Le Journal de l'Economie (Dakar)
Abibou Mbaye
22 Décembre 2003
Dakar — Les pays de l'Ohada doivent-ils harmoniser leur référentiel comptable avec la normalisation internationale ? C'est à cette question que les experts-comptables ont essayé de répondre lors des assises de l'Onecca qui se sont tenues les 13 et 14 décembre. Les experts recommandent la prudence pour l'arrimage aux normes internationales IAS-IFRS.
Prudence. C'est la principale recommandation de l'Ordre des experts- comptables et comptables agréés (Onecca) aux pays membres de l'Organisation pour l'Harmonisation du droit des affaires en Afrique (Ohada) et dans la marche vers l'adoption des normes comptables internationales. Depuis la débâcle d'Enron, le négociant californien en énergie, devenu tristement célèbre pour avoir trafiqué ses comptes, on ne parle plus que de normes internationales à respecter dans les milieux financiers. Les Européens et les Anglo-saxons se réfèrent respectivement aux normes internationales IFRS (International financial reporting standards) et IAS (International accounting standards).
Les normes IFRS sont obligatoires dans l'Union européenne à partir de 1er Janvier 2005 pour toute entreprise cotée en bourse. Les pays de la zone Uemoa utilisent un référentiel comptable commun connu sous le nom de Système comptable ouest-africain qui a été par la suite harmonisé avec le droit comptable Ohada.
Les professionnels de l'Union ne veulent pas se précipiter. "Il ne s'agit pas pour nous de nous précipiter", souligne Abdoulaye Dramé, président de l'Onecca. "Nous avons dit qu'il nous faut nous hâter lentement en vue de réorienter le contenu du référentiel Sysco-Ohada aux normes internationales."
Pourquoi une telle démarche ? "Nous estimons aujourd'hui (que) ce sont les petites et moyennes entreprises qui constituent le noyau dur du tissu industriel des pays de l'Ohada", explique le président de l'Onecca.
L'option recommandée reste d'autant plus fondée que les capitaux de la plupart des entités économiques dont il est question "sont mobilisés par des agents économiques nationaux". De fait "nous ne pensons pas qu'il faille, au moment où nous parlons, aller immédiatement vers la convergence de notre référentiel aux normes internationales". Ce changement "se fera pas à pas (et) de manière minutieuse et rigoureuse", selon M. Dramé.
L'expert-comptable Mamour Fall n'a pas fait mystère de son souhait de voir les pays du Sysco-Ohada emprunter cette piste, soulignant que ce système comptable doit s'arrimer de façon évolutive au système des normes comptables internationales. Pour y parvenir, les pays de cet espace doivent remplir un certain nombre de conditions. Ils doivent tout d'abord "tenir compte des attentes de l'environnement local et du gap" qui les séparent sur le plan économique des pays développés, précise-t-il.
M. Fall se dit convaincu que cette approche a l'avantage de "faciliter une correcte application de la norme. Nous avons une norme qui n'a que 5 ans. C'est un âge très jeune pour l'abandonner ou aller vers autre chose."
Toutefois, "si l'arrimage doit être évolutif, il doit cependant éviter d'être trop décalé" ou "d'être trop en avance" par rapport au reste du monde, prévient-il, ajoutant que "Nous avons une force : un langage commun à 17 pays. C'est un atout qu'il faut préserver."
Il reste que malgré les avantages de son système, l'Uemoa a encore des efforts à faire. Le Conseil permanent de la profession comptable et le Conseil comptable ouest-africain, les organes qui doivent cependant compléter le reste du dispositif dans le domaine des normes comptables n'ont pas encore été mis en place.
Correction des difficultés d'application
Les corrections des difficultés d'application que présentent les normes comptables Sysco-Ohada sont "en train de se faire", a indiqué Abdoulaye Dramé. Il a indiqué que le recensement de ces difficultés se fait de manière à ce que les professionnels de la comptabilité puissent "intervenir sur le terrain". "Nous sommes également interpellés par les dirigeants des entreprises et les émetteurs des états financiers qui nous sollicitent sur des cas précis pour lesquels nous estimons devoir apporter des correctifs."
"Dans l'ensemble, je peux vous assurer que ces difficultés n'empêchent pas une évolution de la pratique et des orientations qui avaient été définies dans le cadre précisant les conditions dans lesquelles nous devons arriver à concocter des états financiers fiables et sécurisants pour les investisseurs." Le temps du Syscohada ((encadré)
Les autorités de l'Ohada et de l'Uemoa ont accepté de se rapprocher pour éviter la dispersion des normes. C'est ce qui a fait que la jonction entre le Syscoa et l'Ohada a donné naissance au " Syscohada " permettant du coup d'avoir une cohérence conceptuelle des états financiers. Le terme Sysco-Ohada a été diversement apprécié par les experts-comptables. Il signifie tout simplement Système comptable de l'Ohada.
Le mot qui peut sembler barbare est la contraction du Syscoa, le référentiel qui s'applique aux 8 pays de la zone Uemoa, et le système comptable de l'Ohada qui s'applique aux 17 pays de la zone Ohada. De l'avis de nombreux experts, il n'y a pas de situation conflictuelle dans l'application des deux référentiels. Le traité de l'Ohada englobe plus d'Etats que celui du Syscoa ce qui entraîne du coup la prééminence du premier sur le second. Et cela n'entame en rien la crédibilité du référentiel comptable africain. Mieux le " Syscohada " donne plus de force sur le plan international.
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