La Tribune (Algiers)

Algérie: Sur les intentions de candidatures affichées, forte dominante de candidats issus du système

Younes Hamidouche

23 Décembre 2003


La multiplication d'annonces pour entrer en course vers le palais d'El Mouradia de la part de candidats à la candidature dans la perspective du scrutin présidentiel de 2004 laisse transparaître une forte dominante de personnalités issues du système.

Cette situation tranche avec la somme des précédents rendez-vous présidentiels marqués par des scrutins formels à vitesse «uniciste» et au «consensus» imposé, du temps du parti unique, avant de voir, depuis novembre 1995, le scrutin présidentiel s'ouvrir graduellement. Sans le retrait de dernière minute en avril 1999 des six concurrents de Bouteflika, le 15 avril de cette année-là aurait pu constituer l'amorce d'une nouvelle étape de l'histoire des élections présidentielles dans notre pays. Est-ce celle à venir au printemps 2004 qui en constituera la véritable plate-forme pour un réel lancement orbital ? Cela reste possible en dépit du fait que c'est, à la lecture de la liste de l'heure des candidats à la candidature, la composante de ceux qui veulent «changer le système de l'intérieur» qui est majoritaire en comparaison des personnalités qui ont bâti leur carrière politique en dehors de ce même système. Dans l'opposition, pour être plus clair. En effet, et s'ils ne sont pas anciens Premiers ministres, les candidats en lice ont eu à occuper par le passé de hautes fonctions dans les allées de l'Etat, comme c'est le cas de certains ex-chefs de la diplomatie ou autres fonctions ministérielles. Pour le reste, seuls quelques rares autres candidats déclarent s'inscrire en dehors des rouages du système politique qui a eu à gérer les affaires de l'Algérie depuis quatre décennies.

Les ex-chefs de l'Exécutif prennent ainsi la part du lion dans les intentions de se poser en candidats lors de la présidentielle à venir. Le duo Ali Benflis et Ahmed Benbitour a d'ores et déjà annoncé la couleur. D'autres noms qui ont eu à occuper à un moment ou à un autre le poste de chef de gouvernement suivent avec néanmoins quelques réserves. Il s'agit notamment de Mouloud Hamrouche et, à un degré moindre d'engagement, de Mokdad Sifi et de Sid Ahmed Ghozali qui, eux aussi, seraient intéressés par prendre part à la bataille électorale prévue dans moins de quatre mois. Le scrutin dont le déroulement, sauf changement de taille, est attendu en mars ou en avril prochain, semble avoir suscité, pour l'essentiel, l'engouement de nombreux politiques du régime. A ce titre, il y a lieu également de citer la dernière annonce faite dimanche dernier par le général à la retraite Rachid Benyelles ainsi que les intentions que l'on prête avec insistance à l'ancien chef de la diplomatie sous Chadli Bendjedid, Ahmed Taleb Ibrahimi, en l'occurrence. Sur ce chapitre figure aussi celui qui est présenté en président-candidat à sa propre succession.

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Abdelaziz Bouteflika a occupé, en effet, pendant de longues années le poste de ministre des Affaires étrangères sous Houari Boumediene. N'était son choix porté sur ce dernier postulant en puissance, l'actuel chef du gouvernement et patron du RND, Ahmed Ouyahia, aurait, lui aussi, garni la liste des personnalités du système à avoir envahi la scène en perspective de l'élection présidentielle. Dans le prolongement de la lecture liée à une symbolique similaire, il est à noter aussi que le premier à avoir déclaré sa candidature à la présidentielle 2004, avant de changer d'avis, est un ancien ministre, à savoir Abdeslem Ali Rachedi. Postuler à la magistrature suprême passe-t-il ainsi par une nécessaire participation active au fonctionnement décennal du système ? Globalement, non. Pourquoi ? Tout simplement parce que dans la foulée de cette course à l'entrée au starting-block se positionnent notamment deux personnalités politiques qui, quasiment de tout temps, ont inscrit leurs cheminements politiques respectifs dans l'opposition. L'un, islamiste (Abdallah Djaballah), entend mener la mouvance s'y réclamant et l'autre (Saïd Sadi) se réclamant de l'opposition démocratique veut fédérer les démocrates républicains comme cela a été suggéré récemment à l'occasion des états généraux du même courant. Viennent, dans le complément de la liste telle que dessinée jusqu'à cette fin 2003, des noms comme Moussa Touati du FNA et Mohamed Hadef du MNE, qui n'apparaissent point en mesure de jouer les trouble-fêtes du fait d'un poids électoral relativement insignifiant. La fatidique période de collecte des signatures (des centaines d'élus ou alors des dizaines de milliers de citoyens) s'annonce à ce titre tranchante avant que soit défini le tableau préélectoral définitif.

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