Abdoulaye Villard Sanogo
22 Décembre 2003
On ne le sait peut-être pas, mais les Sénoufo et les Malinké ne vivent pas toujours le parfait amour. Une jalousie qui ne dit pas son nom oppose les deux communautés et ce, depuis des lustres.
Les Malinké disent qu'ils sont une race supérieure à celle des Sénoufo. Pourquoi? Parce que, selon eux, dans l'histoire des relations des deux groupes ethniques, les Sénoufo ont été colonisés par les Malinké. Pour exemple, ils citent, pêle-mêle, le fait qu'ils aient appris aux Sénoufo, essentiellement agriculteurs, les rudiments du commerce. Ils rappellent aussi volontiers que ce sont eux qui ont introduit chez les Sénoufo la religion musulmane. Leur colonisation a si bien marché que les Sénoufo sont considérés aujourd'hui comme des Dioula (commerçants).
Dans la rébellion qui endeuille la Côte d'Ivoire, les Malinké disent être les plus nombreux. Or, estiment-ils, ils ne sont pas les mieux nantis. Ils ont plutôt le net sentiment que ce sont les Sénoufo qui occupent le plus de postes et de loin les plus importants. Certains vont même plus loin pour dire que ce sont eux les Malinké qui ont des problèmes avec les pouvoirs successifs et non les Sénoufo.
Puisque ces derniers n'ont pas de problème d'identité et autres. Mais le plus gros problème des Malinké semble venir de la peur qui s'est emparée de IB au moment d'afficher son appartenance à la rébellion. Jusqu'à dernièrement, il n'avait pas pris son courage à deux mains pour s'afficher comme le leader de la rébellion. Il a toujours soutenu n'être mêlé ni de près ni de loin au mouvement rebelle. Et c'est ce qui a propulsé les Soro, Tuo Fozié, Zacharia, Chérif Ousmane au devant de la scène. Aujourd'hui qu'il ne maîtrise plus rien, que tout semble lui échapper au profit de Soro, il se débat comme un beau diable pour retrouver son poste. Mais comme il ne peut réussir ce retour sans sortir de l'anonymat, il se voit obligé de se découvrir. Il est, cependant, sûr d'une chose : ce retour a de fortes chances de connaître un échec. Alors, il glisse sur le terrain tribal en ameutant ses partisans qui sont tous ou presque ses proches, ses parents ; donc des Malinké. Les autres, l'ayant compris depuis, ne veulent pas se laisser faire. La guerre est en train de prendre un nouveau visage, un nouveau tournant. A Bouaké, cet état de fait embarrasse la communauté venue du Nord et de quelques Etats de la CEDEAO. Une réunion des chefs de cette communauté s'est tenue samedi, selon un confrère, au domicile du chef de la communauté sénoufo. Il s'agissait pour les Malinké de Touba, Mankono et Séguéla (ville d'origine de IB et Kass) de faire leurs excuses aux Sénoufo qui ont été vilipendés par leur fils, le sieur Kass. Mais, on s'en doute aussi, les sages malinké ont vu venir le danger de l'affrontement entre leurs enfants au sein de la rébellion. C'est pour cela qu'ils ont décidé de le circonscrire au plus vite en évoquant le pacte de non-agression signé par leurs aïeux. Pourvu seulement que ces enfants-là comprennent le message et qu'ils évitent la guerre afin qu'elle n'emporte pas tous les enfants du Nord qui, comme bien des Ivoiriens d'autres régions du pays, ont déjà payé un très lourd tribut à cette guerre idiote. Dont les commanditaires se la coulent douce dans des palaces.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Notre Voie. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.