l'AFP
22 Décembre 2003
Ce sont, dit on, les grands événements qui forgent les nations majeures, font les grands Hommes et révèlent les grandes Institutions.
Aussi l'Alliance des Forces de Progrès, en choisissant de célébrer en famille son 4ème anniversaire, placé fort opportunément sous le signe de la sauvegarde et de la valorisation des ressources humaines, atelle voulu se regarder sans ciller dans le miroir de sa conscience, afin de s'auto-évaluer pour mieux assumer ses responsabilités nationales. Il est donc heureux que le parti de l'Espoir ait fait montre de lucidité pour fêter cet événement historique, dans une stricte intimité "partisane", sans tambours ni trompettes, loin des discours dithyrambiques, des clameurs folkloriques et des éloges flagorneurs. Merci, frères et soeurs progressistes, d'avoir bien compris que notre époque, faite de crises et d'incertitudes, nous place dans une situation de perpétuelle remise en cause. Dès lors, il demeure évident que pour se mettre en valeur, il faut avoir le courage de procéder très souvent à son autocritique. A cet effet, l'introspection s'offre comme un levier très sûr qui grandit son sujet, garantit le succès et assure le progrès. Dans des pays comme le Sénégal, dont la population se caractérise par sa grande jeunesse, sa ruralité massive, sa féminité débordante, sa propension à l'émigration et son effervescence politique croissante, tout projet de société qui n'arrive pas à assurer correctement l'Education, la formation, l'occupation saine et la protection des citoyens, dans la paix, la tolérance, la justice et la prospérité, est voué à l'échec.
S'il est vrai qu'il n'est de richesses que d'hommes, et qu'il n'est point de développement durable sans un capital humain de qualité, fruit d'une bonne éducation, tout parti politique imbus de ses lourdes responsabilités, doit s'engager à tout centrer sur l'Etre humain, pour ne pas dire le militant, et à faire de la dimension Education/Formation, la charpente principale de son projet politique. Elle figure, fort heureusement, en bonne place dans celui de l'AFP. On peut en juger par la déclaration suivante de son Secrétaire général : "Nul développement n'est envisageable, dans tout pays au monde, s'il ne repose essentiellement et en permanence sur une politique cohérente et planifiée de formation de l'esprit des hommes et de protection de leur propre éducation". Mais ce dernier, tout en se fondant sur les valeurs universelles que sont la liberté, la justice, la solidarité et la paix, n'en est pas moins contraint d'épouser les spécificités culturelles et civilisationnelles de son peuple et de puiser dans son milieu le levain qui doit le fortifier. En d'autres termes, le développement doit être d'abord un état d'esprit avant de devenir un comportement, un savoirêtre avant d'être un savoirfaire.
C'est dire que les ressources humaines, qui représentent les gardiens du Temple, les piliers de la nation, les sentinelles de la démocratie et les leviers de la croissance, doivent être bien formées et préparées à la vie démocratique. Sans une bonne éducation militante de la population, notre pays ne saurait être à l'abri de troubles. Il est vrai que la politique ne peut pas se faire sans divergences de vues, ni débats contradictoires. Cependant, même si elle donne lieu quelque fois à une véritable foire d'empoigne, on ne doit pas perdre de vue que les principes de la démocratie doivent toujours nous guider et nous permettre, en toutes circonstances, de trouver les voies et moyens d'un consensus au lieu de la confrontation, les points de concordance, plutôt que les sources de conflits. La paix sociale est une denrée précieuse, pour ne pas dire vitale. Sans elle aucun pays ne peut aller de l'avant. Pour cette raison fondamentale, les formations politiques, les institutions républicaines, les mouvements associatifs et les différentes couches de la Nation ont tout intérêt à veiller jalousement sur elle et à assurer la défense de la Patrie.
D'où la nécessité d'une mobilisation générale contre tous les périls. Platon ne disait pas le contraire quand il déclarait avec beaucoup de clairvoyance : "Les remparts de la Cité ne sont pas des pierres. Ce sont des hommes". Autrefois, la valeur d'une personne se mesurait au moyen de sa probité morale. De nos jours, le matérialisme, le pouvoir et l'argent, au détriment du savoir, sont devenus signes de richesse, de force et de noblesse. André Malraux ne nous mettait -il pas déjà en garde en affirmant : " La vie est un grand marché où l'on achète des valeurs, non avec de l'argent, mais avec des actes" ? Si on disait à feu Sérigne Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma : "Untel à perdu son ngor", il rétorquait sans sourciller : " il n'en avait pas". Il n'est aujourd'hui que d'ouvrir les yeux pour voir combien de dangereuses contrevaleurs, érigées en dogmes, sont en porte-à-faux avec nos valeurs traditionnelles. Dans un pays où le Sacré est banalisé, le banal sacralisé, les militants progressistes, main dans la main, se sont dressés en une muraille humaine pour faire face aux dangers.
