Faouzia Ababsa
23 Décembre 2003
1996, l'Algérie était quasiment à feu et à sang. Le terrorisme battait son plein et il ne passait pas un jour sans que des citoyens tombent sous les balles assassines des terroristes ou déchiquetés par les bombes et les voitures piégées.
Cela pour la situation sécuritaire. Sur le plan politique, les partis s'étaient quasiment mis au vert, au lendemain des élections présidentielles qui ont vu des centaines, voire des millions d'électeurs, à commencer par les femmes, envahir les bureaux de vote, comme pour défier et braver les menaces de mort. Le FLN, alors dans l'opposition sous la conduite d'Abdelhamid Mehri, depuis l'arrêt du processus électoral, a connu son premier coup d'état «scientifique» à ciel ouvert. Ce qui était alors la première force politique du pays avait donc changé de main pour se retrouver soumis et adoubé au pouvoir. Il restait quand même la première force politique du pays. Dans les arcanes du pouvoir de l'époque, on réfléchissait déjà au moyen de créer une majorité pour le président de la République, mais en même temps il fallait penser à trouver un successeur à Liamine Zeroual. Abdelhak Benhamouda était tout indiqué et pour créer le parti de la majorité et pour devenir le futur président de la République. Il illustrait parfaitement l'image du militant qui avait réussi à faire opérer un virage important à l'organisation syndicale, notamment depuis le huitième congrès tenu en mai 1990.
Il représentait donc la personne idéale. Il fallait également trouver le moyen de torpiller le FLN, dont l'image se ternissait d'année en année, ce d'autant qu'il était accusé d'être le parti qui avait conduit l'Algérie à la crise et à la banqueroute. Ajouté à cela, il était accusé également de se complaire dans son conservatisme. C'est ainsi que l'idée de créer un parti était née. Et c'est à l'occasion d'une réunion de la commission exécutive de l'UGTA que le défunt Abdelhak Benhamouda annonce son intention de créer un parti politique, partant du principe que l'organisation syndicale avait ses limites. Une initiative qui a vite fait de conquérir les déçus du FLN mais aussi tous ceux qui étaient engagés dans la lutte antiterroriste, comme les groupes d'autodéfense et les Patriotes. Janvier 1997. Benhamouda est assassiné quasiment en public en haut des escaliers de la centrale syndicale. Il n'aura pas le bonheur de présider à la naissance du projet. D'autres s'en chargeront pour lui. Février 1997, le congrès constitutif consacre la présence du Rassemblement national démocratique sur la scène politique nationale. Un rassemblement où l'on pouvait trouver de tout.
De la totalité du gouvernement, aux responsables des organisations de masse, auparavant sous la houlette du seul FLN, en passant par un grand nombre de syndicalises de l'UGTA, dont l'écrasante majorité du secrétariat national. Un véritable appareil venait de se mettre en place. Le RND avait raflé, après à peine quatre mois d'existence, 156 sièges à l'Assemblée dans les premières élections dites plurielles. «Parti taïwan, parti né avec des moustaches, machine électorale, parti de la fraude, étaient les sobriquets dont était affublé le RND.» Il ne tardera pas lui non plus à connaître son premier coup d'Etat, non scientifique mais violent. Trois ans à peine après sa création, et à la veille des élections présidentielles anticipées, Ouyahia prend la tête du RND à l'occasion d'un conseil national qui n'aura pas duré plus d'une demi-journée. Objectif : apporter son soutien à la candidature d'Abdelaziz Bouteflika envers et contre la volonté des militants qui, eux, voulaient que le parti présente son propre candidat ou, à défaut, discuter du probable soutien à un autre prétendant autre que M. Bouteflika.
L'euphorie des présidentielles passées, Ahmed Ouyahia s'attelle à purger le parti des mécontents et de ceux qui lui apportaient la contradiction, l'accusant d'avoir fait dévier le parti. La purge a touché même les listes électorales pour les législatives de 2002. Les initiateurs du comité de sauvegarde du RND s'essouffleront très vite en l'absence de soutien de l'intérieur du parti. Le RND, tout le monde s'accorde à le dire, ce n'est plus le parti qui a été créé à la veille des élections législatives «avec des moustaches». Ouyahia a apparemment réussi le pari d'en faire une véritable formation politique organisée, mais surtout disciplinée. Tous ceux qui allaient à l'encontre de la discipline étaient d'abord voués aux gémonies, puis exclus. En mai dernier, après avoir été mis à l'écart, selon certains observateurs qui ont estimé que c'était là une manière de lui permettre de reculer pour mieux sauter, Ahmed Ouyahia retrouve son siège au palais du gouvernement. Ali Benflis venait d'être remercié par le président de la République. Le patron du RND sait alors qu'il n'a pas le droit à l'erreur s'il veut que son parti recouvre son «aura» et retrouve les sièges perdus après une gifle électorale sans précédent. Les élections présidentielles approchant, Ouyahia ne cachera pas son soutien indéfectible au président à partir d'Oran d'abord où il laissera entendre que le RND optera pour l'appui à la candidature de Bouteflika.
Un appui qui se confirmera le week-end dernier lorsqu'il annoncera son investissement personnel et celui de son parti dans la campagne pour qu'Abdelaziz Bouteflika remporte un second mandat. Il affirmera que son parti n'était pas encore assez puissant pour présenter un candidat. Pourtant, il se sent assez fort pour gagner le pari du second mandat pour Bouteflika. De ce fait, il accrédite, quelque part, la thèse selon laquelle le RND n'est rien d'autre qu'une machine électorale qui se met en branle dès lors qu'il estime que le pactole à remporter en fin de course est plus qu'important. Ce qui pourrait aussi constituer une stratégie adoptée par ce parti en attendant qu'il soit parfaitement structuré, capable d'envoyer à la bataille électorale un candidat qui gagne. Le RND stratège et machine électorale dans le même temps ? L'avenir nous le dira.
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