Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Saly, un véritable carrefour économique

Abdoulaye Thiam

22 Décembre 2003


Village traditionnel habité par des Lébous et des Sérères, Saly est devenu un véritable carrefour économique. Grâce aux retombées touristiques, cette zone rurale n'a plus rien à envier plusieurs villages, voire villes du pays.

On compte maintenant huit grands quartiers dans Saly pour une population d'environ 3000 âmes. Cette population rurale vivait de la pêche artisanale et de l'agriculture, depuis sa fondation, il y a plus d'un siècle. Saly, qui dépend de la communauté rurale de Malicounda, à l'entrée de Mbour, fait l'objet de toutes les convoitises depuis que le tourisme s'y est installé avec la création de la station balnéaire par les autorités sénégalaises.

Aujourd'hui, il est coincé par Ngaparou-Somone et la commune de Mbour. Les huit quartiers de Saly sont sous la tutelle d'un chef de village, en la personne de Babacar Diop. Les retombées touristiques sont reconnues dans tous les villages traditionnels, a déclaré le chef de village, Babacar Diop, qui ajoute : « nous sommes des fils d'agriculteurs et de pêcheurs, mais il faut reconnaître que depuis que le tourisme s'est développé ici, beaucoup d'habitants des villages se sont insérés dans les circuits de développement économique et social ». Par exemple, signale-t-il, les pêcheurs et maraîchers vendent leurs produits aux hôtels et n'ont plus de crainte pour la vente. Aussi, le chef de village constate-t-il que dans d'autres domaines, la communauté rurale de Malicounda engrange des taxes plus juteuses. Ce qui lui permet de réaliser des infrastructures de base de qualité dans les domaines de l'éducation et de la santé. « Si la ville de Mbour demande le rattachement de Saly, c'est parce qu'elle a compris que nous bénéficions d'avantages avec la station touristique », constate le chef de village.

Les quartiers de Saly sont dotés d'écoles avec des classes fonctionnelles grâce au soutien de la communauté rurale. Dans le domaine de l'éducation, ils sont très en avance par rapport à d'autres zones du pays. Babacar Diop se rappelle que dans le passé, seules quatre classes étaient fonctionnelles, alors qu'aujourd'hui, il y a une école dans chaque quartier. Des touristes font régulièrement des dons pour soutenir nos efforts dans les domaines de l'éducation et de la santé. A Saly, les populations sont très conservatrices. Pratiquement toutes les maisons familiales ont conservé leur architecture d'antan, même si, parfois, il y a quelques retouches. « Nous veillons sur le patrimoine légué par nos anciens », dit le chef du village. Face au développement rapide du village où l'espace devient de pIus en plus rare, il y a des personnes, notamment la nouvelle génération, qui ont construit de nouvelles habitations dans des zones affectées par la communauté rurale. Ce qui est important dans ce village est que les populations, qui ont quitté d'autres régions du Sénégal pour y gagner leur vie, n'ont aucun problème avec les autochtones. C'est une cohabitation très fraternelle qu'on constate entre originaires de Saly et ceux qui gagnent leur pain à travers le commerce d'objets d'art, la restauration, le petit commerce, l'artisanat, la couture, la coiffure, etc.

On y retrouve des Européens (spécialistes dans la restauration et les affaires) et des ressortissants de la sous-région (Guinéens, Maliens, Nigériens, Gambiens, etc). Rattachement de Saly à Mbour Sur un rattachement de Saly à la commune de Mbour, M.Babacar Diop est catégorique : « Nous nous opposerons à ce transfert, car si tel était le cas, nous perdrions beaucoup d'avantages. Nous bénéficions de l'électricité et de l'eau, deux ressources indispensables à notre cadre de vie, et avec cette réforme nous risquerions de perdre tout ». Le chef de village révèle que la direction de la société d'aménagement de la Petite Côte (SAPCO) se soucie beaucoup des problèmes des populations rurales en les assistant dans divers domaines. « Nous recevons très souvent l'appui de la SAPCO par le biais de son directeur général, M. Ndiouga Sakho », indique Babacar Diop. Face aux dérapages constatés avec le développement du tourisme dans la zone, le chef du village pense que dans un pays qui s'ouvre au monde, il est indispensable de s'adapter. I l signale qu'à Saly, tous les villageois, après concertation, n'acceptent pas de louer leurs maisons aux prostituées et autres individus aux pratiques douteuses. « Chaque chef de famille, pour conserver la tradition, est tenu de s'informer sur le statut de toute femme locataire avant de lui remettre les clés. Nous menons toujours une enquête avant d'accepter la présence d'une femme dans nos maisons pour ne pas cautionner la prostitution ici ».

Mieux, indique-t-il, certaines femmes-employées dans les hôtels sont tenues de présenter leur époux ou leurs proches parents avant d'obtenir une chambre dans le village. « Nous avons intérêt à prendre toutes les garanties nécessaires pour sauvegarder la tradition de nos ancêtres et éviter que notre progéniture suive certaines personnes aux pratiques peu recommandables », déclare le vieux Babacar Diop. Sur la gestion des terres, il a précisé qu'il y a deux statuts. L'un, c'est le titre foncier de la SAPCO, affecté par la communauté rurale ; l'autre concerne les demandes annuelles de terrains adressées au conseil rural qui se réunit pour délibérer. « Lorsqu'un natif de Saly, détenteur d'un projet, demande une autorisation d'occuper un terrain, le conseil rural l'étudie avant toute affectation par délibération. Il peut arriver que ce dernier décide plus tard de revendre cet espace à un expatrié ou à un compatriote », poursuit-il. Dans ce village, il faut souligner que beaucoup de jeunes ont abandonné très tôt les études pour se consacrer à la pêche ou travailler dans un réceptif. Près de 100 pirogues sont là soit pour pêcher ou soit pour amener des touristes en balade en mer. Ceux qui ont bénéficié d'une formation professionnelle ou sont un peu plus instruits sont recrutés pour s'occuper de certaines tâches dans les établissements hôteliers.

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