H.h.
22 Décembre 2003
Comment écrire l'histoire aujourd'hui ? La revue Rihab Al-Maârifa (n° 36, novembre-décembre 2003) nous propose deux réponses. La première, celle donnée par Farhat Dachraoui, est plutôt l'expression d'un désarroi.
L'objectif de l'histoire est la recherche de la vérité et le dévoilement des causes profondes qui sont à l'origine des faits, alors que la situation actuelle est d'une complexité qui laisse perplexe. Cela tient au fait que la diversité des matériaux historiques, des versions, des données et des témoignages est si importante qu'elle devient décourageante. Il est devenu quasi impossible d'adopter une approche objective et scientifique à cause de cette profusion d'éléments, note Farhat Dachraoui à ce sujet.De plus, la tâche de l'historien est devenue compliquée compte tenu de la tricherie des médias qui façonnent et modifient les faits en fonction d'intérêts ou d'idéologies bien déterminées. L'auteur illustre ses propos par deux exemples : la guerre irano-irakienne et la chute de Bagdad.
La science de l'histoire
Quant à la seconde réponse, elle est fournie par Kamel Omrane. L'accent y est mis sur la relation entre l'écriture de l'histoire et l'écriture de la civilisation. Grâce à Ibn-Khaldoun, l'histoire est devenue science. Les historiens tunisiens ont pris conscience de cette mutation qualitative. Leurs travaux en témoignent. Ils constituent d'ailleurs la base des recherches entreprises par ceux qui s'intéressent à la civilisation arabo-musulmane. Toutefois, si pour les historiens l'objet et la méthodologie sont clairs, les choses sont difficiles à cerner quand il s'agit de questions relevant du domaine de la civilisation. Cela concerne le terme «civilisation» dont la création est toute récente et dont les sens diffèrent d'un contexte à un autre. Mais cela concerne également l'objet de cette discipline. D'abord limité à ce qui a trait à l'histoire, à la sociologie, à la culture et à la religion, il s'est élargi à l'économie, à la politique et aux sciences. L'écriture de lacivilisation coïncide en quelque sorte avec l'histoire des idées et l'histoire des mentalités avec une utilisation à bon escient des éléments fournis par celles-ci.
Des approches multiples
Kamel Omrane explique ensuite que c'est dans le cadre de cette optique que se situe l'enseignement de la civilisation arabo-musulmane à l'université tunisienne. Cet enseignement se caractérise par la pluralité des approches, des méthodes et des références. Mais il se situe toujours par rapport à l'écriture de l'histoire. Quatre tendances s'y sont manifestées. La première établit une quasi-identité entre civilisation et histoire. La deuxième privilégie le domaine scientifique. La troisième agit plutôt comme sociologie de la culture. La quatrième s'est spécialisée dans l'étude de la religion : l'islamologie est devenue ainsi une discipline à part entière.
Toutefois, observe Kamel Omrane, ces pratiques n'ont pas débouché sur une réflexion théorique permettant d'identifier des invariants dans l'étude de la civilisation et de proposer une approche globale. Est-ce à dire que cette discipline est dans l'impasse ? Nullement. L'articulation de ce qui a trait au domaine arabo-musulman avec la réflexion générale sur la modernité et les nouvelles grilles de lecture prélude d'un bond qualitatif qui ne va pas tarder à se produire.
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