Sami Akrimi
22 Décembre 2003
- Hommage à Ben Rekhissa, Gasmi et Foé lors de la CAN.
Rome 2000. Après accord de la Fifa, la Fifpro (Fédération internationale des footballeurs professionnels) décide de reconnaître et d'organiser une structure pyramidale qui donne naissance à une association des footballeurs africains. Un an plus tard, à Paris, lors du Congrès annuel de la FIFA et en présence, entre autres, de Blatter et Platini, l'Union des footballeurs africains voit le jour avec, à sa tête, l'Algérien Mourad Mazar.
Il y a quelques jours, Joseph Blatter lançait un cri d'alarme et d'indignation contre le pillage systématique, inhumain et indigne du football africain par celui européen.
Des pratiques qu'on croyait à jamais révolues, mais qui perdurent et fleurissent aujourd'hui encore, aujourd'hui plus que jamais. Entre clubs cupides, sans scrupules et la folle envie de changer de statut, les footballeurs africains se trouvent parfois - si ce n'est souvent - embarqués dans une aventure «professionnelle» où ils n'ont pour seule arme que leur talent et des tonnes d'illusions. Très peu pour affronter un monde impitoyable où l'argent est roi, où nos petits génies n'en voient que rarement la couleur. Le tout ficelé par un contrat-béton qui fait du joueur un esclave des temps modernes. Et si le cadre n'est plus aussi noir que par le passé, grâce notamment aux nouvelles lois de la Fifa et au tremblement de terre constitué par le fameux arrêt Bosman, nous ne pouvons pas en dire autant concernant les footballeurs africains - du moins la plupart d'entre eux - qui continuent à être «floués» au vu et au su de tout le monde, suprême insulte pour leur origine et leur talent. Les exemples foisonnent par le passé mais aussi au présent et Keïta, Pokou, Milla et d'autres encore ont chèrement payé leur ignorance et la cupidité des autres.
«Un cadre légal»
Si les choses ont commencé à bouger lors des dernières années, l'absence d'un organisme, d'une association, d'un cadre légal pour la défense des droits des footballeurs africains se faisait lourdement sentir. Certains pourtant n'ont jamais renoncé au combat et l'on se souvient dans un lointain 1990 que le Conseil des footballeurs professionnels algériens a vu le jour grâce à Mustapha Dahleb, Djadaoui et Mourad Mazar. Mais apparemment, les choses n'étaient pas encore mûres et il a fallu se battre encore pour que soit enfin reconnue, le 26 octobre dernier par la CAF (l'Union africaine des footballeurs), cet organisme à la fois indépendant et rattaché à la CAF et la FIFA dont le président élu est Mourad Mazar.
L'association siège actuellement et provisoirement en Algérie mais cherche à se caser en Tunisie ou au Maroc en même temps qu'elle a poliment décliné une offre d'hébergement égyptienne. Son programme ? Vaste et ambitieux : défense des intérêts matériels et moraux des footballeurs africains, prise en charge des joueurs professionnels au chômage, organisation de stages et de matches amicaux pour ces derniers, services et conseils gratuits pour les joueurs qui doivent signer des contrats professionnels et reconversion. Un dernier point essentiel quand on sait que la plupart des joueurs ratent l'après-football et finissent parfois dans la misère et le dénuement. Il ne s'agit évidemment là que de points parmi d'autres, mais l'ambition est réelle et les moyens dont cette union s'est d'ores et déjà dotée sont d'ores et déjà opérationnels.
Demeurent deux autres actions à entreprendre : instaurer des confédérations locales et sensibiliser les joueurs pour qu'ils adhèrent au mouvement contre une contribution symbolique. Mais l'essentiel est là : la reconnaissance de la Fifa et de la CAF et la volonté d'agir. Mourad Mazar, nous l'avons rencontré pour vous. L'homme est convaincu et convaincant.
Vous connaissez le fameux slogan publicitaire : «Vous ne pouvez pas savoir ce que l'Union des footballeurs africains peut faire vous!». Un slogan qui lui va comme un gant. Interview.
La déclaration incendiaire de Joseph Blatter ou son coup de colère contre les clubs européens est un peu tardif mais il apporte de l'eau à votre moulin
- Il s'agit peut-être d'une déclaration tardive mais on ne peut pas dire que Blatter n'a pas tenu ses promesses. Il a confirmé son soutien aux Africains, chose qui a accéléré la reconnaissance de notre association par le CAF.
On aurait justement aimé que cela vienne de la CAF
- Sincèrement, on ne peut pas reprocher à la CAF de ne pas avoir élevé la voix sur ce sujet. Aujourd'hui, elle aura un partenaire de choix avec nous.
Oui, mais vous n'avez pas l'impression qu'il s'agit là de simples déclarations de bonnes intentions et que très peu a été fait pour les footballeurs professionnels africains?
- Déclarations de bonnes intentions ou pas, ça ne nous dérange pas trop. Aujourd'hui nous sommes forts de l'apport de figures de proue de notre football tels Madjer, Milla, Témime et Keïta et nous disposons à présent des moyens matériels et humains pour veiller sur les droits des footballeurs africains. Notre première victoire est celle concernant les joueurs à double nationalité qu'on faisait jouer deux ou trois minutes dans une sélection étrangère afin de les empêcher d'intégrer le onze de leur pays d'origine. Une invention de Guy Roux. Déjà en 2000, nous avions alerté la Fifpro et nous venons d'obtenir gain de cause.
Oui mais encore : ne pensez- vous pas que vous vous dirigez tout droit vers un conflit d'intérêts avec des clubs et des organismes plus forts que vous?
- Il s'agit plutôt d'éviter les confrontations et de travailler dans un esprit de réflexion et de sagesse. Notre engagement est avec la CAF et d'autres encore. Plus important encore, nous avons la loi avec nous.
«Combattre les faux agents !»
Sur un plan plus fonctionnel, quelle va être la nature de votre intervention au niveau des transferts?
- Nous n'allons pas nous insérer dans les transactions mais tout simplement combattre les faux agents mais également les footballeurs malhonnêtes. Car il y en a.
Vous allez vous insérer au départ de la transaction ou alors en cas de litige?
- C'est l'association nationale, notre représentant dans chaque pays, qui intervient quand le contrat est déposé auprès d'elle. Si le joueur est adhérent, il peut bénéficier de notre aide. C'est pour cela que l'un de nos objectifs majeurs est de sensibiliser les joueurs afin qu'ils viennent vers nous.
Qu'est-ce qui peut changer au juste?
- Les joueurs ne seront plus des objets qu'on manipule. Notre message est le suivant : nous allons refuser de défendre tout joueur qui agit avec un faux agent. Que les joueurs sachent aussi qu'ils ne sont pas obligés de travailler avec un agent et que l'association s'occupe d'eux gratuitement.
Autre sujet qui nous tient à coeur : la reconversion. Elle a laissé beaucoup de séquelles et de grands joueurs ont terminé leur carrière démunis. Nous voulons absolument leur éviter cela!
A l'occasion de la CAN, nous comptons par ailleurs rendre hommage aux grands disparus de notre football : Foé (Cameroun), Houcine Gasmi (JSKabilye) et Hédi Ben Rekhissa. Vaste programme!
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