Babacar Drame
23 Décembre 2003
Le démarrage des travaux de réhabilitation du centre de santé de Nioro du Rip a suscité beaucoup de réactions au sein de la population et de la classe politique locale.
Pour les uns, il est à la limite « scandaleux » de se précipiter pour entamer des travaux de réhabilitation dans un site réputé dangereux et inadapté pour servir de cadre à un établissement sanitaire. L'autre camp, semble accepter la mesure, malgré la « suggestion » du ministre de l'Urbanisme et de l'Aménagement du Territoire, M. Seydou Sy Sall, à son homologue de la Santé et de la Prévention, le Dr Issa Mbaye Samb, de délocaliser la structure sur un site approprié.
En effet, dans une correspondance datée du 11 novembre 2003 après le début des travaux, le ministre Seydou Sy Sall attirait l'attention de son collègue de la Santé et de la Prévention sur le danger que représente le site à cause des risques de ravinement. Sa proximité avec le marché, la salle des fêtes et l'abattoir figure parmi les raisons avancées par certains pour exiger la délocalisation.
Le centre de santé compte 35 lits et offre différents services aux habitants de Nioro, la capitale du département du même nom où vivent près de 270.000 personnes. Les locaux du centre de santé de Nioro du Rip sont devenus vétustes et ne répondent plus aux normes minimales de sécurité. Ainsi, plusieurs générations de responsables politiques de la commune ont eu à demander aux autorités de l'Etat l'érection d'un nouveau centre de santé sur un autre site. Ce souhait, longtemps exprimé par toutes les composantes de la population locale devait connaître un début de solution, en 1997, avec l'admission du projet de construction et d'équipement d'un centre de santé à Nioro du Rip, au même titre que Kaffrine, dans le programme de développement intégré de la santé (PDIS). Le coût du projet avait été estimé à l'époque à 450 millions CFA. L'équipe municipale en exercice à l'époque, dirigée par feu Ndiogou Wack Bâ, avait même affecté un terrain devant servir de lieu d'implantation du centre. Les jeunes avaient, eux aussi, à travers des marches et autres moyens de revendications, signalé l'urgence que représentait le règlement de l'épineuse question du centre de santé.
« Mieux vaut se contenter de ce que l'on a »
Selon le député Abdoulaye Bâ, élu (AFP), les populations qui fondaient beaucoup d'espoir sur le projet initial du PDIS ont été surprises d'apprendre, par la suite, qu'il n'est plus question de construction, mais de réhabilitation du centre. C'est pourquoi, entre autres démarches, il a saisi, par lettre, le chef de l'Etat pour solliciter son intervention afin que Nioro bénéficie d'un nouveau centre de santé. Dans cette correspondance, Abdoulaye Bâ y souligne le caractère à la fois historique, traditionnel et religieux de Nioro ainsi que sa proximité avec la ville sainte de Prokhane qui draine, chaque année, à des moments différents, des foules nombreuses. De l'avis de M. Bâ, l'attitude de certains responsables locaux par rapport à ce dossier est « injustifiée » d'autant plus qu'ils savent tous l'inadaptation du site actuel.
Le 1er adjoint au maire, M. Pape Bâ, ainsi que le président du comité de santé, M. Mame Birame Bessane, reconnaissent, pour leur part, la pertinence des raisons évoquées par le député Abdoulaye Bâ, mais expliquent leur position par un réalisme du genre : « mieux vaut se contenter de ce que l'on a ». Pour eux, refuser la formule de la réhabilitation équivaudrait à une remise en question de tout le projet. Et cela, pour qui connaît les lenteurs des procédures administratives des bailleurs de fonds, le dossier d'un nouveau centre pourrait prendre des années avant son approbation. Ce qu'ils ne sont pas prêts d'accepter. De son côté, le médecin-chef, le Dr Aly Diallo, déplore le manque de ressources humaines dont souffre le centre de santé. Il aurait aimé voir la localité disposer d'un nouveau centre plus adapté aux besoins des populations et construit sur un autre site.
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