Interview réalisée par César Ebrokié
22 Décembre 2003
interview
Avec l'environnement qui entoure cette affaire, comment voyez-vous ce procès annoncé pour le 20 janvier prochain ?
Kignima K. Charles : C'est un procès politique, non pas à cause de la qualité des acteurs, mais pour ce qu'on en a fait. Dès la survenance du drame, tout le gouvernement ivoirien, avec à sa tête, Monsieur le président de la République, s'est déplacé sur les lieux. Dès l'instant où les choses se présentent ainsi, la sagesse commandait qu'on ne se précipite pas, mais qu'on prenne le temps pour mener une enquête minutieuse. Je suis convaincu que Monsieur le président de la République n'aurait fait aucune difficulté aux agents des forces de l'ordre et au juge d'instruction s'ils demandaient les moyens qu'il faut pour mener une enquête correcte. Or, qu'est-ce qu'on a constaté ?
Le commissaire du gouvernement s'est laissé aller à l'émotion. Il a été le premier à venir annoncer que Dago Séri a tué Jean Hélène. Il n'a pas joué son rôle de commissaire du gouvernement. Il n'a pas joué son rôle d'envoyé, parce qu'en fait le commissaire, c'est l'envoyé du gouvernement. Le chef de l'Etat a demandé qu'une enquête correcte soit faite. En tant que commissaire du gouvernement, il aurait dû comprendre qu'il devait travailler dans la sérénité pour s'assurer de toutes les garanties. Par exemple, pour une arme comme la kalachknikov, qui est de fabrication Russe, il aurait dû demander qu'on fasse venir un russe pour examiner l'arme prétendue utilisée par mon client. Examiner l'arme mais également le corps. Il n'aurait pas dû laisser partir le corps de sorte que les analyses établissent que les traces subies par le corps de Jean Hélène peuvent éventuellement provenir de cette arme-là. le commissaire du gouvernement pour des raisons que lui seul sait, a laissé partir le corps qui a été enterré aussitôt. Aujourd'hui, qu'est-ce qu'on constate ? Les français produisent les rapports qu'ils veulent et le commissaire du gouvernement se l'approprie. C'est dommage !
Vous avez donc des craintes !
Non, je n'ai pas d'inquiétudes. l'enquête préliminaire et l'instruction ont été purement et simplement bâclées, donc je suis serein. J'ai suffisamment d'éléments de droit en ma procession pour démonter ce qui a été fait. Et c'est ce que je m'attellerai à faire dès l'ouverture du procès.
L'ordonnance de renvoi vous a été notifié il y a quelques jours. Quelles observations faites-vous là-dessus ?
J'avoue que je suis à l'aise. Je suis à l'aise parce que quand j'ai lu l'ordonnance de renvoi, j'ai constaté tout de suite qu'elle était légère Il n'y avait aucun motif de renvoi. en réalité, le juge aurait dû rendre, un non-lieu. Mais à cause de la forte médiatisation de l'affaire, il a craint que l'on dise que la justice ivoirienne est aux ordres.
Une ordonnance de non-lieu vous dites ?
Normalement, il devrait dire une ordonnance de non lieu, c'est-à-dire que les faits ne sont pas établis à l'égard de mon client. Mais alors, les gens auraient tout de suite dit que le président Gbagbo a fait pression sur les juges. Comme ils font des pressions sur les juges chez eux, ils pensent qu'on en fait autant ici. Je vous assure que les juges en Côte d'Ivoire sont indépendants. Ce n'est pas de la plaisanterie. Allez-y demander aux magistrats s'ils reçoient des pressions.
Quelles sont les incohérences que vous relevez au niveau de la procédure d'enquête ?
Il aurait fallu, pour mener une bonne enquête, quadriller, dans un premier temps, le lieu du drame pour éviter que les indices disparaissent. Au lendemain du drame, vous avez constaté que les bus circulaient et les piétons marchaient comme s'il n'y avait rien eu. Toutes les traces ont été effacées ! Aucune pièce n'a été concrètement conservée. Il y la pire. Mon client a dit que c'est le fait que Jean Hélène ait son cellulaire collé à l'oreille sans qu'il ne parle qui l'a intrigué. Mais, dès le début de l'enquête, ils ont remis le cellulaire de Jean Hélène à ses proches. Et c'est le cellulaire de mon client qui est sous scellé. Toutes les affaires de Jean Hélène ont été remise à on ne sait qui, alors que ce sont des éléments, des pièces nécessaires à l'enquête. Alors qu'on a des gens ici en côte d'Ivoire qui sont spécialistes en ballistique et en armement, on n'a pas pris la peine d'appeler un seul, avant de faire partir le corps Jean Hélène.
Qu'en est-il au niveau de la procédure judiciaire proprement dite ?
Là bas, c'est le comble. Si je vous donne les éléments, à l'audience, je n'aurai rien à dire. Mais je vous dis que la procédure est viciée de A à Z. Je vais relever les vices et vous verrez. On nage dans l'illégalité dans ce procès.
Vous clamez l'innocence de votre client, mais on a du mal à vous suivre d'autant plus que tout le monde sait qu'il y a eu une altercation entre la victime et votre client, et que c'est à la suite cela que Jean Hélène a été tué...
Mon client n'a fait que jouer son rôle. Il est agent de police. Nous sommes en période de guerre, une période donc très sensible. Il est en service et il est chargé d'assurer la sécurité de la direction générale de la police de Côte d'Ivoire. Donc, tout ce qui lui semble suspect doit être éloigné ce cette zone-là. Quand il a vu Jean Hélène garé sa voiture près de la direction de la police, il lui a demandé de s'éloigner. Il n'a fait que jouer son rôle. Maintenant, si on trouve qu'il a mal agi, je comprends pourquoil'administration ivoirienne est dans cet état.
Le commissaire du gouvernement a dit que dans l'enquête préliminaire, Séri Dago a avoué avoir tiré sur Jean Hélène. Alors d'où vient-elle, cette volte-face spectaculaire dans la reconstitution des faits où l'agent de police nie ses premières déclarations ?
Dans un dossier d'instruction, vous savez que toues les pièces sont numérotées. Demandez à Ange Kessy de me dire quel est le numéro du PV de la pièce d l'enquête préliminaire, dans lequel mon client a dit que c'est celui qui a tué Jean Hélène par accident. J'ai besoin de ce numéro.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Notre Voie. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.