Par ces temps de reniement, d'impatience, d'infidélité, d'achat de conscience, de débauchage et de transhumance, ils ont pris la ferme décision de veiller au grain, de se serrer les coudes et de s'engager définitivement dans la voie de l'honneur, de la dignité et de l'espoir, en faisant leurs, ces sages paroles de leur Secrétaire général : "L'engagement est au centre de l'action politique. Ignorant l'intérêt personnel, il est à la foi un comportement, une dynamique de tous les instants. Il nourrit l'effort, génère et cultive la vertu de patience qui renforce les convictions. C'est un bouclier protecteur contre les tentations et les dérives, contre l'égocentrisme, contre toute forme de militantisme qui conduit à des attitudes nocives à la réalisation progressive des idéaux d'un parti politique". Quelle brillante leçon ! Car en politique comme en pédagogie, ceux qui sont chargés de conduire des hommes, ont l'obligation de prêcher par le bon exemple. "L'homme est au début et à la fin du développement", a dit Léopold Sedar Senghor, le poète-président. C'est pour avoir privilégié cette vision anthropocentrique que le premier congrès ordinaire de l'AFP a pris la décision idoine de porter sur les fonts baptismaux : l'Ecole du Progrès.
Mais loin d'être une structure sans âme où l'on discute à longueur de journée de politique politicienne, cette institution d'Education non- formelle, sans murs, ouverte aux quatre vents, se veut un agréable cadre de vie, un espace convivial de formation, d'information, d'échange, de communication, de conscientisation, de concertation, de retrouvailles fraternelles et d'épanouissement. Si le jeune et dynamique parti des progressistes s'est fait l'impérieux devoir d'opérer une véritable rupture dans sa manière de faire la politique, d'organiser ses structures et d'encadrer ses militants, c'est tout simplement parce que notre société souffre d'un profond malaise politique dû à l'inexistence d'une bonne éducation militante. Et à dire vrai, le programme qu'il se propose de mener à terme, pour y pallier, participe des plus nobles actes civiques et des hauts faits historiques que le Sénégal ait connus. Cela est d'autant plus appréciable que la richesse d'un pays ne se mesure pas à l'aune de ses ressources naturelles, mais de ses citoyens responsables Par conséquent, l'on ne peut que saluer la noble décision de l'AFP d'apporter sa grande contribution au développement des ressources humaines de la Nation, en se faisant l'obligation de former des militants fidèles à leurs origines, à leurs croyances, à leurs principes et convictions, à leurs valeurs fondamentales, à leur héritage socioculturel, et capables d'être en interaction avec leur société et leur environnement. Cette conception, fondée sur la "real/politik", est d'une haute portée historique, car dans des pays comme le nôtre, aucun parti politique ne doit parler de développement sans axer son programme, ni adapter son discours aux valeurs éthiques, morales et civiques, et aux réalités de la vie quotidienne des populations.
Notre Secrétaire général, le frère Moustapha Niasse, ne s'y est pas trompé pour avoir affirmé dès la création du parti : "Il n'y a pas de politique viable, en dehors des réalités ". C'est ce qu'avait compris aussi Jean Jaures quand il disait : " Il faut aller à l'idéal en partant du réel ". Le fait de lier le développement tout d'abord à un soubassement culturel, éducatif et socioaffectif, présente beaucoup d'avantages. En effet, il a été prouvé que toute action née de la réflexion, de la conviction et de l'adhésion spontanée, assure le progrès, la stabilité et la paix, tout en favorisant une forte croissance. Ce qui implique la nécessité de disposer, au sein de chaque parti, d'une structure tête pensante, pour assurer la réflexion, l'animation, l'éducation, la formation et l'encadrement, à l'image de l'Alliance Nationale des Cadres pour le Progrès (ANCP), qui n'a jamais lésiné sur les moyens intellectuels, matériels et financiers pour faire de l'AFP, une formation digne d'admiration. Il n'est d'ailleurs que de voir sa volonté farouche de former, non seulement une élite responsable et collée à son peuple, mais aussi et surtout de véritables acteurs à la base, pour s'en convaincre définitivement. Dans son discours introductif, à l'occasion du premier congrès ordinaire du parti, le responsable moral de l'AFP le confirmait superbement en ces termes : "Le monde d'aujourd'hui est gouverné par les idées.
