Le Soleil (Dakar)

Sénégal: La 2ème mamelle de l'économie sénégalaise

Abdoulaye Thiam

22 Décembre 2003


analyse

Selon une étude sur l'impact du tourisme sur l'économie sénégalaise parue en 2003, à court terme et surtout à moyen terme (Xème plan) et à long terme (horizon 2010), le tourisme constitue un des rares secteurs où notre pays dispose de réels avantages comparatifs sur le marché international.

Il s'agit de l'ensoleillement, de la qualité du littoral et de l'arrière-pays. Il y a également la proximité des marchés émetteurs de touristes, les infrastructures aéroportuaires et hôtelières sous utilisées, le faible décalage horaire avec l'Europe, la diversité des sites et des produits potentiels (qualité des plages, parcs nationaux, terrains de chasse et de pêche, tourisme culturel, tourisme d'aventure, etc.)

Toutefois, reconnaît l'étude, l'impact réel du tourisme sur l'économie sénégalaise reste mal appréhendé. Il est donc indispensable de disposer d'une base de données mieux élaborée et d'informations permettant aux différents acteurs du secteur de développer des stratégies orientées vers des objectifs précis et de prendre les décisions judicieuses. C'est pour cela que le gouvernement du Sénégal, avec l'appui technique de l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) et financier du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a entrepris, il y a deux ans, une vaste étude d'impact du tourisme, sous ses différentes formes. Cette étude est un audit du tourisme sénégalais dans son ensemble.

ETAT DES LIEUX Doté de 500 km de côte plate et sableuse le long de la façade occidentale, d'excellentes conditions climatiques durant l'hiver européen, d'une position géographique idéale, d'un environnement naturel, culturel et humain de grande qualité, le Sénégal ne pouvait manquer de valoriser ces facteurs de succès du développement du tourisme. Ainsi, depuis 1969, une priorité a été accordée à ce secteur dans les différents plans de développement économique et social. D'une simple délégation au Tourisme, on assistera, quelques années plus tard, à la mise en place d'un département ministériel exclusivement chargé du secteur. Le tourisme a décollé grâce à l'appui de l'Etat qui a procédé aux aménagements des structures d'accueil, en offrant un environnement favorable à l'investissement dans le tourisme, en améliorant l'infrastructure routière et aéroportuaire.

Saly Portudal, sur la Petite Côte, et la station touristique de la Basse Casamance seront sortis de terre grâce à la puissance publique. L'Etat avait suppléé les défaillances de l'investissement privé par la construction d'importantes unités hôtelières et en créant la société financière pour le développement des investissements touristiques (SOFISEDIT) qui avait assuré le financement de l'essentiel des réceptifs disponibles. Aujourd'hui, on note un réel déséquilibre de la carte touristique sénégalaise. Si l'essentiel des hôtels est concentré à Dakar, à Mbour sur la Petite Côte, en Basse Casamance, à Saint-Louis, Fatick et Tamba, il existe des régions qui ne sont pas dotées d'infrastructures. C'est par exemple le cas de Louga, non loin de Saint-Louis.

A Diourbel, il n'existe qu'un seul réceptif . Part dans le PIB L'étude a reconnu qu'avec plus de 140 milliards de FCFA de PIB courant, le tourisme obtient une part relative dans le PIB du Sénégal de l'ordre de 4,6%. Directement et indirectement, l'activité touristique génère près de 6,75% du PIB total provenant respectivemnt du tourisme récepteur (70%), du tourisme interne (17%) et des autres activités (13%). Par exemple, en 2000, le tourisme a créé une valeur ajoutée de l'ordre de 207,3 milliards, soit 76% de la production totale, laissant les 24% au titre d'importations directes et indirectes. Par sous-secteurs, les activités spécifiques du tourisme créent une valeur ajoutée directe de 100,8 milliards de FCFA provenant du tourisme récepteur pour 72,9 milliards FCFA, du tourisme interne pour 17,4 milliards et des autres activités pour 10,5 milliards. Les activités d'hébergement restauration, alimentation, divertissements constituent la composante essentielle avec 81,8 milliards dont 63,3 milliards dus au tourisme récepteur.

75 000 emplois créés Près de 75 000 emplois dont 20 000 dans le secteur informel ont été créés par les activités touristiques. Ces emplois se trouvent dans les sous-branches d'hébergement-restauration (19%) ; d'alimentation (8%), des transports et agences de voyage (33%). Par types de tourisme, les emplois directs sont générés par le tourisme récepteur à hauteur de 66% du total suivi du tourisme interne avec 19% et les autres composantes de la production pour les besoins du tourisme.

