Hassan Gherab
23 Décembre 2003
«Vous êtes Lemchaheb», déclara haut et fort le chanteur à l'intention du public algérien qui acclamait le groupe ghiwan marocain entrant sur scène.
C'était lors d'un passage, au milieu des années 1980, de Lemchaheb (les flambeaux). La petite phrase du chanteur résume à elle seule la position des artistes et illustre le lien qui, par-delà les frontières politiques, s'est tissé entre eux, Marocains et public algérien.Ce groupe marocain, qui fait partie intégrante du mouvement qu'on appelle «ghiwanien», est connu pour son militantisme et les textes de ses chansons foncièrement engagés et revendicatifs. Ce qui lui a valu l'exil, à l'image de Nass El Ghiwan et Djil Djilala, deux autres groupes ghiwan l'ayant précédé sur le chemin du combat par l'art pour les libertés et les droits. Si les «positionnements» tranchés de ces artistes par rapport à des questions tant nationales que régionales les ont éloignés, géographiquement, de leur pays et de leur peuple, ils leur ont cependant permis d'abattre des frontières et de rapprocher des peuples autour d'un même idéal. Et ils ne sont pas les seuls artisans de ce rapprochement. A écouter la musique dans les villes et villages dans la bande frontalière ouest, on retrouve une grande similitude avec ce qui est communément appelé le «chaabi marocain».
L'influence est indéniable et l'échange certain, dans les deux sens. Car les chanteurs algériens ont aussi leur public aussi bien au Maroc qu'en Tunisie, où nombre de nos artistes sont adulés. L'exemple le plus manifeste de cette osmose est certainement le raï qui, avant de traverser la mer, a enjambé les frontières de l'Est et de l'Ouest algériens.Comme pour la musique, le théâtre a bâti un solide pont, essentiellement entre l'Algérie et la Tunisie. Les journées théâtrales de Carthage, pour ne citer que ce rendez-vous culturel, ont depuis longtemps intégré les troupes algériennes comme des «habituées» qu'elles gratifient souvent d'un prix. Dans l'autre sens, le théâtre tunisien, expérimental principalement, a, de son côté, su conquérir la scène algérienne lors des quelques passages effectués chez nous. En fait, les arts ont réussi là où les politiques cumulent les échecs. Quand les politiques se sont intéressés à la question du rapprochement des pays du Maghreb, ils ont surtout réussi à mettre en exergue ce qui les différenciait en exacerbant la division au lieu de l'union enrichie par les différences. Les artistes, par contre, s'adressant directement aux citoyens, ont su trouver l'air et le ton rassembleurs qu'il suffirait de concrétiser politiquement. Et c'est là que le bât blesse.
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