Karray Bradai
22 Décembre 2003
interview
Vives et incisives, ces deux tireuses, Ahlem Grissette et Wided Younsi, ont dominé leur art. Au terme d'un parcours remarquable, les deux championnes africaines ont atteint les sommets - en dépit de leur défaite en finale des championnats du monde - d'une discipline où la rigueur et l'humilité se confondent.
Le kick-boxing tunisien avait réalisé de très bonnes performances lors des championnats arabes, des opens internationaux et du dernier championnat du monde qui s'est déroulé à la ville de Cusset dans la banlieue de Vichy en se classant honorablement parmi les deux meilleures du monde. Les deux athlètes Ahlem Grissette (21 ans) et Wided Younsi (22 ans) se sont illustrées au dernier Mondial en remportant deux médailles d'argent.
Avant de replonger dans les prochaines compétitions au mois de mars 2004, les deux vice-championnes du monde nous livrent leurs impressions sur le kick-boxing, leurs ambitions, l'équipe de Tunisie et l'avenir.
Quels enseignements tirez-vous après les finales respectivement contre les Françaises Aude Alzieu et Aya Cissoko?
A.G. : J'ai commencé très fort en dominant mon adversaire dans les trois premiers rounds. Mais à la 4e reprise, j'ai été touchée deux fois au visage par deux coups de la part de Aude Alzieu, mais à chaque fois, je riposte avec énergie. La Française fut toutefois déclarée championne du monde à la majorité de deux juges français contre un seul italien.
W.Y. : Ce fut un combat de toute beauté, acharné entre Aya Cissoko et moi. Après un chassé-croisé dans les deux premiers rounds, la Française a pris un léger avantage à la 3e reprise. Mais au 4e round, j'ai mis un crochet foudroyant qui a envoyé Aya au tapis mais l'arbitre français n'a pas compté, ce qui est regrettable dans une finale de championnat du monde. Le verdict donne victoire à Cissoko aux points pour la 8e fois consécutive.
Que représente pour vous cette place de vice-championne du monde de savate?
A.G. : Cette médaille d'argent était mon rêve. D'autant que le kick-boxing féminin tunisien l'a toujours attendue. Ça a été une finale très difficile. Lorsqu'on s'investit des années durant et qu'on fait preuve d'abnégation, on obtient des compensations tout en espérant glaner l'or lors du prochain Mondial en 2005. Vice-championne du monde est quand même une consécration pour la Tunisie. Nous ne comptons pas nous arrêter là.
W.Y. : Vice-championne du monde, ce n'est pas si mal. Nous avons dignement représenté notre pays et nous en sommes fières. Nous avons donné une très belle image du kick-boxing tunisien. Nous avons démontré que nous possédions désormais des solutions techniques remarquables de précision et d'efficacité et une parfaite connaissance des grandes finesses de la boxe française.
«Nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin »
Cette médaille d'argent va-t-elle vous donner un nouveau statut dans le milieu du kick-boxing mondial?
A.G. : Je l'espère. Réaliser une performance comme je l'ai fait au dernier championnat d'Afrique, c'est une chose. Mais obtenir une médaille d'argent au Mondial, cela montre un côté combatif d'autant plus important pour moi que j'avais raté quelques tournois jusqu'ici.
W.Y. : Avant de remporter cette médaille d'argent, j'ai déjà fait mes preuves en remportant le championnat arabe et africain. Avec cette progression, je pense qu'il est indispensable de passer à un palier supérieur pour confirmer mes progrès. Il ne faut pas oublier que le kick-boxing ou la savate ont constamment besoin de se ressourcer pour être plus performants et plus crédibles dans les joutes internationales.
Qu'est-ce qui vous manque pour devenir championne du monde ?
A.G. : Il faut avant tout créer une fédération autonome de cette discipline. Il faut aussi encourager les arbitres à prendre part aux opens internationaux. Actuellement, le king-boxing ou la boxe française manquent de véritables sparrings-partners. Je persiste à croire que l'avenir de notre sport passe par la création d'une fédération.
W.Y. : Je partage l'avis de Ahlem quant à la création d'une fédération pour encadrer les champions tunisiens. Nous sommes obligés de nous déplacer avec nos propres moyens à l'étranger pour participer à des tournois internationaux.
Il est donc urgent de créer une fédération pour ce sport de combat.
L'année 2004 devrait-elle vous apporter d'autres satisfactions ?
A.G. : Après le résultat d'ensemble exceptionnel au dernier championnat du monde qui nous a comblés, 2004 devrait nous apporter également d'autres satisfactions avec les prochains championnats arabes et d'Afrique. Mais je n'oublie pas que mon succès et ceux de mes amis s'appuient logiquement sur notre entraîneur Karim Chebbi et M. Azdine Ben Yacoub. Sans ces deux personnes, nous n'aurions pas eu cette chance d'être en finale des championnats du monde et de vivre ce rêve. Je remercie aussi Soulef Mkadem, Néji Ben Aïssa, Haïfa Zarrouk et Claire Mili qui nous ont aidées aussi à prendre part à cette compétition mondiale. Il ne faut pas oublier M. Souhaïel Salhi qui ne cesse de nous encourager pour représenter dignement la Tunisie.
W.Y. : L'année 2004 sera bien sûr l'année de la confirmation. Nous allons cravacher très dur pour être à notre top-niveau aux prochains championnats arabes et continentaux. Mais en attendant l'arrivée de la nouvelle année, il faut remercier MM. Azdine Ben Yacoub, Karim Chebbi, Claire Mili, Haïfa Zarrouk, Néji Ben Aïssa et Soulef Mkadem qui nous ont permis de participer à cette finale des championnats du monde qui se sont déroulés à Cusset.
Quels sont vos souhaits?
A.G. et W.Y. : Le titre mondial en 2005 en Tunisie et, bien sûr, la création d'une fédération pour structurer ce sport qui ne cesse de se développer dans toute la République.
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