Fraternité Matin (Abidjan)
MICHELE PEPE-YOUSSOUF SYLLA
23 Décembre 2003
Abidjan — Les Forces nouvelles (FN) vont à nouveau participer aux réunions du Conseil de gouvernement et du Conseil des ministres. L'annonce a été faite, lundi après-midi à Bouaké, par leur porte-parole, Sidiki Konaté, alors que la réunion se poursuivait dans la soirée. Cette décision a, en effet, été prise au cours du conclave qu'ont organisé les ex-rebelles dans leur fief pour débattre de cette question lancinante, mais également de la visite annoncée "avant la fin de l'année" à Bouaké du Président de la République "pour proclamer la fin de la guerre".
Mais dans la matinée déjà, le sergent-chef Ibrahim Coulibaly dit "IB", donnait la primeur de l'information à l'AFP depuis Paris, où il est assigné à résidence par la justice française: "Tous les ministres vont rejoindre le gouvernement. Je leur ai parlé au téléphone, ils sont tous d'accord. (... ) Je suis très favorable au retour de ces ministres au gouvernement. La politique de la chaise vide n'a jamais payé (... ) Je viens d'ordonner à chacun de nos ministres de rejoindre dès ce lundi leur poste", a déclaré "IB" à l'AFP. Qui ajoute que ce dernier a dit s'exprimer "en qualité de président des Forces nouvelles".
Dans tous les cas, en attendant le communiqué final de la réunion, le Premier ministre a confirmé avoir reçu un "message direct" des Forces nouvelles quant à leur retour, probablement début janvier, aux Conseils des ministres et de gouvernement.
Les ex-rebelles boycottaient depuis le 23 septembre dernier le gouvernement du Premier ministre Seydou Diarra. Leurs griefs portaient pour l'essentiel sur la non délégation par le Président de la République des pouvoirs de l'exécutif au Premier ministre, sur la nomination qu'ils ont jugée non consensuelle des ministres de la Défense et de la Sécurité, sur la sécurité de leurs ministres à Abidjan.
Avec le temps qui passait et l'offensive diplomatique du Président Gbagbo, les ex-rebelles étaient de plus en plus acculés par la communauté internationale. De l'ONU, à la France, en passant par la CEDEAO, qui le vendredi dernier les exhortait à revenir au gouvernement, tous s'impatientaient et s'inquiétaient de ce boycott qui constituait un obstacle à la mise en œuvre des accords de Linas-Marcoussis.
De plus, la branche militaire (officielle) de la rébellion ne manquait plus une occasion pour demander à la branche politique d'"examiner favorablement" le retour de leur huit ministres au gouvernement. Affaiblie par la dilution de la chaîne de commandement entre le sommet et la base, divisée par des intérêts contradictoires et tiraillée par les partisans d'IB et de Soro Guillaume (secrétaire général des FN), la rébellion se cherche un nouveau souffle et de nouveaux repères. "Nous n'avons pas atteint nos objectifs", confiait, il y a quelques jours à un confrère, le caporal Bamba Kassoum dit "Kass". Qui, mécontent de la tournure des événements, a menacé la semaine dernière Soro Guillaume et semé, avec une centaine de ses partisans, la panique à Bouaké.
C'est que "Kass" s'impatiente de la non-proclamation officielle du sergent-chef IB comme "président" des Forces nouvelles. Alors que "tous" savent que "le major" en est "l'autorité suprême", selon l'expression de Doumbia Major, représentant des Forces nouvelles en France. Qui s'est aussi fait le devoir, lundi, de rappeler à ses camarades qui voudraient l'oublier que le sergent-chef Ibrahim Coulibaly a été désigné "président du mouvement il y a deux semaines lors d'un conclave à Korhogo".
C'est fort de cela que "Kass", pistolet au poing, avait prévenu la branche politique que toute décision de retour des ex-rebelles au sein du gouvernement de réconciliation nationale devait être soumise à l'autorisation préalable de "IB". "Le poste de président n'existe pas, et il n'y a pas eu de conclave à Korhogo (... ) A plusieurs reprises au début de la crise, nos chefs militaires avaient demandé à IB de revenir (du Burkina-Faso où il était en exil, ndlr) en Côte d'Ivoire pour prendre la direction militaire du mouvement. Il avait refusé, affirmant que sa sécurité n'était pas assurée, et Guillaume Soro, qui ne devait initialement diriger que l'aile politique, a dû aussi s'occuper de l'état-major", a déclaré, visiblement agacé, un responsable des Forces nouvelles, qui a néanmoins requis l'anonymat.
Il faut dire que le chef "Kass" et Doumbia Major se sont accordés, en fin de semaine dernière, pour menacer de châtier tous ceux qui voudraient défier l'autorité du sergent-chef IB. Poursuivi, depuis le mois d'août 2003, par la justice française pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Il a été libéré sous caution. Placé sous contrôle judiciaire, IB, qui avait jusque-là nié tout lien autre que la "sympathie" avec la rébellion, ne peut quitter le territoire français.
Ballets entre le Ranhôtel et le secrétariat du MPCI
Le suspense est resté entier hier à Bouaké où trois mois après l'avoir quitté en signe de protestation contre les blocages attribués au pouvoir d'Abidjan dans l'application des Accords de Linas-Marcoussis, les Forces nouvelles ont enfin commencé leur retour.
Ouvert vers 11 heures en présence des huit ministres issus de leur rang, le conclave tant attendu a dû suspendre ses travaux dans les environs de 15 h juste le temps de cette annonce. Konaté Sidiki, porte-parole du mouvement s'est par la suite refusé à tout commentaire. Et les nombreux journalistes de la presse nationale et internationale, ainsi obligés de faire le pied de grue pendant toute la soirée, à l'affût de la moindre indiscrétion, du moindre bruit de couloir, sont restés sur leur faim. Les responsables politiques et militaires des Forces nouvelles qui semblaient n'avoir ainsi évacué que ce seul chapitre à l'ordre du jour ont aussitôt repris les séries de concertations.
Concertations entre politiques. Concertations entre militaires et concertations entre les deux partis. Ce ballet se poursuivra jusque tard dans la nuit entre le Ranhôtel et le QG du Secrétariat général.
Même le communiqué final dont la mouture définitive a dû certainement poser quelques problèmes n'a pas été livré. Promesse a été faite pour ce mardi à 9 heures au cours d'une conférence de presse qui sera certainement animée par Guillaume Soro, le secrétaire général des Forces nouvelles. Selon nos sources d'informations, le problème de la sécurité des ministres serait à l'origine de la prolongation des travaux. L'aile militaire aurait en effet souhaité assurer elle-même désormais cette sécurité-là. En lieu et place des soldats de la MICECI et de la Force Licorne.
Par ailleurs, même s'il n'en a pas été fait cas expressément, la fébrilité au sein des militaires, démontre que l'affaire " Kass " du nom du caporal Bamba Kassoum qui a revendiqué vendredi le leadership du sergent-chef Coulibaly Ibrahim dit " I.B ", a dû planer sur ces différentes rencontres. Même si cette affaire a connu dimanche, un dénouement à la traditionnelle qui pour l'heure semble être accepté par tous.
L'on peut à raison supposer donc que la discipline, aussi bien au niveau des combattants que des chefs de guerre ainsi que la cohésion entre l'aile politique et l'aile militaire ont pu faire également partie du menu.
Be the first to Write a Comment!
Copyright © 2003 Fraternité Matin. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.
AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.