1 506 975 nuitées en 2000 Les nuitées sont passées de 574293, en 1973, à 1 506 975 en l'an 2000, soit un coefficient multiplicateur de 2,62 ou 3,6 % d'accroissement annuel moyen durant la période 1973-2000. En termes de nuitées, le tourisme récepteur à la durée de séjour plus longue améliore sa part de marché en se situant à 93% des nuitées totales déclarées par les hôteliers, en 2000, laissant 7% au tourisme interne. Il est également noté que l'Europe réalise l'essentiel des nuitées enregistrées dans les réceptifs homologués, à savoir 81,2% du total des nuitées des non résidents. La part des marchés français, d'après le document, était de 60%, suivi du continent africain avec 14,9% ; le Bénélux avec 5,9% ; l'Allemagne 5,3% contre plus de 10% en 1990 ; l'Italie avec 3,3% ; l'Espagne avec 2,9% et l'Amérique, avec le pourcentage le plus faible de 1,9%. La demande touristique se situe dans les zones balnéaires. On signale que 54,3% des nuitées globales dans les réceptifs, en 2000, sont enregistrées à Thiès et Ziguinchor. Cette part s'élève à 65,7% pour les résidents en Europe ; 68% pour les Français ; 7,4% pour les Américains et moins de 1% pour les touristes africains.

S'agissant du tourisme d'affaires, il est le deuxième produit avec 39,1% des nuitées globales à Dakar. 97,1% des nuitées de touristes africains et 8,2% des nuitées de touristes américains sont enregistrées. En troisième position, il y a le tourisme culturel. C'est la ville de Saint-Louis qui est la plus visitée avec 3,3% des nuitées globales des non résidents. Cette part est de 3,5% pour l'ensemble des Européens ; 3,2% pour les Français ; 8,5% pour les Américains et seulement 1,6% pour les Africains. Enfin, le tourisme naturel est approché par les fréquentations de Fatick avec 2,7%. Cette part s'élève à 3,1% pour les Français ; 3,3% pour les Européens ; 0,6% pour les Américains et 0,1% pour les Africains.

442731 touristes Les arrivées touristiques, selon l'enquête de 2003, sont passées de 277 784, en 1985, à 281574, en 1994, et 442731 en l'an 2000, soit une augmentation sur toute la période de 59 %. La dévaluation du franc CFA, en 1994, explique le document, a amélioré la compétitivité de la destination Sénégal. Le taux d'accroissement annuel est de 3,16 % pour la période 1985-2000 et 7,8 % pour la période allant de 1994-2000. Ces arrivées dans les réceptifs se partagent tout le long de la période entre tourisme récepteur et tourisme interne à raison de 85% à 88% et 15% à 12%. Toujours selon le document, l'analyse de l'évolution des non résidents par marché fournisseur fait ressortir que quatre marchés seulement sont en augmentation à savoir l'Afrique qui a cru de 5,88% par an au cours de la période 1985-2000, suivie du BENELUX qui a enregistré un taux de croissance annuelle de 4,17%, se plaçant avant la France qui a augmenté au taux annuel de 2,93% et l'Italie avec 2,84%. La France a été le principal marché touristique du Sénégal en 2000. Elle a fourni 49,6% des arrivées de non résidents dans les hôtels.

Par grandes sous-régions, les touristes européens représentent 71% des arrivées de non résidents, suivis des Africains avec 25% et des Américains avec 3%. Il a été aussi noté que 56,9% des arrivées globales des non résidents dans les hôtels fréquentent la région de Dakar, suivie de celle de Thiès avec 27,9% puis Saint-Louis et Ziguinchor avec respectivement 5,2% et 5,1%, avant Fatick avec 3,4%. Par pays de résidence, 41,1% des arrivées d'Européens visitent Dakar ; 39,3% sont enregistrés dans la région de Thiès ; 6,9% dans le sud du pays, à Ziguinchor et Kolda, 6,3% à Saint-Louis et 4,8% à Fatick. Thiès, avec 43,4%, est l'une des destinations préférées des Français, suivie de Dakar avec 38,6%, Saint-Louis, l'ancienne capitale, et Ziguinchor avec 6% chacune et, enfin, Fatick avec 4,4%. Impact sur les finances publiques Les activités directement liées au tourisme permettent à l'Etat de prélever des impôts et taxes de l'ordre de 27,7 milliards de FCFA constitués principalement de taxes et impôts indirects (70%), d'impôts sur les salaires (21%) et (9%), autres impôts. Les recettes fiscales directes nettes de subventions d'exploitation se situent à 27,2 milliards de FCFA.

Du côté des dépenses, outre le manque à gagner sous forme d'exonération de droits et taxes accordés aux investissements touristiques, il y a lieu de comptabiliser les frais de fonctionnement de l'administration du tourisme pour 380 millions, les dépenses de promotion pour près d'un milliard et la participation de l'activité générée par le tourisme aux dépenses communes de l'Etat et des collectivités locales estimée à un milliard sur la base de la répartition des dépenses globales du budget de l'Etat, proportionnellement à la population urbaine après conversion des nuitées du tourisme en termes de population permanente durant une année. Etat du parc hôtelier De 3340 lits, en 1973, dans 24 établissements, la capacité d'accueil est passée à 8600 lits dans 101 établissements, en 1982, puis à 18 340 lits, en 2000. On note actuellement 263 établissements. Soit, un taux de multiplication par 5,49 ou un taux d'accroissement annuel moyen de 6,5 % durant la période de 1973 à 2000.

Sources : Impact du tourisme sur l'économie sénégalaise (Sen01/02), rapport préparé pour le gouvernement du Sénégal par l'Organisation mondiale du Tourisme (OMT) en sa qualité d'agence d'exécution du PNUD, paru en avril 2003.

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