Thiéry Gervais Gango
22 Décembre 2003
Lorsqu'on interroge Manu Dibango sur l'école qui serait la sienne au bout de 50 années de carrière musicale, il ne s'embarrasse pas pour battre en brèche l'idée d'une démarche qui viserait à formater.
C'est possible qu'il n'ait jamais conçu le projet de son orchestre, le Soul Makossa Band, comme ce moule où les talents sont venus se façonner. Où ils ont éclos avant d'aller, conquérants, à la croisée des chemins de la notoriété; à moins que ce ne soit sur les routes ouvertes de la reconnaissance internationale. Jerry Malekany (dit Bokilo), les frères Sabal Lecco, Justin Boven, Vincent Nguini, Pascal Lokua Kanza, Florence Titti Dibeng, Sissy Dipoko, Coco Mbassi, Brice Wassi, Guy Lobè, Ndedi Dibango, Jean Yves Oloko, Valéry Lobè, Michel Alibo aujourd'hui Noël Ekwabi, Condy Billong, Jay Lou Ava Ava ou encore la jeune Charlotte Dipanda. Le fleuve est long de ces musiciens africains qui rayonnent à travers le monde et dont la réussite peuvent très bien s'attendre comme l'efficacité d'une démarche qualité que Manu Dibango a portée sur le fronton de son orchestre laboratoire. Et dont la recette parle moins que les résultats. De manière fort surprenante d'ailleurs.
Ce n'est pas une école, nuance Jerry Malekany, 32 années de fidélité au sein du Soul Makossa Band. C'est, précise-t-il, " un club où les gens arrivent, découvrent, apprennent et partent vers des succès planétaires ". " Une école, mais une école de la discipline, de la rigueur et de l'exigence que Manu place au rang de vertu cartésienne ", ajoute quant à elle Florence Titti Dibeng, fidèle dans le dernier carré, choriste à l'époque, tourneuse aujourd'hui d'un artiste qui a toujours refusé de se considérer comme une star. Qui s'est toujours voulu simple musicien attaché aux valeurs du travail acharné jusqu'aux limites de l'obsession. D'une constante obsession de la perfection, du respect et du dévouement au service d'un art pratiqué avec passion. Justin Boven, pianiste et chef d'orchestre à une époque, parle souvent de ces heures et journées entières passées à caler un accord, à chercher le ton juste, le souffle idéal, la note parfaite ou encore la musique telle que les sens la suggèrent, telle que l'imaginaire de Manu l'inspire et comme le groupe la sent.
Bassiste généralement aussi critique que talentueux, Stève Ndzana enveloppe le tout dans une envolée de reconnaissance : " L'école de Manu Dibango est surtout un courant de pensée, une manière de faire qui associe la technique à la créativité. C'est le symbole de la créativité au service de la qualité; un savant mélange entre la théorie et la pratique. A quelques rares exceptions, et je le souligne, tous les grands musiciens camerounais sont passés par l'école de Manu Dibango. La plupart des grands musiciens africains aussi. Soit qu'ils étaient membres de l'orchestre, soit qu'ils se sont inspirés de son modèle de fonctionnement. Manu nous a tous donné quelque chose. C'est pour nous un repère de qualité. C'est pourquoi il est difficile en Afrique de manière générale de ne pas se reconnaître de lui et, lorsqu'on a réussi, de ne pas se dire que c'est au prix de cette rigueur que son orchestre et lui-même ont adoptée comme règle numéro un. "
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