Le Soleil (Dakar)

Guinée Bissau: Majorité d'idées, dialogue politique consensuel : quand Me Wade inspire la classe politique bissau-guinéenne

Abdoulaye Seye

22 Décembre 2003


Ils étaient, dans les locaux de l'Ong Gorée-Institute, la « Maison du Soudan », en train de se pencher sur la situation de leur pays à côté de la société civile ouest-africaine, au moment où touristes, couples mixtes et élèves d'écoles de Dakar, s'ébattaient dans les eaux calmes du port de l'Île historique de Gorée.

Ils, ce sont les représentants des 24 partis politiques de la Guinée-Bissau, des membres du gouvernement de transition, des membres du Conseil National de Transition, des militaires, des syndicalistes et des leaders des Ongs de défense des droits de l'Homme. À côté d'eux, Me Mame Bassine Niang, ministre commissaire aux Droits de l'Homme représentant le président de la République, Me Abdoulaye Wade, Breyten Breytenbach, directeur exécutif de Gorée Institute, Alioune Tine, secrétaire général de la Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l'Homme (Raddho), Thierno Maadjou Sow, leader de la société civile guinéenne, vice-président de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH) et de l'Union Interafricaine des Droits de l'Homme (UIDH). De ces assises est sortie la Déclaration de Gorée qui marque une scansion qualitative dans le devenir de ce pays.

La raison d'une telle rencontre se trouve dans le souci manifeste de la société civile Ouest-Africaine de voir la Guinée-Bissau sortir des travers de l'instabilité politique et économique. Mûs par ce souci impérieux, Gorée Institute et la Raddho ont convoqué la classe politique, les syndicats et les Ongs de Droits humains à Gorée pour réfléchir ensemble sur le devenir de ce pays qui a connu, depuis son accession à l'indépendance en 1974, des cycles d'instabilité politique. De ces assises, est sortie une Déclaration dite de Gorée, qui réaffirme l'engagement de tous les 24 partis politiques, des syndicats, du gouvernement transitoire ( représenté par le ministre de la Justice et du travail, Carlos Vamain et le ministre de la présidence du Conseil, Armando Tchoba Dos Santos Pereira) et du Conseil National de Transition ( représenté par son vice-président Iancuba N'Diay) à respecter les principaux points qui ont trait à la bonne gouvernance, à la coopération institutionnelle et à celle internationale. Avec la Déclaration de Gorée, la Guinée Bissau pose l'acte majeur de son développement parce qu'ancré dans un dialogue politique paisible rythmé et encadré par une démocratie qui donne aux citoyens le courage d'affirmer pleinement leurs droits républicains. Il s'agissait de la construction de l'État de droit, mais aussi de la construction de la paix après des années de guerre civile et de tension politique.

Il ne s'y est pas trompé, Henri Labéry, compagnon d'Amilcar Cabral, en lançant un véritable cri en direction des responsables de son pays. « Notre pays a tellement souffert. La Guinée-Bissau perd ses enfants, verse le sang de ses enfants. Nous sommes dans cette Île ( Gorée) symbole de la souffrance du continent. Depuis longtemps, rien n'est fait en Guinée Bissau ; je suis sûr qu'ensemble nous pouvons faire énormément de choses pour le développement de notre pays. Le chemin de la réconciliation est ouvert et la Guinée-Bissau sera une nation qui se respecte ». L'acclamation qui en est suivie montre que le cri du vieux compagnon du leader historique de la lutte de libération, est entendu. Prenant la parole, le ministre commissaire aux droits de l'homme du Sénégal, Me Mame Bassine Niang, note que la gestation de l'enfant de l'espoir est arrivée à son terme. « Les sillons de la nouvelle architecture institutionnelle sont creusés et il est loisible de croire que les fruits seront bientôt mûrs ». Continuant dans cette métaphore, Me Mame Bassine Niang, « messagère de paix d'un homme exceptionnel, le président Abdoulaye Wade », dira que « c'est dans le terreau de la démocratie que l'on pose les germes de la bonne gouvernance et que l'architecture juridique ne peut prospérer dans le sillon de la paix ».

Le ministre commissaire aux droits de l'Homme a donné l'engagement du chef de l'État, Me Abdoulaye Wade de se faire « l'avocat de la Guinée Bissau auprès des Institutions internationales et des pays développés ». Pour sa part, Alioune Tine, secrétaire général de la Raddho, a attiré l'attention de la communauté internationale sur la nécessité de venir en aide à la Guinée-Bissau. Car, dit, Alioune Tine, les débats se sont déroulés dans une franchise et toutes les questions ont été abordées sans tabou. « Ce qui est retenu ici à Gorée, montre que la Guinée Bissau est déterminée à tourner la page de l'instabilité politique ». Pour Alioune Tine, « toutes les raisons pour rétablir la confiance entre la Guinée Bissau et l'Union Européenne sont là. L'Union Européenne, en soutenant les efforts de la Guinée Bissau, ferait une oeuvre salutaire pour toute la sous-région ouest-africaine ».

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