Par-delà les idées, et en les intégrant dans une dynamique de réseaux de solidarités croisées, l'action planifiée des décideurs politiques, des intellectuels militants, des citoyens et citoyennes qui évoluent dans les secteurs du développement, sera déterminante pour changer le monde, pour plus d'équilibre et plus de justice dans la gestion des priorités humaines, en matière de sécurité, de bienêtre et d'épanouissement, dans la paix et dans la sécurité". L'Education n'est pas un don, c'est une conquête. Et à l'image de la famille et de l'école : le parti politique doit jouer sa partition et cultiver sa parcelle pour promouvoir une bonne éducation militante, facteur d'entente, de compréhension, de tolérance, de progrès et de considération réciproque, afin de contribuer au parachèvement de l'oeuvre gigantesque de construction nationale. L'Education militante, informelle, extensive, non directive, doit être une éducation permanente, au sens où le Coran recommande : "d'apprendre du berceau à la tombe ". C'est dire que de ce point de vue, il n'y a pas de limite de temps, d'âge ou de lieu pour apprendre.
Cela demande cependant une pleine exigence de soi, une foi en bandoulière, un effort toujours renouvelé de dépassement, un sacrifice permanent, un engagement sans faille. Cette forme d'éducation très ouverte est d'autant plus viable qu'elle se veut réaliste et nous indique sans ambages le comportement à adopter dans la vie en commun où nos divergences politiques, nos diversités ethniques, linguistiques, religieuses, culturelles et sociales, au lieu de nous diviser, nous obligent à nous aimer, nous respecter et nous soutenir mutuellement.
Et à la différence des autres formes d'éducation, elle favorise davantage l'amour de la patrie, le développement de la conscience citoyenne et dispense un enseignement idéologique, moral et social qui définit des attitudes et codes de conduite vis-a-vis de soi même, du prochain et de la société. C'est ce noble sentiment patriotique qui fit dire un jour à feu le Président Lamine Guèye : " J'aime mon pays d'un amour qui arrache les larmes".
L'efficacité d'une idéologie ne devant être appréciée que du point de vue de la praxis, un projet social y afférant ne peut être viable que s'il est conçu de manière à répondre aux aspirations et aux besoins des populations ellesmêmes, en favorisant l'épanouissement individuel et le progrès de la société. Autrement dit, l'homme ne se développe pas dans la solitude mais au sein d'un groupe social, pour dire tout simplement que le développement de la société est l'un des moyens essentiels pour assurer le développement de l'individu. Pour tout dire, l'homme est condamné à vivre en société. A preuve, ce témoignage fort éloquent de Diderot : " L'homme n'est point un monstre qui ne doive vivre que dans les abîmes de la mer ou dans le fond d'une forêt : les seules nécessités de la vie lui rendent le commerce des autres nécessaire ; et dans quelque état où il puisse se trouver, ses besoins, sa sécurité, son bienêtre et son bonheur, l'engagent à vivre en société". Mais cela doit obéir à un réflexe de partage d'un "Commun vouloir de vie commune" qui doit déboucher sur une synergie des idées, des intelligences et des efforts, si l'on sait que c'est l'ensemble des processus éducatifs secrétés ou élaborés par une société donnée, un milieu humain constitué, et qui s'exerce sur tous ses membres, qui sera mis en oeuvre. Notre société n'est pas une société mineure, sans civilisation, qui doit être mise éternellement sous tutelle.
