A. Lemili
23 Décembre 2003
En posant, via les représentants de sa formation à l'APN, ce qui va sans nul doute constituer les jalons de conditions essentielles à des élections présidentielles honnêtes, autrement dit la révision du code électoral, la neutralité de l'administration, la participation au contrôle direct du déroulement des élections et le dépouillement et, enfin, la suppression des bureaux spéciaux, Abdallah Djaballah, président du MRN, semble assuré d'un fait : celui de ne pas servir de faire-valoir lors de la consultation du mois d'avril prochain.
Bien des indices plaident en faveur du leader «islamiste», à commencer par les éloquents scores réalisés en 2002, toutes institutions élues confondues, par la formation politique qu'il préside, d'une part, et d'autre part, cette profession de foi de l'institution militaire qui ne verrait aucune «objection» à la désignation à la magistrature suprême de tout candidat, «fût-il l'islamiste Djaballah» (dixit le général Lamari). La conjonction de tous ces signes précurseurs, voire d'une aura quelque part palpable du parti sur la scène politique, conduit ses troupes et particulièrement ses cadres à envisager autrement l'issue de l'élection présidentielle. M. Lakhdar Benkhellaf, le numéro deux du MRN, est catégorique : «Nous irons à un deuxième tour, cela est évident. Les propos tenus dans un passé récent par le représentant de l'institution militaire conforte El Islah et pour peu que l'administration respecte les règles du jeu, ce qui, a contrario, n'est pas du tout évident, nous prouverons que nous sommes la force politique la plus importante dans le pays.»
Le conseil national du parti reste donc très sceptique quant à cette récurrente question de la neutralité de l'administration d'autant plus qu'aux yeux de notre interlocuteur, «il est plus que probable que les élections seraient entachées de fraude institutionnalisée tant que des hommes comme Ouyahia ou Zerhouni feraient encore partie du gouvernement et a fortiori en leur qualité de ministres directement impliqués dans la conduite de celles-ci [ ] plus tragi-comique encore il se trouve aujourd'hui que l'actuel chef du gouvernement est à la tête d'un staff électoral qui démarche sans pudeur et au mépris de toute morale pour Bouteflika [ ] C'est dire !». Pour le MRN, il y a donc nécessité absolue de revoir les chiffres concernant le corps électoral dans la mesure où le ministre de l'Intérieur lui-même a affirmé à Oran qu'«ils étaient loin de refléter la réalité». Le nombre de 18 millions d'électeurs serait, par conséquent, farfelu et «dépasserait de loin les normes admises sur le plan international en ce sens que le ratio population-électeurs ne saurait dépasser les 40%.
Or, celui auquel nous sommes confrontés depuis des années tourne allègrement autour de 60%, ce qui est quelque part plausible dans la mesure où même les personnes décédées votent. En réalité, le nombre des électeurs ne saurait dépasser 14 millions, la différence a de tout temps servi à gonfler les urnes pour faire illusion», précisera M. Benkhelaf, rassuré sur le fait que «les amendements proposés par le MRN dans la loi organique appelés à être adoptés par l'APN [hier], le Sénat et le Conseil constitutionnel vont changer en profondeur le paysage électoral». S'agissant des alliances, il semblerait que toutes les négociations se soient faites au niveau central des formations politiques approchées par El Islah ou inversement. Il reste bien entendu que ces contacts ne sont que préliminaires à des «conventions» plus précises qui seront tranchées après le premier tour. Enfin, le MRN ne fait pas du tout cas de Taleb Ibrahimi, considérant que tant que Wafa n'est pas agréé, ce dernier ne pourra éventuellement être qu'un candidat indépendant que les «appuis» de Boukhamkham ou Djeddi ne pourraient booster au point d'en faire ne serait-ce qu'un sérieux trouble-fête.
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