Notre Voie (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Tentative d'assassinat de Soro Guillaume : Dramane Ouattara veut bloquer le processus de paix

Boga Sivori,bogasivori@yahoo.fr

22 Décembre 2003


Vendredi dernier, il y a eu affrontement sanglant entre factions rivales de la rébellion à Yamoussoukro.

D'un côté, les combattants fidèles à Soro Guillaume, chef déclaré de la branche armée, et, de l'autre, les combattants proches de IB. Selon toute vraisemblance, les seconds, qui deux jours auparavant avaient proclamé IB président du MPCI, envisageaient d'assassiner Soro Guillame. Ils ont même déclaré que, dorénavant, toutes les discussions engageant le MPCI doivent l'être avec IB et ne reconnaissent pas tous les accords signés avec Soro et ses combattants conduits par le colonel Bakayoko.

En réalité, les agitations de IB sont le fait de Dramane Ouattara, dont il est le poulain. Elles ont pour objectif de faire échec au processus de paix engagé entre les FANCI et les forces rebelles depuis la réunion de Yamoussoukro, qui s'est tenue sous la présidence du président de la république, Laurent Gbagbo.

En effet, il n'est un secret pour personne que la sale guerre qui est faite à la Côte d'Ivoire a eu pour prétexte l'inéligibilité de Dramane Ouattara. De sorte que, pour lui, cette guerre ne doit prendre fin que le jour où il aura été déclaré éligible. Or, à l'allure où vont les choses, le fugitif président du RDR n'est pas sûr de parvenir à ses fins.

Depuis que les accords de Marcoussis ont été signés, le président Laurent Gbagbo est resté constant dans ses déclarations. A savoir qu'il appliquerait ces accords sans pour autant violer la constitution. C'est dans ce cadre qu'il a toujours indiqué, de façon sans équivoque, qu'il soumettrait à référendum toute réforme demandée par Marcoussis et qui toucherait directement à la vie de la Nation. C'est le cas du foncier rural et de la nationalité. En ce qui concerne la modification de l'article 35 de la constitution, la voie est toute indiquée par la constitution elle-même, la voie référendaire dans le cas d'espèce. C'est bien sur cette base que les accords de Yamoussoukro, qui ont enclenché la dynamique de paix qui est en cours, ont été signés. Et les choses vont tellement vite et bien que deux projets de loi ont déjà été adoptés au cours du conseil des ministres du jeudi dernier. Il s'agit des lois se rapportant au foncier rural et à l'article 35 de la constitution. Il reste, maintenant, que le peuple se prononce directement par référendum. Pour ce faire, la partie du territoire qui est occupée par les rebelles doit être libérée. Car l'article X de la constitution stipule clairement qu'il ne peut y avoir d'élection tant qu'une parcelle du territoire est occupée. Il va sans dire que si tant est que la rébellion désire que ces lois passent devant le peuple et soient si possible adoptées, il faut que les rebelles déposent les armes et libèrent la partie du territoire qu'ils occupent illégalement. En d'autre terme, il faut que la guerre prenne fin. Pour faire place au débat démocratique. Sur cette voie, sont résolument engagés les belligérants.

Mais Ouattara est-il capable de faire face à un tel défi ? Non, et ce, pour deux raisons.

La première raison est que Ouattara a peur de revenir en Côte d'Ivoire. Il a peur des parents des milliers d'Ivoiriens qu'il a fait inutilement tuer ou qui ont été marqués à vie par cette sale guerre.

Il ne pourra pas les fixer droit dans les yeux pour leur demander de voter en faveur de la modification de ces lois, notamment l'article 35 de la constitution qui devrait lui permettre d'être candidat à l'élection présidentielle. Ouattara a, également, peur de ceux qu'il a fait rêver en leur faisant croire qu'en moins de deux jours, ils prendraient le pouvoir et qui, aujourd'hui, ont le sentiment d'avoir été trompés par le président du RDR. Car, non seulement, ils n'ont pas pris le pouvoir, et ils ne peuvent pas le prendre, mais ils n'ont aucune lisibilité par rapport à leur avenir.

La deuxième raison est que Ouattara lui-même sait qu'il ne peut pas gagner des élections en Côte d'Ivoire, même s'il avait le courage de rentrer au pays. Or, s'il rentre , bat campagne et perd les joutes électorales, il aura révélé son vrai visage à la communauté internationale qu'il a toujours manipulée et dont il a toujours abusé.

Pour toutes ces raisons, Ouattara n'est pas satisfait de la façon dont la question des réformes est traitée . Pour lui, il faut que le président Gbagbo introduise toutes les réformes voulues par Marcoussis par décret. Et, sur ce point, Soro Guillaume et son groupe échappent désormais au contrôle de Ouattara. En effet, Soro, qui avait jusqu'à un moment joué le jeu de Ouattara, a, à force d'être reçu comme chef d'État, fini par croire en son étoile.

C'est-à-dire se battre pour lui-même au lieu de le faire pour un homme qui n'a jamais pris le moindre risque et s'est toujours servi des autres. Évidemment, Ouattara ne peut pas accepter un tel affront. D'où sa volonté d'écarter Soro de la tête du MPCI et le remplacer par IB, son lieutenant le plus sûr.

Pour mémoire , c'est le même IB qui avait fait le coup d'état de 1999 pour placer le général Guéi au pouvoir. L'accord secret qui avait été arrêté avec le général était qu'il prépare le terrain pour Ouattara. Mais, chemin faisant, le général avait lui aussi pris goût au pouvoir et trahi le contrat secret. Le résultat est que, par trois fois, le général Guéi a failli être renversé par le même IB. Celui-ci, après sa dernière tentative, s'était réfugié au Burkina Faso. D'où il a recruté des mercenaires et des terroristes pour le compte de Ouattara afin d'attaquer la Côte d'Ivoire. Mais, une fois de plus, son maître et lui ont manqué de courage. Ils n'ont pas voulu assumer leur acte et ont propulsé, au devant de la scène, Soro, ancien dirigeant de la FESCI, par le truchement de qui Ouattara voulait contrôler le milieu scolaire et universitaire. Mais, manque de pot pour eux, comme hier , Soro a pris goût aux honneurs et a fini par croire que, lui aussi, peut être chef d'État. Et le malheur de Ouattara est que c'est Soro qui est, officiellement, reconnu comme seul chef de la rébellion et qui, de ce fait, discute au nom du mouvement avec le pouvoir en place. Dès lors, une seule solution s'offre à Ouattara pour se débarrasser du gênant Soro, son assassinat.

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