C'est une tautologie de dire que nous avons une histoire faite de grandeur et de fierté nationale. Et à l'heure où presque toutes les idéologies sont en perte de vitesse, une seule issue s'offre à nous : recentrer notre développement sur nos valeurs fondamentales de civilisation, pour en faire un développement endogène, auto centré. auto géré. Mais, sans prôner un retour aux sources, il s'agira de se ressourcer car, quand bien même l'éducation traditionnelle n'est plus de saison, elle doit servir de cadre de référence. En effet, cette forme d'éducation était d'autant plus efficace qu'elle avait pour but de socialiser l'individu dès sa naissance, dans la cellule familiale, jusqu'à l'âge adulte au sein des assemblées politiques, en passant par les classes d'âges et les cercles initiatiques. L'initiation, qui marque l'entrée dans la société des adultes, était une éducation globale comprenant l'éducation sexuelle (chasteté), la préparation au mariage, la théologie, la production, l'étude et la protection de l'environnement par la connaissance du milieu, des animaux, des plantes ainsi que leur utilisation (botanique, médicinale, pharmacologique), l'histoire, la culture, la philosophie (principes et valeurs de la société rurale) et la politique (connaissance plus formelle du système social, de son fonctionnement et de ses lois). On y développait également l'amour de la patrie, l'esprit de tolérance, d'entraide, de solidarité, de partage et le respect du prochain. Au regard de cet héritage riche et varié, n'avonsnous pas intérêt à créer nos propres modèles, en nous éloignant des clichés européocentristes que l'on continue hélas de coller à notre civilisation, pour tenter de la réduire, la modeler et l'enfermer dans le moule occidental ?
La mondialisation ne doit pas être une camisole imposée de force, car si l'humanité s'uniformise, il y a danger. Le monde où nous vivons, caractérisé par une réelle interdépendance, nous condamne à éviter l'unilatéral isme, la pensée unique, et à rechercher constamment la fraternité plutôt que la confrontation. C'est pourquoi, dans le contexte actuel de développement de nos sociétés en pleine mutation, il faut éviter que le savoir scientifique et technique n'impose son pouvoir uniformisateur qui dépersonnalise les cultures locales. C'est ce qu'avait compris notre compatriote, M. Amadou Mahtar Mbow, ancien Directeur général de l'UNESCO, quand il affirmait : " Dès qu'il est conçu comme global, le développement ne peut plus être l'extension directe au monde entier des connaissances, modes de pensée, modes de vie ou expériences propres à une seule région du globe ; il faut mettre chaque développement local en relation avec ses valeurs et sa culture propre".
Cette assertion est d'autant plus fondée, qu'il a été suffisamment démontré que la dignité d'un peuple ne se trouve enracinée que dans le substrat unique de son identité culturelle. A cet égard, il est important de créer des conditions objectives d'une "domestication" du savoir scientifique et technologique, en parvenant à élaborer des politiques d'éducation et de communication fondamentalement en rapport avec le milieu socioculturel. Elles seront fondées sur des concepts qui serviront alors de véhicules pédagogiques, dans une société ou l'éducation sera enracinée d'abord dans les réalités locales, avant de s'ouvrir aux apports de l'extérieur. Sachant que les crises économiques pèsent d'abord sur les plus faibles, l'AFP a d'emblée compris qu'il lui fallait concocter un programme à la dimension des besoins et exigences fondamentaux des couches vulnérables que constituent les ruraux, les femmes, les jeunes, les handicapés, les retraités, les personnes âgées et les émigrés, sans oublier les autres franges de la population.
S'il faut partir des atouts naturels d'un pays pour asseoir son développement, elle a vu juste en focalisant toute son attention sur les importantes ressources humaines et les riches potentialités naturelles dont regorge le Sénégal. Dans le contexte actuel, la relance de notre économie doit nécessairement passer par la relance de l'agriculture qui occupe une place stratégique. Avec une population dont les 75 % sont des ruraux, il faut tout d'abord combattre l'exode rural par une politique d'incitation au retour à la terre, source de l'autosuffisance alimentaire : fondement de tout développement durable. L'approche progressiste du développement est assurément empreinte de pragmatisme, car elle préconise la mise en oeuvre d'une politique sectorielle, qui accorde la priorité aux secteurs névralgiques que constituent, l'agriculture, l'hydraulique, l'élevage, la pêche, la santé, l'éducation, l'habitat, le transport, la sécurité, etc. Cela devrait permettre de réduire les écarts entre la ville et la campagne, le riche et le pauvre, l'instruit et l'analphabète. C'est en toute connaissance de cause donc que le parti de l'espoir a pris la décision idoine de former ses militants à l'école du Travail, du Progrès, de la Droiture, de la Vertu et du Civisme, pour jeter les bases du seul développement qui vaille : le développement humain. C'est ce qui a dû motiver le grand écrivain Africain, Joseph Ki Zerbo, quand il écrivait son livre très célèbre, au titre prémonitoire : "Eduquer ou périr". Notre salut est à ce prix
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