Le Patriote (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Après la publication du premier rapport sur la gestion scandaleuse de la filière café-cacao, Tapé Do Lucien (Président de la BCC) : "Nous mettons fin à l'audit effectué par les experts des bailleurs de fonds"

Djama Stanislas

23 Décembre 2003


Il n'y aura pas de deuxième partie pour l'audit des flux financiers au sein de la filière café-cacao en Côte d'Ivoire.

Hier, au cours d'une conférence de presse, le Président de la Bourse du Café et du Cacao (BCC) Tapé Do Lucien a annoncé que les producteurs décident d'y mettre un terme. «Nous mettons fin à l'audit des structures par les bailleurs de fonds. Nous ne voulons plus d'un cabinet international. Nous allons désigner un auditeur africain ou ivoirien pour faire le travail», a-t-il indiquer.

Avant de préciser que le rapport rendu public est considéré, à partir d'aujourd'hui, comme caduque, nul et non avenu. Précisant qu'il parle en tant que premier vice-Président de l'ANAPROCI chargé de défendre les intérêts des paysans, Tapé Do a annoncé que l'ordre est donné à toutes les structures de fermer les bureaux et les comptes aux auditeurs. Pourquoi ? Le Président de la BCC accuse le cabinet international d'audit d'avoir rendu public le rapport par voie de presse alors que les principaux concernés ne s'étaient pas prononcés. «Ou on les remplace, ou il n'y aura plus d'audit du tout. Les bailleurs de fonds doivent nous respecter», a-t-il lancé. Pour lui, les auditeurs internationaux ne sont pas de bonne foi. «L'audit a quitté le terrain technique pour s'installer sur le terrain politique. On parle de détournement de 100 milliards pour créer le trouble dans la tête des paysans et créer la panique au sein de la filière. (...) En fait, on veut utiliser la filière-café cacao pour attaquer le régime en place», a dénoncé Tapé. Avant d'estimer que la procédure normale veut qu'après l'audit , les experts soumettent leur travail au ministre de l'Economie et des Finances, puis au Comité interministériel des matières premières présidé par le Premier ministre Seydou Diarra. Il appartient, affirme-t-il, à ce comité d'inviter les responsables des structures pour discuter les termes du rapport. «On m'a transmis une copie du projet de rapport, il y a près de vingt jours en me promettant que nous serons invités à en parler. Pendant qu'on attend, le rapport est livré à la presse (...) nous avons commis une erreur en acceptant le cabinet international d'audit», a-t-il signifié.

Tapé Do a précisé qu'il ne s'oppose pas à un audit des structures mais qu'il ne veut plus d'un audit payer par les bailleurs de fonds. «Nous avons ici assez d'argent pour prendre un cabinet. Les experts existent sur place», a-t-il argumenté. En fait, pour le Président de la BCC l'audit ne doit pas pouvoir inquiéter les gérants des fonds des paysans.

«Même s'il y a mauvaise gestion on doit le régler entre nous. Personne ne doit aller en prison. L'audit n'est pas fait, pour nuire à quelqu'un», a -t-il signalé. Avant d'énumérer les faits qui selon lui, prouvent que les auditeurs internationaux ne sont pas crédibles. Ceux-ci auraient recommandé des «mesures immédiates», entre autres, la réduction du DUS de l'Etat. «Ce n'est pas aux auditeurs de donner des ordres. Nous ne pouvons pas baisser les taxes de l'Etat, car il ne faudrait pas que les fonctionnaires descendent dans les rues. C'est à nous de dire si les taxes de l'Etat pèsent trop. Nous n'avons pas fait cela», a-t-il rappelé.

Tapé Do a ajouté que les auditeurs ont révélé dans leur rapport que les redevances sont trop nombreuses. Que beaucoup de fonds sont prélevés alors que les paysans n'en profitent pas. Ils ont dénoncé le manque de transparence dans la circulation des fonds avant de demander la suspension des redevances du FDPCC et la réduction de celles destinées aux autres structures. Pour lui, il n'y a «rien de grave» dans ce qui est dit. «Nous pouvons commettre des erreurs. On doit juste nous le faire remarquer afin qu'on le corrige», a-t-il conclu.

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