Constant R. Sabang
22 Décembre 2003
Plus de trois milliards reversés aux communes qui abritent des exploitations forestières
Vendredi dernier dans les salons du Yaounde Hilton Hotel, quelques maires qui s'étaient invités à la cérémonie solennelle de rétrocession de la quote-part de la redevance forestière annuelle collectée pour le compte des communes et communautés villageoises semblaient heureux. Et pour cause.
Environ 3,2 milliards de francs Cfa, sous forme de chèques libellés au nom des receveurs municipaux de 41 communes riveraines des zones d'exploitation forestière, étaient redistribués ce jour-là. Et même si certains n'ont pas, par la suite hésité à déclarer que cet argent arrivait un peu tard, au moment où les exercices budgétaires touchaient à leur fin, et qu'ils n'avaient pas, dans la plupart du temps en tout cas, pu être exécuté ne serait-ce qu'en partie, on les sentait heureux. Et surtout très sollicités. A peine la cérémonie était terminée que déjà, on entendaient sonner les portables. "Des fournisseurs, qui attendaient d'être payés depuis des lustres Des élites d'un bled perdu au coeur de la forêt qui avaient manifestement appris la bonne nouvelle à la radio " nous ont laissé entendre certains receveurs, incapables de cacher leur embarras.
Malgré tout, une aubaine comme a tenu à le souligner en substance le ministre des Finances et du Budget, Michel Meva'a m'Eboutou. Manifestement serein en dépit des folles rumeurs qui courent sur lui. Présidant la cérémonie, entouré pour la circonstance son homologue des Affaires économiques, de la Programmation et de l'Aménagement du territoire, Martin Aristide Okouda, de celui l'Environnement et des Forêts, Tanyi Mbianyor Clarkson. Ainsi que du secrétaire d'Etat à la décentralisation Question de revêtir d'un vernis de sollenité, la cérémonie de retrocession de cette manne tombée de la forêt. Une manne qui devrait être gérée " selon les principes consacrés de transparence et de bonne gouvernance " a souligné le ministre des Finances. Probablement pour faire comprendre aux uns et aux autres que l'utilisation de ces fonds, affectés aux besoins des populations auxquelles appartiennent les terres sur lesquelles est exploité le bois, devrait absolument respecter les principes de régularité des dépenses publiques.
Puisque que la redevance forestière annuelle est " une rente assise sur le superficie, indiquée dans le titre d'exploitation forestière attribuée par la ministère de l'environnement et des Forêts, assimilable à un loyer à payer annuellement par chaque détenteur d'une parcelle de forêt- concession ou vente de coupe- qui lui est octroyée par l'Etat ". Au total, ce sont une quarantaine d'heureux " bailleurs " qui sont passés à la caisse vendredi dernier. Pour percevoir des montants proportionnels aux surfaces exploitées. Des sommes qui allaient, à plus d'un demi milliard de francs Cfa pour les mieux nantis , à moins de un million six cent mille francs. Mais toujours, avec des besoins nettement supérieurs à une ressource qui représente dans la majorité des cas, 80% des revenus de la commune. Des zones d'exploitation forestière où pauvreté et sous-développement rythment le quotidien de populations qui voient, dans cette redevance, une solution à tous leurs problèmes.
Contrôle
" Maintenant qu'ils savent que nous avons perçu un peu d'argent et comme ils savent que ce bois leur appartient, certains s'imaginent qu'il suffit de venir me voir, me tendre la main pour que je résolve tous leur problèmes ", confie à ce propos le receveur municipal d'une localité concernée par la cérémonie de vendredi dernier. " Il faut que les gens sachent que cet argent leur appartient. Du moins les 10% de ce que nous reverse l'Etat. Mais il faut également qu'ils sachent que nous ne finançons que des projets en bonne et due forme. C'est pourquoi on leur demande généralement de se constituer en comité de développement "
À propos des projets susceptibles d'être financés par ces fonds, quelques receveurs municipaux estiment, sans être juges de l'opportunité des dépenses, que ceux qui sont relatifs à la santé, à l'éducation, à l'accès à l'eau potable, à l'électrification rurale etc., sont prioritaires Il s'agit là de domaines d'intervention prioritaires qui cadrent avec cette stratégie globale de lutte contre la pauvreté qu'essaient désespérément de mettre en application nos dirigeants. En bref une contribution du secteur forestier à la lutte pour le développement des communes et communautés villageoises au sein desquelles sont exploités chaque année, des millions de mètres cube de bois. A ce jour, ce sont déjà 19 milliards 200 millions qui ont été reversés depuis l'exercice 2000/2001 à certaines communes et communautés villageoises. Des fonds qui, comme a tenu à préciser Michel Meva'a m'Eboutou, ont commencé à faire l'objet d'audits. Des propos que devront parfaitement assimiler nos maires et receveurs municipaux.
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