Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Intrigues à la chefferie : intronisation reportée à Bandjoun

Michel Ferdinand, à Bandjoun

22 Décembre 2003


Le successeur de Ngnié Kamga n'a pas été désigné durant le week-end, en raison de calculs politiciens. Un fait inédit...

Vacance de pouvoir à la chefferie, le nouveau chef ne sera connu que plus tard.

Les obsèques officielles de Joseph Ngnié Kamga, organisées le 20 décembre dernier à la place des fêtes de la chefferie Bandjoun, ont indéniablement constitué un moment de honte et de déception pour toutes les populations locales, et pour toutes les autorités (politico-administratives et traditionnelles) qui s'y sont donné rendez-vous. Tout le gratin de la province de l'Ouest, mais aussi, le représentant personnel du chef de l'Etat, le ministre d'Etat chargé de la culture, Ferdinand Léopold Oyono et une bonne partie des membres du gouvernement, des "has been " de choix, Augustin Kontchou Kouomegni, Paul Tessa, Marcel Niat Njifenji, etc. Tout un monde qui s'est déplacé et qui est reparti, vraiment courroucé, pour n'avoir pas assisté à la désignation du nouveau chef supérieur Bandjoun. Alors que c'était le principal sujet à l'ordre du jour. Il faisait chaud sur la colline de Hiala. Alors que la foule attend de connaître le nom du successeur de Ngnié Kamga, un important détachement d'hommes en tenue (près de 300) armés jusqu'aux dents, en intimant certains ordres, en rajoute à la canicule. Les nerfs sont à fleur de peau. Gendarmes et policiers sont plus pointilleux.

Ils contrôlent tout ce qui passe. Les invités et les membres de la cour royale essaient, en tout cas, de ne pas perdre le nord. Sagement alignés ou assis, ils n'attendent plus que le résultat d'une consultation entre des notables, Sa Majesté Gilbert Tela Nembot, chef Baleng et le préfet du département du Koung-Khi, Patrice Dzana Fouda. Le temps passe. Les inquiétudes gagnent de plus en plus les esprits. Le speaker du jour ne cesse de donner des directives. Ça dure depuis près de cinq heures. Il est déjà 17h 10. Soudain, les bousculades reprennent. Des gens courent par-ci et par-là. Le son des fanfares et des chorales s'arrête. Un silence envahit les lieux. Il est uniquement troublé par les pas rapides des personnages importants qui vont et viennent en toute vitesse, l'air grave et mystérieux. Ce n'est pas une fausse alerte. Le ciel est plus que jamais menaçant. Beaucoup croient que la tornade est proche. Et puis, un autre silence de cimetière. Comme dans une manière de répit, avant l'annonce publique de la bonne nouvelle. Car ici et là, on garde à l'esprit que l'enjeu majeur, c'est la désignation d'un nouveau Fo'o à Bandjoun. Les tractations de coulisse viennent de s'achever. Dans le public, on attend que les cérémonies traditionnelles " d'arrestation " du chef commencent. Surprise générale ! Le préfet dudit département s'incline aux côtés du gouverneur de la province de l'Ouest, Ahmadou Tidjani, et chuchote des mots à son oreille.

Peu après, le numéro un de la province " lance les mains ", en signe de déception. Les initiés ont tout compris. Le préfet à son tour demande un micro. Le message est grave et relève de l'inédit : " Mesdames et messieurs, après avoir consulté les notabilités coutumières chargées de la désignation du chef supérieur Bandjoun, l'unanimité ne s'est pas dégagée autour d'un candidat. De peur de créer une situation susceptible de troubler l'ordre public, nous avons jugé opportun de renvoyer la tenue de palabre devant aboutir à cette désignation à une date ultérieure ". Ni plus, ni moins. Les gens crient de partout, comme pour dire qu'on n'a jamais vu ça. C'est la débandade totale. La plupart des invités se précipitent dans leur voiture. Personne ne veut humer les effluves des différents mets qu'on a apprêtés pour la collation. Tous redoutent une quelconque malédiction. Même le chef Baleng, dépositaire testamentaire, glisse dans la foule. En laissant derrière lui un peuple orphelin : " Je ne peux rien vous dire maintenant. Je m'en vais ". Seuls quelques badauds se sont retrouvés autour des buffets. Les autres étant emportés par un flot d'interrogations.

Humiliation

Liens Pertinents

Des indiscrétions font état de ce que deux tendances se sont dessinées lors de la concertation. Il semble que les notables ont voulu que la succession revienne à un frère du défunt. Ces derniers seraient, dit-on, soutenus par Victor Fotso. Tandis que le second camp, représenté par les orphelins et appuyé par l'administration, aurait exigé qu'on respecte le droit successoral. En désignant un successeur parmi les enfants de Ngnié Kamga, nés pendant son règne. Les parties n'ont donc pas pu s'entendre. On s'y attendait quelque peu. Puisque, auparavant, certains témoignages ont révélé des choses incroyables. Sans le dire ouvertement, des orateurs ont publiquement tenu des propos peu élogieux contre Victor Fotso qui, ont-ils soutenu, veut " privatiser " Bandjoun, en bornant des terrains qui abritent des lieux sacrés. Ils disaient tellement de choses qu'on ne pouvait soupçonner leurs auteurs de conspiration.

On est aussi en droit de dire que c'est l'intervention de Me Jackson Ngnié Kamga, porte-parole de la famille du défunt, qui a même obligé certaines personnes à se raviser. Surtout que, dans ses propos, ce dernier a tenu à attirer l'attention des uns et des autres sur les dangers d'une mauvaise succession. Avant de conclure qu'on risque d'assister à une scène de comédie : " Je dis à tous ceux qui ont l'intention ou l'ambition de porter atteinte à la mémoire du défunt, à l'honneur de la famille Ngnié Kamga, qu'ils trouveront des hommes sur leur chemin ". C'était tout dire dans un univers où l'on semble s'être fait une religion d'adopter le mensonge et la mesquinerie comme mode de fonctionnement.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2003 Le Quotidien Mutations. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Cameroun

Rubriques