Adam Charif
22 Décembre 2003
opinion
Une succession précipitée d'évènements imprévus. L'Iran signe finalement le protocole additif du traité de non prolifération nucléaire. Téhéran accepte ainsi le contrôle complet de ses installations nucléaires. La Libye annonce solennellement qu'elle reconnaît détenir des produits chimiques à caractère militaire ainsi qu'un programme visant la production d'une bombe atomique et des missiles perfectionnés à plus de 1000 km de portée. Tripoli a d'ailleurs convenu en catimini avec Washington et Londres pour vérifier ses engagements et se débarrasser de son arsenal assez impressionnant.
Voilà où l'on est ! Ces décisions iraniennes et libyennes coïncidant avec la capture du président déchu, Saddam Hussein selon un scénario déprimant, participent au désarroi qui règne dans les esprits de certaines opinions publiques arabes.
Dans la foulée, on est en droit de s'interroger sur la signification politique de tous ces évènements. Pourquoi tous ces régimes qui ont rêvé de la puissance militaire viennent d'y renoncer?
En pacifistes que nous sommes, nous en sommes assurément heureux. Mais pour avoir longtemps eu à affronter les fans de la mort, nous sommes tenus d'en tirer la moralité. La débâcle irakienne a-t-elle servi d'onde de choc aux dirigeants libyens et iraniens? Peut-être. Reste que des centaines de milliards de dollars ont été dépensés durant les trente dernières années dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb pour l'acquisition de moyens militaires dangereux et inutiles.
Des ressources et des deniers publics combien nécessaires pour ces pays ont été arbitrairement détournés au profit des projets de puissance et de terreur. Il s'agit d'un effroyable gâchis qui n'a bénéficié qu'aux marchands des armes et aux industries de la mort dans les pays occidentaux.
Les affaires publiques ne sont pas censées être un simple jeu. Elles constituent une lourde responsabilité à la charge de ceux qui les gèrent. Celui qui, après une éternité dans l'exercice du pouvoir, remet en cause sa propre et coûteuse politique devrait au moins venir reconnaître devant ses concitoyens les erreurs passées et les raisons de sa nouvelle démarche. On peut ne pas lui demander de payer ses échecs, mais il n'est pas admissible d'éviter les explications sérieuses. Et puis, est-il raisonnable de rendre compte aux dirigeants des superpuissances et de ne pas le faire auprès de ses propres concitoyens?
Ces changements brusques si mal présentés par leurs auteurs aux populations concernées contribuent par la brutalité de leur annonce à renforcer le désespoir des citoyens longtemps méprisés.
Faut-il rappeler que ces dirigeants n'avaient pas la seule ambition de gouverner leurs propres peuples mais aussi la prétention de proposer leur leadership à d'autres nations?
Faut-il insister sur le fait que dans leur région, ces dirigeants ont eu un effet néfaste sur les politiques sereines de pays voisins tissant ainsi des équilibres inconfortables qu'ils viennent encore de rompre au risque de nouveaux dégâts?
Malgré toutes ces interrogations, il faut reconnaître que les événements annoncés sont finalement heureux. Ils signifient déjà que la Méditerranée et la région arabe ont évité le pire, celui de voir utiliser des armes très dangereuses par des gens irresponsables menaçant des pires catastrophes. La contrepartie héritée de tout cela est lourde cependant; elle délègue de fait et durablement peut-être la responsabilité des grandes politiques de ces régions à des mains étrangères, puissantes et moins excessives.
Deux questions subsistent quand même. La première est relative au sort des Palestiniens qui risque d'être sacrifié au profit des fanatiques au pouvoir en Israël.
Cet Etat détient désormais le monopole régional de toutes les armes sophistiquées de destruction massive et n'est signataire d'aucune convention internationale lui interdisant d'y faire recours.
La seconde concerne le processus de démocratisation, seul moyen d'immuniser durablement les sociétés de la région contre ces grands dérapages.
Il n'y a malheureusement pas de démocraties clés en main. La pratique démocratique requiert la présence de forces sociales capables de la défendre et de la promouvoir. Les peuples de la région ne peuvent faire l'économie de ne pas s'y initier. Un long chemin reste à faire.
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