United States Department of State (Washington, DC)
Susan Ellis
22 Décembre 2003
Washington, DC — Aux Etats-Unis la vente de produits d'artisanat atteint 10 milliards de dollars par an, a déclaré une haute responsable du ministère du commerce, Mme Molly Williamson, à un auditoire composé d'artisans africains, d'importateurs américains et de hauts fonctionnaires américains et africains lors du troisième forum sur l'AGOA (loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique) qui a eu au début de décembre à Washington.
"Un grand nombre de personnes éprouvent le désir de trouver un objet exceptionnel et intéressant qui a une histoire, a-t-elle dit. Le marché de l'artisanat qui continue de prendre de l'ampleur aux Etats-Unis s'ouvre aux produits africains importés dans le cadre de l'AGOA. On trouve dans tous les Etats-Unis des magasins spécialisés et des grandes chaînes de magasins qui sont à la recherche de produits en provenance, entre autres, de l'Afrique."
La réunion organisée dans le cadre du forum sur l'AGOA portait particulièrement sur la catégorie 9 prévue par cette loi et relative aux textiles et aux produits folkloriques. Ces produits doivent être conformes à des normes très strictes, qui causent une certaine confusion chez les artisans, a déclaré M. Mark Irwing, de l'établissement "Spice Island Trading" à Madagascar. "Par exemple, a-t-il dit, on nous conseille de suivre les tendances de la mode. Les artisans sont disposés à le faire, mais dès que l'on commence à ajouter de nouveaux éléments, notamment si l'on coud avec une machine à coudre ou que l'on ajoute du cuir ou des fermetures éclair, les produits ne font plus partie de la catégorie 9, et les importateurs doivent payer des droits de douane."
De nombreux artisans africains qui ont participé au forum sur l'AGOA ont eu l'occasion d'exposer et de vendre leurs produits lors d'une réception organisée le 9 décembre au Musée national d'art africain.
Propriétaire de "Mia Mali", Mme Elaine Belleza a vécu en Afrique de l'Ouest pendant 12 ans et y a travaillé tout d'abord dans le secteur sans but lucratif. Lorsque son contrat est arrivé à expiration, a-t-elle dit, elle est rentrée aux Etats-Unis, mais l'attirance de l'Afrique a été la plus forte et elle est revenue au Mali où elle a créé une entreprise qui emploie maintenant 120 artisans à Bamako.
Ancien volontaire du Corps de la paix, M. Joe Funt a travaillé à "Mia Mali" alors qu'il faisait partie de cet organisme. "Je travaillais au sein d'un syndicat artisanal avec une association féminine. Les femmes fabriquent des textiles bogolan (teinture traditionnelle), et nous concevions des produits occidentaux fabriqués avec du bogolan", a-t-il dit en montrant des housses de coussin, des vêtements et d'autres articles.
Un Ethiopien, qui présentait des housses de coussin tissées en soie et aux couleurs très vives, a dit : "Nous tentons d'obtenir l'exonération de droits de douane de la catégorie 9 pour des articles tissés à la main ou à l'aide d'un métier à tisser traditionnel ou pour des articles folkloriques, mais jusqu'ici le gouvernement éthiopien n'a pas conclu d'accord avec le gouvernement des Etats-Unis dans le cadre de l'AGOA."
Une Ghanéenne, Mme Bridget Kyerematen, a indiqué : "Nous recyclons du verre pour faire des perles et du métal pour fabriquer des bougeoirs.
Nous tentons de faire des objets fonctionnels et nous utilisons aussi nos motifs traditionnels pour orner, par exemple, le visage d'une poupée de la fertilité. Nous collaborons avec des importateurs et des grossistes car ils connaissent bien le marché."
Les perles de verre se vendent bien, tout comme les bougeoirs métalliques et diverses pierreries. Autrefois, les ronds de serviette en cuivre marchaient bien, mais il semble maintenant que ce n'est plus le cas, a-t-elle dit en faisant remarquer que les artisans devaient prêter attention aux nouvelles tendances de la vente au détail.
Une artisane ougandaise, Mme Françoise Mukagihana, qui est à la tête de "Modis International Handicrafts" à Kigali, a exprimé l'espoir que l'AGOA permettra à son établissement de trouver des acheteurs importants. Jusqu'à présent, a-t-elle dit, les objets d'artisanat rwandais sont exportés aux Etats-Unis en franchise de douane grâce au Système général de préférences. Son établissement vend des paniers tressés avec des fibres végétales, dont des feuilles de banane, des objets en bois sculpté et des tentures.
Pour sa part, une Tanzanienne a indiqué qu'elle vendait des objets en ébène sculpté. "La Tanzanie compte de nombreux ébéniers. Une fois coupés, ces arbres peuvent se conserver pendant une cinquantaine d'années. Je vends aussi des tissus batik, des tissus teints au moyen de la méthode par noeuds, des objets en papier mâché fabriqués avec du papier recyclé."
Elle a indiqué que l'AGOA avait des effets favorables pour son entreprise. "Nous avons un petit magasin et peut-être pourrons-nous concurrencer les entreprises chinoises et japonaises qui vendent leurs produits aux Etats-Unis à un prix très faible.
On pouvait également voir des bijoux kényans de toutes sortes connus sous le nom de "Kazuri". Un groupe de femmes Kikuyu, qui travaillent dans ce qui était autrefois la plantation de café de l'écrivain Karen von Blixen, fabriquent à la main des perles en céramique aux couleurs vives.
M. Patrick DuBrule, qui vend leurs produits, est un Américain né en Afrique de l'Ouest et il habite maintenant aux Etats-Unis. Les artisanes, a-t-il dit, sont bien payées. Leurs enfants, qui sont au nombre de 400, ont droit à des livres scolaires, à un uniforme et à une assurance-maladie. "Nous vendons quelque 10.000 pièces par an, ce qui représente une contribution de 80.000 dollars environ à l'économie kényane tous les ans."
M. DuBrule a expliqué la fabrication des perles Kazuri."Tous les motifs sont différents et peints à la main. Nous travaillons avec des femmes handicapées qui habitent dans les villages environnants. Nous leur apportons un sac d'argile et leur indiquons la taille des perles à faire. Elles les font à la main, et une semaine plus tard nous retournons pour chercher les perles et pour les payer. Nous apportons les perles à l'atelier, les mettons au four, les vernissons après la première cuisson et les remettons encore une fois au four."
(Les articles du «Washington File» sont diffusés par le Bureau des programmes d'information internationale du département d'Etat. Site Internet : http://usinfo.state.gov/francais/)
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