Héla Hazgui
22 Décembre 2003
- Elaboration d'un projet visant à collecter, classer et analyser dans un lexique commun
tous les termes utilisés et adaptés dans la musique arabo-andalouse du Maghreb.
«Dans le malouf dit profane malouf el Hzel, on peut trouver des chants pouvant être classés dans le malouf dit sérieux malouf el Jed. Ce qui fait la complexité et le charme de notre malouf tunisien inclassable». Pour mettre en valeur cette spécificité de notre répertoire andalou, Fethi Zghonda a minutieusement choisi le thème de son concert d'inauguration des Journées maghrébines de malouf, qui se sont déroulées durant la semaine dernière à Ennejma Ezzahra. «Awtar oua adhkar a été le titre de ce concert. Awtar, en référence aux chants d'amour, aux sanglots de l'âme qui caractérisent le malouf profane et adhkar, relatif aux chants religieux ou mondains particularités du malouf sérieux», explique le musicologue.
Mais ces deux composantes du malouf tunisien sont intimement liées. Leur composition musicale est pratiquement la même, seule la nature des paroles les différencie «et même les poèmes peuvent, dans certaines chansons, se ressembler. On oublie souvent que notre malouf est riche et complexe». Féthi Zghonda a voulu puiser au plus profond du langage traditionnel tunisien, rendre au malouf son authenticité, ses spécificités, si différentes des autres musiques et chants arabo-andalous du Maghreb et dépoussiérer certaines pièces qui sont restées longtemps dans les tiroirs. Ainsi, il a choisi un orchestre limité «qui rappellerait le takht tunisien : oud, violon, qanoun, naï et percussion». Seul le rebeb semble réellement manquer à son ensemble «Il y a aujourd'hui très peu de musiciens capables de jouer cet instrument. J'aurai dû, moi-même, m'y mettre. Mais le oud m'était, pour ce spectacle, plus commode». Un oud oriental et non tunisien? «Le choix s'impose pour la même raison : le manque flagrant de musiciens de oud tunisien», explique-t-il. Quant au qanoun, même s'il n'appartient pas à la première composition de takht, il est aujourd'hui considéré comme un instrument traditionnel du malouf, vu son intrusion à la Rachidia dans les années 50. Pour ce musicien et chanteur, le choix des instruments importe peu, selon lui, l'important «c'est de rendre l'expression pure du malouf tunisien en jouant et en chantant correctement ce précieux héritage».
Un lexique commun
Mais le programme de Zghonda comporte, outre l'interprétation fidèle du patrimoine musical de notre malouf, des compositions inédites où ce musicien présente des suites de noubas dans lesquelles le violon rime avec la voix, au point de la remplacer. Une expérience nouvelle qui valorise la recherche musicale, un des objectifs de ces journées.
De plus, Zghonda, profitant de son luth oriental, a consacré une petite partie de son concert à deux morceaux, puisés dans le répertoire religieux oriental «pour exprimer l'ouverture de notre musique et la vivacité de notre curiosité».
Ces journées étaient pour lui «des retrouvailles. Cela nous a permis, avec mes collègues algériens et marocains, de redécouvrir la musique maghrébine, d'étudier nos points communs, relatifs aux modes, aux rythmes et même aux improvisations, et d'analyser nos différences».
Il y a même eu l'élaboration d'un projet ambitieux qui vise à collecter, classer et analyser, dans un lexique commun, tous les termes utilisés et adaptés dans la musique arabo-andalouse du Maghreb. Les grandes lignes et les premiers principes de ce projet ont été élaborés lors du colloque, organisé en marge des spectacles ayant pour thème «Concepts terminologiques dans la musique classique maghrébine». Ces journées étaient seulement suffisantes pour mettre en vigueur un plan de travail. On peut dire qu'on a franchi un premier pas. Reste alors l'essentiel du travail. Un travail qui ne peut s'achever que grâce à la grande volonté du Centre des musiques arabes et méditerranéennes. Initiateur et parrain du projet, ce dernier «promet de mettre à la disposition des chercheurs les moyens techniques et financiers pour mener à terme ce projet ambitieux», annonce Zghonda. Un projet dont l'objectif consiste à unir et à conserver ce riche patrimoine musical, toujours dispersé dans le Maghreb.
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